«Adriano», Adrien Salenc, avait oublié la peur…
Quatrième corrida de feria, arènes quasi combles, température agréable sous les nuages, deux heures vingt-cinq de spectacle. Six toros d’Ana Romero, fortement typés Santa Coloma et bien présentés, le troisième et quatrième applaudi à leur entrée et le second à l’arrastre. De 508 à 528 kilos sur la bascule de l’éleveur. Tous deux piques prises avec une belle bravoure.
Morenito de Aranda (bleu marine et or), au premier, une demie lame, neuf descabellos, avis, sifflets ; au quatrième, une entière foudroyante, silence.
Juan de Castilla (vert foncé et or), au deuxième, un pinchazo, une demie lame et une entière, avis et silence ; au cinquième, un pinchazo, deux entières, neuf descabellos, sifflets et petite bronca.
Adrien Salenc « Adriano » (bleu marine et or), au troisième, un pinchazo, une entière, deux descabellos, silence ; au dernier, deux entières, avis, salut et forte ovation.
Président Mathieu Lassalle, assesseurs, Mme Laborde et M. Huguet.
Avec ce lot d’Ana Romero, très typé Santa Coloma, la peur est passée dans le ruedo de Dax. Le grand Morenito de Aranda n’y a pas échappé, terminant sous les sifflets sa première sortie. Jamais il n’a affiché la moindre tranquillité. Il faudra attendre sa seconde sortie pour trouver un Morenito maître de lui et approchant une certaine sérénité. Ce fut une faena de combat mais qui n’a pas porté sur le public, pourtant terminée spectaculairement sur une épée foudroyante.
Juan de Castilla semblait perdu dans cet océan de robes grises et de cornes affutées vers le ciel. Pas grand-chose au début où il recula sur toutes ses naturelles avant de revenir pour chiffonner à la cape, et brinder à Morenito. Seul moment intéressant la paire de banderilles de Raúl Cervantes qui dut saluer (Photo du haut). Pour le reste, ce ne fut que la déroute de Juan de Castilla.
Adrien Salenc, par contre, est apparu avec une grande sérénité, ne se laissant jamais impressionner. Son premier combat s’arrêta assez vite en raison de la blessure du toro, une patte déboîtée. A son retour, ce fut un Adriano complet face à un dernier, un assassin qui au corral avait blessé deux de ses congénères. Il en fallait plus pour impressionner Adrien. A la fois efficace et prudent à la cape, il se présentait avec sérénité pour la suite du combat… Immobile, droit, les pied rivés dans le sable, muleta en main, il attendit la première charge pour embarquer son adversaire dans une longue série sur les deux mains… Puis ce fut une longue succession de muletazo donnés très bas et avec une lenteur infinie. Le public par son immense ovation au moment du salut, sacrait Adrien Salenc comme le maître de cet après-midi de toros à l’ancienne… Un garçon qui avait oublié la peur…
Jean-Michel Dussol – Photos : Bertrand Caritey
MATIN
Deux novilleros qui doivent confirmer…
Novillada de feria, un quart d’arène, temps chaud et couvert, deux heures cinquante de spectacle. Quatre novillos de La Cercada, bien présentés, mobiles, certains manquant de caste, de 465 à 487 kilos sur la bascule de l’éleveur, tous deux piques prises avec une certaine bravoure, la plupart applaudis à l’arrastre.
Álvaro Serrano (rioja et or), au premier, une entière, une oreille ; au troisième, trois pinchazos et une entière, avis, salut et départ pour l’infirmerie avant un transfert à l’hôpital de Dax pour un scanner de la région lombaire.
Ignacio Garribay (bleu violine et argent), au deuxième, une entière, avis, une oreille ; au dernier, une entière, trois descabellos, deux avis, silence.
Excellente course avec des novillos de La Cercada, plutôt bien présentés mais ne débordant pas de caste. On aura apprécié Álvaro Serrano jusqu’à sa sérieuse voltereta à la fin de la faena avec son deuxième adversaire. On avait apprécié un garçon débordant d’entrega, se présentant en signant une série d’une dizaine de véroniques. A la muleta, quelques magnifiques aidées par le haut avant de sombrer dans un classicisme un peu fade. Certes une faena trop longue, mais très complète, parfaitement rematée à l’épée. Pour sa seconde sortie, on le retrouva avec plaisir à la cape, maîtrisant toujours aussi bien la véronique. Son début de faena un peu pueblerino, à genoux, laissa vite place, au centre du ruedo à un ensemble compliqué d’où émergea une série de grandes naturelles. Le garçon se faisait plaisir, y prenait goût et ne vit pas les avis de son adversaire au niveau des chevilles… Une voltereta spectaculaire, il refusa l’infirmerie et retourna au combat, éprouvant quelques difficultés à l’épée… Avant de se rediriger vers l’infirmerie.
Ignacio Garribay avait, lui aussi, la volonté de triompher. Première sortie à la cape avec faroles et véroniques à un novillo fuyard qu’il parvint à fixer dans sa toile. Sans imagination, il commença lui aussi ses muletazos à genoux avant de prendre la main gauche. Mais dans cet exercice, Ignacio devint « Don Pico ». Heureusement pour lui il termina bien a l’épée. Ensuite, après quelques premières passes à la barrière il repartit au centre sur la main gauche… toujours avec ce satané pico pour parvenir à ses fins. Ignacio Garribay donne l’impression d’être à l’aise, mais il y a beaucoup de scories à chasser…
Jean-Michel Dussol



