Goyesque : Les conquérants…
Vendredi, première de la féria de l’Atlantique. Plus de ¾ d’arène. Corrida goyesque avec décoration en bleu océan.
7 toros de Zacarías Moreno (5ème bis) et un de Cuvillo (4ème bis).
Andrés Roca Rey : silence et oreille
Marco Pérez : oreille et deux oreilles
Pedro Luis (Pérou) qui prenait l’alternative : une oreille et une oreille.
Le toro d’alternatuve s’appelait «Ceniciento», né le 10/21, negro de 510 kilos.
Le bleu océan dominait hier Lachepaillet, évoquant la proximité maritime de l’arène bayonnaise mais aussi le long parcours des navigateurs intrépides, basques souvent, qui finirent en doublant le Cap Horn par rejoindre les côtes aurifères péruviennes. La soirée était consacrée de fait à ce pays, nouvelle terre promise taurine, avec la présence du limeño Andrés Roca Rey qui a déjà conquis son royaume européen et l’alternative de Pedro Luis, nouvel espoir de ces terres lointaines. Comment ne pas évoquer à leurs propos le vers de Heredia : (ils) « Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal » ?
Les toros de Zacarias Moreno, peu homogènes dans l’ensemble de leur présentation, ont donné un jeu divers qui a compliqué la tâche des coletudos et augmenté leur mérite. Inexistants sous le fer, ils ont manqué de jus dans l’ensemble, le premier, cinquième et sixième bis ont été nobles ; le second sur la défensive, le troisième a menos, le quatrième, sobrero de Cuvillo, noble mais vite éteint.
Il a fallu donc toute la conviction, la détermination et la soif de triompher des trois toreros pour que la soirée se transforme en succès espéré. Commençons par l’impétrant qui aura séduit par son entrega mais aussi son concept du toreo classique, élégant. Il a surpris par sa maîtrise des situations difficiles et sa capacité à construire deux faenas sans heurts, avec du temple et bien conclues à l’épée. Pedro Luis n’était pas là par accident et il faudra compter avec lui à l’avenir.
Son compatriote Andrés Roca Rey dont a attendait beaucoup n’eut pas sa chance au sorteo. Son premier adversaire s’avérait violent, décrochant dès l’ouverture de ces derrotes secos qui le refroidirent. Andrés décida d’abréger, se réservant pour son second passage. Hélas, il fallut changer le Zacarías impotent pour un Cuvillo plus allègre ; débuta alors le grand jeu du Limeño qui le passa à la cape par saltilleras. La faena débuta au centre à genoux et le public s’attendait à ce que Roca sorte le grand jeu ; hélas ! le toro ne dura pas et on ne vit le travail de l’artiste que trop peu, mais c’était déjà pas mal… Une entière et une oreille très demandée.
C’est Marco Pérez qui emportera donc le gros lot en coupant trois oreilles, emballant le public par sa tauromachie joyeuse, captivante et variée. Les plus avertis auront noté que le jeune Salmantino ne s’engageait que prudemment, tenant l’adversaire à bonne distance. Il sut néanmoins par son alegría et son attitude convaincante emballer l’affaire, séduisant le public bayonnais avide de triomphe. Première faena technique face à un animal qui manquait de classe, seconde plus valeureuse dans sa confrontation du meilleur élément de la tarde. Deux entières spectaculaires et d’effet rapide finirent de convaincre le conclave.
Pierre Vidal – Photos : Bruno Lasnier




