La Feria du Caudillo… (2)
Comme lors du défilé de la veille, le général Franco se rendit à l’église Santa Barbara vers 11 heures dans sa voiture découverte escortée par la «Guardia mora». A son arrivée, on fit sonner les cloches et il fut accueilli par l’hymne de la Phalange, le «Cara al sol» : « Face au soleil avec la chemise neuve/que toi même brodas en rouge hier/la mort me trouvera si elle m’emporte/et que je ne te voie plus jamais/… Reviendront victorieux, les drapeaux/au pas enjoué de la paix/arborant 5 roses/les flèches de mon faisceau…/Debout, légions, vainquez/car en Espagne/l’aube commence à poindre. » entonné par la section féminine, la jeunesse phalangiste et des membres du gouvernement et de l’armée.
Selon une répartition stricte des lieux, l’hommage politique avait lieu à l’extérieur de l’église, alors que la consécration religieuse du pouvoir du Caudillo devait se dérouler à l’intérieur.
Franco fit son entrée solennelle dans la maison de Dieu sous un dais, accompagné de son épouse, privilège accordé aux rois, aux princes de l’Église et au saint sacrement… Il fut accueilli par l’archevêque de Tolède, le cardinal Gomá, la plus haute autorité de l’église espagnole, accompagné de 17 évêques et du nonce apostolique réunis pour l’événement. A dessein, le cérémonial choisi renvoyait aux riches heures de l’Église espagnole des temps de la Reconquista et des Rois catholiques. Des reliques venues de divers lieux d’Espagne furent exposées dans l’église, dont le Christ de Lépante et la vierge d’Atocha déposés sur l’autel. Après la messe d’actions de grâce, le Te deum et des chants religieux empruntés au répertoire médiéval espagnol, le silence se fit. Alors, le général Franco s’avança vers l’autel pour déposer au pied du christ de Lépante son épée de la victoire (celle que les légionnaires lui avaient offerte en 1926 quand il avait accédé au grade de général). Puis, il s’agenouilla devant le cardinal Gomá pour recevoir sa bénédiction. Plus tard, afin que le sens des gestes accomplis soit bien clair pour tout le monde, le cardinal prononça ses mots: « Dieu à qui tous se soumettent, à qui toutes choses servent, fais en sorte que les temps de ton bon serviteur, le caudillo Franco, soient des temps de paix et de joie !» («Dios a quien todos se someten, a quien todas las cosas sirven, haz que los tiempos de tu buen siervo el Caudillo Franco sean tiempos de paz y de alegría!”). La cérémonie religieuse terminée, le général et le cardinal prirent congé l’un de l’autre par une longue accolade.
Ce cérémonial archaïsant n’avait rien laissé au hasard et, à vrai dire, n’est pas très difficile à décrypter. Les références au passé permettaient d’inscrire la Geste du général Franco dans la longue lignée des héros authentiques de l’histoire espagnole, les rois, le Cid, tous ceux enfin qui avaient mis leur épée au service de la Foi catholique, légitimant ainsi du même coup le soutien accordé dès 1936 par l’Église espagnole à la «Croisade» contre l’Anti-Espagne. Non ! Tout ce sang n’avait pas été versé en vain ! Par ce rituel quasi-monarchique, Franco était ainsi reconnu comme l’homme envoyé par la Providence et c’est à bon droit qu’il pouvait se proclamer «Caudillo por la gracia de Dios» !
Plus intime, plus courte et moins spectaculaire que le grand défilé militaire de la veille, la cérémonie religieuse du 20 mai 1939 est donc tout aussi importante. Par la magie des gestes et des symboles est renouvelée ici la traditionnelle alliance du trône et de l’autel, ou plus exactement, l’alliance du sabre et du goupillon, Franco n’étant pas roi… L’union des âmes et des cœurs était officialisée et accouchait d’une idéologie: le national-catholicisme.
Et pour clore cette Feria du Caudillo, le mercredi 24 mai 1939 :« Grande corrida de la victoire » en hommage à la « Glorieuse Armée » présidée par Francisco Hermenegildo Teódulo Franco Bahamonde, né en 1892 et « Caudillo par la grâce de Dieu ».
Au cartel : Un novillo (para rejones) de Antonio Lamamié de Clairac y seis toros de Carmen de Federico, Concepción de Concha y Sierra, Felipe de Pablo Romero, Antonio Pérez de San Fernando, Sánchez Fabrés y Marqués de Villamarta pour Marcial Lalanda, Vicente Barrera, Pepe Amorós, Domingo Ortega, Pepe Bienvenida y Luis Gómez junto al rejoneador Antonio Cañero.
Avec un lleno hasta la bandera, l’acto restera dans les annales : «Ha sido la única corrida en la historia de la plaza de toros de Madrid en que toreros han cortado un rabo cada uno: Vicente Barrera, Domingo Ortega y Pepe Bienvenida (frère de Manuel Bienvenida qui, en octobre 1936, avait toréé à la Real Maestranza avec une muleta portant l’inscription: « VIVA ESPAÑA » et qui avait brindé son toro au général Queipo de Llano en lui disant “Tengo el gusto de brindarle la muerte de este toro al salvador de España, general Queipo de Llano, y para que se mueran de rabia los hijos de la Pasionaria. ¡ Viva España ! »).
Domingo Ortega coupa la queue du toro de Sánchez Fabrés ; Vicente Barrera, celle du Concha y Sierra et Pepe Bienvenida celle du toro de Marqués de Villamarta.
Inutile de préciser que les trois étaient bien évidemment nationalistes, ceci expliquant cela ; en outre, lors de la faena de Lalanda au premier toro de l’après-midi, le public avait demandé la musique pour accompagner le travail du droitier de Ribas de Jarama et les musiciens exécutèrent le paso doble en son honneur. L’affaire ne serait pas allée plus loin sans le fait que lors de la faena de Domingo Ortega avec le quatrième toro, aucune note ne retentit. Les partisans du toledano en devinrent furieux et une échauffourée éclata. Le conflit entre les partisans des deux hommes se termina par l’interdiction, aujourd’hui encore en vigueur ; on notera encore que, s’agissant d’une corrida organisée pour collecter des fonds, les toreros se produisirent gratuitement.
Cependant, contrairement à d’autres corridas de guerre, les recettes ne furent pas versées à une institution spécifique et les plus de 500 000 pesetas générés par la taquilla, d’une valeur minimale de 853000 euros d’aujourd’hui, furent remises à Franco «pour qu’il les utilise comme bon lui semble».
‘Las olas largas del Cantábrico asustan por su grandeza pero son mucho menos peligrosas que las olas revueltas y traviesas del Mediterráneo aunque sean más pequeñas. Las del Cantábrico son como los toros andaluces o salmantinos, que permiten el lucimiento del torero dando grandes pases porque el toro no se revuelve. Las del Mediterráneo son las peligrosas porque son como el toro que se revuelve, como esos toros pequeños de casta navarra. A mí los enemigos grandes como las olas del Cantábrico y los toros andaluces no me dan miedo, se les ve venir… me preocupa mucho más el enemigo pequeño, como las olas mediterráneas y el toro navarro, porque se retuercen cuando uno menos se lo espera… no se les ve venir. » disait Francisco Hermenegildo Teódulo Franco Bahamonde, « Caudillo par la grâce de Dieu ».
Sources : Gilles Legroux | Avr 11, 2019 | Bachibac/Euro espagnol-Terminale, L’Espagne depuis la fin de la Guerre civile à nos jours, Ressources pour bâtir un cours.
Patrice Quiot

