Et après vint l’abject… (2)

 

La biographie de José Luis Cantos Torres raconte aussi qu’après la mort du prodige, tout s’effondra pour ses proches. Lorsqu’on récupéra son costume de luces à l’infirmerie des arènes, on constata la disparition d’une hombrera et de quelques machos de sa taleguilla. Il s’avéra que la hombrera avait été dérobée par un certain Sr. Santamaría, rédacteur en chef d’ABC, comme un cadeau macabre pour le critique du journal, Gregorio Corrochano et que la situation de la famille Granero devint immédiatement précaire.

À sa mort, Manolo ne possédait que 15 000 pesetas sur son compte bancaire et des bijoux d’une valeur d’environ 18 000 pesetas. Son embaumement coûta à lui seul 7 000 pesetas. L’entreprise valencienne prit en charge les frais de rapatriement du corps du matador de Madrid à Valence, ainsi que les frais des funérailles, tandis que la famille des frères Fabrilo offrit son panthéon comme lieu de repos temporaire.

L’ouvrage de José Luis Cantos Torres décrit comment la situation financière du matador poussa son père et les membres de la cuadrilla impayée de Manolo à intenter une action en justice qui dura plusieurs années contre l’oncle Paco et comment Paco, lui, s’adressa à la presse pour affirmer que le matador était dépensier, menait grand train, et que l’argent qu’il détenait pour le compte du torero avait été entièrement dépensé. «Tous les aficionados, et en particulier ceux qui font partie du mundillo, savent que ce métier engendre des coûts considérables, inévitables, mais injustifiables. » disait l’oncle. L’ouvrage mentionne comment la presse de l’époque s’illustra par la diffusion d’allégations selon lesquelles Marcial Lalanda, qui avait confirmé son alternative lors de la dernière corrida de Granero, aurait tardé ce jour-là à faire le quite qui aurait pu éviter la mort de Manolo alors qu’il s’avéra que cette histoire était l’œuvre de Luis Uriate, qui écrivait sous le pseudonyme de Don Luis dans le journal El Liberal et auquel Lalanda soi-disant aurait refusé de verser la somme mensuelle de 5 000 pesetas en échange de critiques élogieuses.

Après la mort de Granero, son père et sa sœur (sa mère était décédée en 1918) se retrouvèrent dans une situation précaire. Ils durent quitter leur maison et retourner dans un logement moins cher à Valence. Sa sœur finit par se marier et vendit du tabac avant de travailler pour la mairie de Valence. Elle passa les dernières années de sa vie dans la misère et la maladie, réduite à tenter de se défaire des quelques souvenirs de son frère.

José Luis Cantos Torres raconte enfin comment un groupe d’amis et d’aficionados organisa des collectes de fonds afin d’ériger un mausolée où reposerait le corps de Granero : rencontres sportives, représentations théâtrales, vente de timbres-poste, ainsi qu’une corrida de bienfaisance organisée à Valence le 28 juin 1922. Pour la somme de 24 500 pesetas, un terrain fut acquis au cimetière de Valence et un projet de monument funéraire fut commandé. En mai 1926, le corps de Granero et les restes de sa mère y furent transférés.

En face de la plaza de toros de Valence, pas loin de la statue de Manolo Montoliú (1954/1992), se dresse le “Monumento a Manuel Granero” réalisé par le sculpteur valencien Antonio Sacramento et payé par la Communidad : El estilo de la obra es abstracto, el material utilizado fue el acero y se levanta sobre un pedestal en piedra…

 Datos

 

« La huella de una vida » (Biographie consacrée au matador Manuel Granero Valls)

José Luis Cantos Torres.

Editions Circulo Rojo (Almería)/01/01/2022.

 

Manuel Granero Valls ( Valencia, 4 de abril de 1902- Madrid, 7 de mayo de 1922)

Hijo de Manuel Granero Granero, natural de Chella (Valencia) y de Consuelo Valls Juliá, de Madrid, cursó estudios de música llegando a tocar bien el violín, se presentó en Valencia el 17 de junio de 1917 y posteriormente se trasladó a Salamanca.

Tomó la alternativa el 28 de septiembre de 1920 en La Maestranza de Sevilla. Su padrino fue Rafael Gómez “El Gallo”, con Manuel Jiménez “Chicuelo” de testigo.

Confirmó la alternativa el 22 de abril de 1921 en Madrid, con toros de Gallardo. En esta ocasión, Chicuelo fue su padrino y tuvo a Carnicerito de testigo.

En el año 1921 lideró el escalafón de toreros. «Solo Gallito, con el que no dejaron nunca de compararle, había tenido una proyección tan inmediata como matador, pues ya en el año 21, a base de repetidos triunfos – sobre todo en la madrileña plaza de la Carretera de Aragón -, Granero encabezó el escalafón con un total de 94 actuaciones de las 115 que tenía firmadas».

El 7 de mayo de 1922 toreaba en Madrid junto a Juan Luis de la Rosa y Marcial Lalanda. El segundo toro de Granero, llamado Pocapena, de la ganadería del duque de Veragua, le cogió por el muslo y lo dejó sentado, apoyada la espalda en las tablas. Entonces le asestó una cornada que penetró por el ojo derecho del torero y le causó la muerte.

Hemingway escribió sobre la terrible cogida de Manuel Granero en « Muerte en la tarde ».

En su honor se levantó un monumento delante de la plaza de toros de Valencia, obra del escultor Antonio Sacramento…

Patrice Quiot