Recuerdo de un grande : «Le Président»…

 

Un physique avantageux, il avait.

Un bel homme comme on dit, il était.

 

Svelte, élancé.

Un visage de condottiere.

 

Des attaches fines.

Et des mains soignées.

 

Une élégance naturelle.

Dans une forme méridionale.

 

Un Marqués.

Qui aurait pris ses quartiers à Montpellier.

 

Ou un aristocrate en goguette.

Au soleil de la Promenade des Anglais.

 

«Les lettres de mon moulin» dans une poche.

Et «L’Humanité» dans l’autre.

 

Un peu Luis Miguel.

Un peu Semprun.

 

Une allure.

Tout simplement.

 

En la calle.

Ou à cheval.

 

Il allait à l’amble.

De ses pas.

Dans le galop.

De Capea et de Dámaso.

 

Et dans celui.

De Christian, Denis, Sébastien.

 

Et des toreros français.

Militant et aficionado, il était.

 

Uhlan de l’arrimón.

Hussard tricolore.

 

Cosaque de l’entrega.

Et spahi d’un sitio de Frente Popular.

 

L’oukase intraitable.

Il édictait ses arrêts.

 

Et pourfendait de ses sentences.

Ceux qui ne le suivaient pas.

 

Dans sa ligne de conduite.

Qui faisait du toreo.

 

Une guerre.

Pour défendre un ordre.

 

Celui.de la lutte.

Sans concession.

 

Drapeau rouge.

Pour les moujiks de la muleta.

 

Sibérie.

Pour les apparatchiks en lunettes fumées et cigare.

 

Et les toreros.

Dont la pratique ne portait pas la couleur de la révolte.

 

Javier Conde à la muleta calamistrée.

N’avait pas son suffrage.

 

Et moins encore.

Manzanares padre.

 

Dont le lexique de passes en Romanov et samovar.

Lui semblait.

 

Insignifiant au regard.

Des harangues de Lénine.

 

Et inexistant.

Au vu de celui de Dámaso.

 

Bolchevik en lumières.

Sa référence d’avant-garde depuis toujours.

 

Du «Lechero» de ses débuts, du Curro Alba de 1964.

Au Dámaso du 17 septembre 2003 à Murcie.

 

Coupant les deux oreilles du «Torrestrella».

Dernier toro de sa vie.

En passant par la faena historique.

Du 2 juin 1993 à Madrid devant un monstre de Samuel.

 

L’Histoire.

A donné raison à Jean.

 

Dont la vie.

De représentant en lacets et fermetures éclair.

 

Avait toujours été une fête.

De routes, d’aventure, de bon repas et de gonzesses.

 

De Cali.

A Mauguio.

 

De Santiago de Cuba.

A Azpeitia.

 

Fidèle à sa ligne.

Celle des corridas concours.

 

Réglementaire.

Et en trois piques.

 

Président à vie.

Du «CT Dámaso González».

 

Revistero de combat.

Novellste à la plume ironique et légère.

 

Sa langue était celle d’ici.

Celles des mineurs cévenols et des bayles de Camargue.

 

Celle des Causses.

Et des enganes sous le Mistral.

 

Celle des littérateurs.

Qui écrivent en rugissant.

 

La langue du courage.

Comme une épée en la ley.

 

A la frontière de chemins secrets.

Il allait souvent seul.

 

Son âge était un mystère.

Il était hors du temps.

 

Comme Rafael et Curro.

Pour la manière.

 

Comme Hugo pour le fond.

Et Jaurès pour l’esprit.

 

Pour nous.

Et pour toujours.

 

Des étagères de Lansargues.

Aux stands de Lézan.

 

Dans la perestroïka.

De l’esprit, du plaisir et de l’amitié.

 

Il était et restera.

«Le Président».

 

Jean Rossi.

Était son nom.

 

Il est mort il y a trois ans.

Un matin froid de début novembre…

Patrice Quiot

Photo André Hampartzoumian (sur le cliché, à gauche Jean Rossi et à côté Patrice).