La raison et la passion…
Vendredi 14, cinquième de féria, 3ème corrida de toros. Casi lleno. Six toros de Santiago Domecq.
Miguel Ángel Perera : un avis et silence et une oreille.
Clemente : vuelta al ruedo et saluts.
Víctor Hernández : silence après avis et silence.
Salut du banderillero Thomas Ubeda au cinquième toro.
Il y a des jours où la raison l’emporte sur la passion. Ce fut le cas hier où Miguel Ángel Perera imposa son toreo scientifique alors que la volonté romanesque de Clemente ne reçut pas les lauriers espérés en raison de la volonté mesquine d’un palco qui ne fut pas à la hauteur des désirs populaires, ni de l’effort du jeune Français.
Disons-le, les toros de Santiago Domecq qui s’étaient couverts de gloire lors de leurs précédentes sorties sur cette même piste les années précédentes ont déçu. Une présentation inégale, correcte mais sans plus et un comportement sans cette caste vive qui avait fait leurs succès. Justes de force, manquant de moteur, ils sont allés au cheval médiocrement sauf le cinquième auteur d’un batacazo spectaculaire. Tous ont fini à menos, se dégonflant à mesure du combat. Le cinquième était le plus compliqué, le plus noble le quatrième.
Le toreo de Perera transmet peu, c’est vrai, mais sa science du combat comme son sens des responsabilités méritent bien notre admiration. Sa faena lors de son second passage porta sur le toro avec un sens des terrains, un sitio qui eurent raison des réticences du Santiago. Ainsi il bâtit quelque chose de sérieux et sans doute inespéré dans d’autres mains. L’estocade basse et trasera ne freina pas la pétition. Il avait essoré le premier, tué d’une épée basse en deux temps.
La passion avait pour nom Clemente qui est sorti « por todas ». Il débuta à Puerta Gayola et passa le bicho avec efficacité à la cape. L’animal n’était pas commode et le prit très durement en début de faena. Le jeune Landais (il a des origines mugronaises) sonné mais pas touché (heureusement) revêtit un short et continua son ouvrage avec une entrega remarquable. Il tua d’un estoconazo en place ; très forte pétition et refus inattendu du palco d’une récompense largement méritée et demandée. Peut-être le nombre de mouchoirs n’y était-il pas tout à fait, mais ce manque de sensibilité a choqué, d’autant que la juste récompense de Perera n’avait pas été demandée avec la même intensité. Blessé dans son amour-propre, Clemente repartit pour une nouvelle puerta gayola plus périlleuse à son second passage. Beaucoup de volonté dans la muleta, mais un animal compliqué qui ne s’en laissait pas conter ; le jeune homme malgré sa volonté ne put imposer sa loi. Il tua en deux temps et les mouchoirs furent largement minoritaires cette fois. Il se contenta de saluer.
Peu à dire sur Víctor Hernández peu à l’aise dans cette circonstance : quelques séries à gauche où il excelle, mais isolées. Aucun de ses travaux n’eurent la cohérence nécessaire et jamais ils ne connectèrent avec les tendidos ; il veut imposer un toreo particulier, personnel à chacun de ses opposants et cette fois, ils ne s’y prêtaient pas. Il faut aussi savoir s’adapter…
Ainsi la science et l’expérience de Perera furent justement applaudies à la sortie, mais Clemente entendit lui l’ovation finale qui salue les héros malheureux. Ceux qu’on aime, au fond…
Pierre Vidal – Photos : Bertrand Caritey
MATIN
Finale des NSP de la feria de Dax : Israel Guirao sacré vainqueur…
Finale des novilladas sans picador, jolie entrée approchant le quart d’arène, temps nuageux et chaud, une heure cinquante de spectacle. Cinq erales de Santiago Domecq, le premier changé pour boiterie par un remplaçant du même fer. Tous bien présentés mobiles et avec un joli fond de noblesse.
Israel Guirao (blanc cassé et argent, Valencia) au premier, trois-quarts de lame et un descabello, salut ; au troisième, un pinchazo, une demi lame, avis, une oreille.
Rubén Vara (blanc et or, Madrid), au deuxième, une entière, quatre descabellos, avis, salut ; au dernier, un pinchazo, une entière, une oreille.
En ce vendredi 14 août, dans les arènes de Dax, le classicisme a payé et a permis à Israel Guirao de remporter la finale du concours des novilladas sans picadors de la feria. En première partie, si l’on peut ainsi s’exprimer, on avait assisté à la confrontation de deux novilleros débordant d’envie de triomphe, quitte a jouer sur la fibre populaire du public. Avec les deux premiers erales, ce fut une confrontation de porta gayola, de faroles à genoux et de figures de cape à la mexicaine pas toujours réussies.
Pour Israel, ce fut ainsi pour un premier eral qui dut être vite changé, il recommença avec le suivant… avant d’ouvrir sa faena avec une première série à genoux. Le reste coula sans imagination. Par contre, avec son second Santiago Domecq, il décida d’un accueil avec des véroniques plutôt bien dessinées et templées. A la muleta, il se positionna au centre de la piste pour ouvrir avec des statuaires parfaites et de poursuivre, toujours au centre du ruedo, par un répertoire très classique exécuté avec beaucoup de rythme et d’harmonie… Les prémices d’un artiste qui demande à mûrir… et sur ces figures, il obtenait une oreille.
L’autre facette de la volonté du novillero était incarnée par Rubén Vara, porta gayola, faroles, du spectaculaire complété par deux jolis tercios de banderilles, réalisés le plus souvent avec courage de « poder a poder ». A la muleta, il fut parfois brouillon, mais bouillonnant de volonté. Un novillero à l’ancienne qui trouvera rapidement sa place dans des courses compliquées… réponse affirmée par l’oreille concédée par le palco.
Un beau vainqueur et deux beaux finalistes pour ce concours de novilladas sans picadors de la feria qui nous ont fait vivre d’agréables moments.
Jean-Michel Dussol – Photos d’archives






