… Ou les confessions intimes de 26 toreros, par Nacho de la Serna …

Sous le règne des « Choperitas » à la tête des arènes de Madrid, José Ignacio de la Serna (licencié en journalisme) fut, pendant plus de douze ans, le chef de presse de Las Ventas et gérait, de fait, la revue destinée aux abonnés Taurodelta. « Nacho », comme il est appelé dans le mundillo, est le petit-fils du fin torero Victoriano de la Serna, le fils du banderillero José Ignacio de la Serna — qui fut aux ordres de José Fuentes et d’Antonio Sánchez Puerto (entre autres) — et le cousin des Zabala. Autant dire que dans ses veines coule le sang de la tauromachie. Lui-même connut une brève carrière de novillero. C’est peut-être là son secret pour aborder les maestros et percer le mystère du toreo, en allant sonder au plus profond de l’âme les anecdotes livrées par vingt-six toreros retirés des ruedos.

 

Par le passé, son oncle Vicente Zabala avait publié le remarquable « Las entrañas del toreo » (1967). Plus près de nous, François Zumbiehl avait lui aussi confessé bon nombre de toreros dans son livre « El torero y su sombra » (1987).

Comme l’avouait le très discret Antonio Bienvenida : « Il ne peut pas y avoir de livre de confession sur la tauromachie, parce que nous, les toreros, parlons entre nous, mais quand quelqu’un de l’extérieur arrive, nous nous taisons. »

C’est en ce sens que ce « De Barro y Oro » est une performance, car aucun des vingt-six toreros interrogés ne pratique la langue de bois.

 

Manili y raconte la misère dans laquelle il a été élevé. Il confie que lorsqu’il toréait dans des arènes de troisième catégorie, le public — qui avait vécu, via la télévision, sa mémorable après-midi de Madrid face aux Miuras (1988) — lui demandait d’être le même face à des toros qui n’avaient pourtant pas les mêmes conditions. Pepe Limeño avoue avoir découpé son premier capote dans la bâche qui servait d’ombrage au café familial à Sanlúcar. Au travers du témoignage de Julio Aparicio père, transpire cette « mala leche » (mauvais caractère) qui fut souvent soulignée ; il nous apprend notamment que Manolete était tellement radin qu’il n’aurait jamais offert une cigarette, même à son père. Le très classique Ángel Teruel avoue qu’à Madrid, même après une très bonne faena, le public ne lui pardonnait pas de sortir de l’arène bien peigné. De Pepe Luis Vázquez (fils), on retient cette confession : « Il fallait que le public attende sept ou huit après-midis où tout sortait à l’envers pour enfin me voir bon. » Curro Romero, quant à lui, affirme que « grâce à la peur [qu’il avait], [il a] su toréer avec du sentiment ». Emilio Muñoz reconnaît que « pour triompher à Madrid, il aurait fallu une cuadrilla de psychologues ». Luis Francisco Esplá se livre dans son style caractéristique en déclarant que la bronca invite à la réflexion, contrairement au succès. Il ajoute à propos du toro actuel : « Le toro a perdu de son « animalité », de son état sauvage. De fait, le spectacle a perdu ses nuances et s’est appauvri et, par conséquent, il manque d’une partie de son dynamisme et de sa vitalité. Si le toro ne donne plus d’émotion de par son uniformité, c’est au torero d’apporter l’émoi qui touche le public, et cet émoi, c’est le toreo de José Tomás. »

 Un livre à dévorer sans modération…

Nacho de la Serna sera présent à Saint-Gilles car il est l’apoderado de Fortes. Vous pouvez vous procurer l’ouvrage à la librairie « L’Itinéraire » (chez Chantal), 5 rue des Arènes. Prix : 21.50 euros. 300 pages, éditions El Paseillo…

Jean-Charles Roux

(Communiqué)