Vendredi 19 Avril 2019
Jean-Marie Raymond : le plus andalou des ganaderos français…
Vendredi, 18 Mai 2012

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Dans le monde des éleveurs de toros de combat, il vous sera difficile de trouver parcours plus atypique. Actuellement, Jean-Marie Raymond possède deux fincas sur les hauteurs de Constantina, superbe pueblo perché dans les montagnes du nord de Séville...

L’aboutissement d’un rêve ébauché il y a une dizaine d’années, alors que pendant longtemps, rien ne laissait supposer qu’un jour, avec ses fincas de « Pedrechada y Garlochi » et celle de « La Nava », il le réaliserait sur des terres entourées notamment par celles de Dolores Aguirre, Espartaco et Ordóñez…

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C’est donc une histoire peu banale qu’il m’a racontée et que je vous livre, suite à une récente visite dans son domaine puis une conversation à bâtons rompus…

« J’ai débuté dans les toros il y a exactement dix ans, par une circonstance assez particulière puisqu’il s’agissait de mon anniversaire pour lequel ma sœur m’avait offert vingt vaches et « Luisito », un semental de Jandilla ! Ces vaches se trouvaient chez Olivier Fernay et c’est là qu’a commencée pour moi l’aventure de l’élevage qui s’est appelé « Virgen María » puisque dans ma famille, nous sommes tous nés au mois de mai et que nous avons une adoration pour la Vierge Marie qui est devenue la mère de Dieu, en fait Jésus, sans trop savoir pourquoi, ça lui est arrivée comme ça sur la tête sans trop se poser de questions… On a donc beaucoup de respect pour elle et nous avons continué, l’élevage s’est développé en restant sur les terres d’Olivier qui m’a appris une partie des éléments qui m’ont permis de me former, de me forger, et de me retrouver dans un contexte qui me plaisait de plus en plus…

A un moment donné, j’ai estimé, toujours pour le bien de l’élevage, et non pour des dissensions, qu’il fallait se développer sur le marché espagnol qui me parait le plus porteur pour un ganadero, tant commercialement qu'au niveau de l'image; l’élevage français ne peut pas être ignoré, loin de là, il est porté par le souhait des différentes empresas qui gèrent les arènes françaises et recherchent sur leur sol du bétail de qualité, afin de répondre à l’aficion du public de notre pays, l'opération "Toros de France" apporte une crédibilité au travail effectué.

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Donc, j’ai décidé de me retirer de France pour aller en Espagne et aujourd’hui, je suis sur deux fincas qui se trouvent dans la commune de Constantina, avec 480 hectares à « Pedrechada y Garlochi », qui abrite les vaches, et un peu plus de cent hectares à « La Nava », au terrain très vallonné et irrigué, où se trouvent les machos, notamment ceux qui vont sortir prochainement dans différentes arènes, que l’on fait bouger régulièrement, en montant et descendant les collines par la position opposée de l’eau et du pienso.



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Les deux fers que je possède et qui sont inscrits à l’UCTL appartiennent à deux personnes, ma sœur Marie, qui a initié cette aventure au travers de l’acquisition des vaches et du semental déjà évoquée, et moi-même. Et depuis octobre 2010, l’ensemble de ce ganado se trouve sur les hauteurs de Constantina.

 

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Lorsque la décision de s’installer en Espagne a été prise, je me suis rapproché de Maurice Behro, journaliste et photographe taurin installé à Séville à qui j’ai demandé de chercher des terres où je pourrais implanter mon élevage. C’est lui qui a découvert celles de Pedrechada où nous nous sommes positionnés et ensuite celles de La Nava, qui nous accueillent depuis seulement six mois. Outre Maurice, deux éléments importants sont venus rejoindre l’équipe qui se constituait, Juan Leal, qui était alors à l’école taurine du Juli et qui a souhaité être plus proche d’un élevage de toros pour poursuivre son éducation et son élévation au niveau d’un novillero, et Andrés Tirado, le mayoral de Victoriano del Río, avec qui j’ai d’excellentes relations et qui m’avait fait part pour des raisons familiales de son intention de rejoindre l’Andalousie. Je m’en suis ouvert à Victoriano qui a considéré que ce serait une réussite pour lui si je marchais dans ses pas.



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La structure du bétail s’est faite en deux temps. Aujourd’hui, sur Constantina, il y a deux élevages constitués globalement par environ 700 têtes, celui de Virgen María provient de Jandilla, Algarra, Victoriano del Río et Daniel Ruiz, et le fer de Santa Ana, qui est composé uniquement de bêtes provenant du Marquis de Domecq puisqu’il s’agit du rachat à Javier Domecq de ses toros portant le nom de « Los Toros de la Casa Domecq » ; la condition de cette vente étant de ne pas conserver le nom de Domecq ainsi que le fer. D’où la dénomination de Santa Ana.

