Dans la chaleur de la nuit…

 

Samedi soir, troisième de la feria de l’Atlantique. Corrida des Lumières. Plus de 1/2 d’arène.

 

Toros de Arauz de Robles (Jaén).

 

Damian Castaño : silence

Dorian Canton : vuelta al ruedo après pétition

El Rafi : palmas

Manuel Diosleguarde : une oreille

Julio Mendez : silence

 Manuel Diosleguarde : silence après deux avis.

Manuel Diosleguarde avec soixante-quatre pour cent des suffrages gagna le droit de combattre le dernier.

Rugby oblige, à Bayonne c’est une religion, la corrida des promesses a été baptisée corrida des Lumières et décalée à 22h. Heureusement, le ruedo bien éclairé a permis que la soirée se déroule sans l’inconvénient de ces corridas nocturnes où toros et toreros sont handicapés par l’ombre qu’ils produisent sur la piste. Les conditions étaient donc remplies pour que les «promesses» s’expriment pour le mieux devant une belle entrée.

 

Le lot d’Arrauz de Robles aura séduit les aficionados par le sérieux de sa présentation : tous bien défendus, hauts, solides et homogènes dans l’ensemble. Le moral était là aussi, la caste s’exprimant souvent de manière défensive, mais aussi positive, ce fut le cas du premier et du cinquième nobles tous les deux. Le second, âgé de plus de cinq ans, compliqué. Il y eut de belles piques et de l’émotion en piste ; les cuadrillas rencontrant par moment de sérieuses difficultés. Il fallait donc les toréer et pour les «promesses», c’était parfois un peu beaucoup…

 

Damian Castaño le plus expérimenté de la soirée se montra à son aise face au premier noble avec du punch, mais le Salmantino habitué à de plus durs combats ne suscita guère d’enthousiasme et tua avec difficultés au troisième voyage.

 

Bien Canton qui hérita du rétif cinquième âgé de cinq ans révolus. Il le conduisit avec maturité et élégance à la cape d’abord puis à la muleta. Le public se montra sensible aux efforts du jeune Béarnais qui dans l’ensemble laissa une bonne impression. Dorian tua en deux fois d’une entière en place et il y eut une pétition minoritaire ; il fit donc une vuelta très fêtée.

 

El Rafi, diminué par une blessure récente, ne put s’exprimer totalement face au troisième, rude gaillard lui aussi. Il eut quelques derechazos bien tournés et malgré ses difficultés à la mort, se sortit avec dignité de ce dur moment.  

 

Nettement au-dessus de l’ensemble, Dioslegarde construisit une belle faena au quatrième qui se montra noble à la muleta. Manuel possède un vrai concept de toreo classique, lent, engagé. Peut-être est-il un tantinet austère pour séduire les néophytes. Les séries se succédèrent à gauche, surtout données avec lenteur, enchantant le public le plus averti de Lachepaillet. Il tua d’une entière et obtint une oreille largement méritée. Il gagna ainsi le droit de revenir pour confirmer ces bonnes dispositions devant un animal plus retors. Belles naturelles, engagement et sens du rythme, voilà ce que l’on peut dire de cette seconde partition. Hélas, l’entière n’eut pas l’effet espéré. Le toro tarda à tomber et lui à prendre le descabello, ce qui le priva d’une récompense qui demande l’adhésion populaire.

 

Peu à dire de Julio Mendez, digne certes, mais pas tout à fait à la hauteur de la situation : des détails plaisants, mais pas de construction cohérente dans son travail mal fini à l’épée.

Ainsi, à une heure tardive, dans la chaleur de la nuit atlantique, Diosleguarde s’imposa sans contestation au cours d’une sévère corrida d’Arrauz de Robles qui aura plu aux amateurs. Une soirée qui aura confirmé aussi le bon moment que traverse Dorian Canton ; un jeune homme qui mérite mieux et plus…

 

Pierre Vidal – Photos : Philippe Gil Mir