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J’ai une volonté de sélection très poussée, accompagnée d’un manejo et d’un respect du toro comme ont pu le transmettre les anciens afin de pouvoir donner dans les arènes à la fois aux empresas, au public et aux toreros ce qu’ils désirent, mais également ce que je souhaite, puisqu’il y a la recherche d’un Graal non pas de reconnaissance, mais de satisfaction personnelle, avec un toro qui monte au cheval et qui est bien en piste pour que tout le monde y trouve son bonheur !

 

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Le partage de ce moment entre tous les intervenants m’apporte une certaine sérénité… La démarche n’est pas de sortir des courses mélangées, mais je me réserve la possibilité, à titre expérimental, de faire dans l’élevage quelques mélanges en mettant par exemple des vaches du Marquis sur un semental de Jandilla. Sans me prendre pour Merlin l’Enchanteur, cette alchimie pourrait être intéressante et me permettrait de voir ce que ça donne…



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Concernant les fincas, il s’avère que nous aurons peut-être l’opportunité de les refondre dans un lieu unique, ce qui faciliterait pas mal de choses. Dans ce cas, ce serait sur les terres qui nous paraissent les meilleures, à savoir celles de La Nava, où il existe une possibilité d’agrandissement en rachetant le campo voisin. Ce serait une bonne chose de regrouper le tout, c’est un projet qui me tient à cœur et qui suit son cours.

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En ce qui concerne la taille de la ganadería, en accord avec Andrés et Maurice, on resterait autour de 250 têtes pour les vaches, représentant à peu près cinq corridas et trois novilladas annuelles, ce qui serait déjà très bien. Actuellement, avec les efforts de l’ensemble de l’équipe, j’ai la chance de tout vendre, et si l’on vend, c’est que nos produits sont appréciés, mais il ne faut pas s’emballer et travailler davantage sur la qualité que sur la quantité. C’est un cercle vicieux et compte tenu des difficultés actuelles, notamment liées à l’augmentation du cours du pienso, on préfère bien s’occuper de nos bêtes, bien les nourrir, et les sélectionner rigoureusement.

 

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En France, nous avons déjà eu quelques résultats intéressants, comme à Nîmes, où un novillo en 2010 a fait la vuelta, où on a sorti une corrida qui à part la blessure de Marc Serrano, pour laquelle je suis absolument désolé, a été d’une qualité intéressante. A Marbella, Venegas a coupé trois oreilles puis à Espartinas en octobre dernier, où nous avions sorti le matin une novillada de Virgen María et l’après-midi une corrida de Santa Ana, il s’est avéré que les trois novilleros et les deux toreros, Juan Bautista et Juan Pablo Sánchez - le troisième étant le rejoneador Manuel Manzanares - sont tous repartis avec trois oreilles…



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Pour cette année, nous avons d’arrêté la novillada de Nîmes pour la Cape d’Or le vendredi 25 mai au matin, justement avec Juan Leal, puis la corrida de Villeneuve de Marsan. En Espagne, il y aura Marbella et très certainement Espartinas. Des discussions sont aussi en cours pour une corrida dans une arène de première catégorie…



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L’aboutissement de ce projet ne peut se réaliser que par l’engagement de chacune des parties prenantes et surtout par les décideurs qui nous font confiance ; avec une attention particulière pour Simon CASAS qui depuis deux ans m’accorde son aval.

Maurice Behro m’a donné un grand coup de main quand j’ai voulu m’implanter en Espagne et aujourd’hui, on est en totale osmose, il s’occupe de l’élevage avec la maîtrise professionnelle d’Andrés, mais aussi de la carrière de Juan Leal. Ce n’est pas mon associé, c’est une personne en qui j’ai confiance, qui a en charge la gestion administrative et effective de l’élevage, c’est mon représentant pour l’élevage et la communication. Il montre quotidiennement sa compétence.

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Comme je l’ai déjà ébauché plus haut, Andrés avait une certaine pression de sa famille pour revenir en Andalousie, il y a eu différentes discussions dans une totale discrétion jusqu’au jour où ce mayoral a annoncé son départ pour venir chez nous. Il est resté vingt-trois ans chez Victoriano et le ganadero m’a déclaré qu’il était content qu’il vienne chez moi plutôt que d’aller ailleurs !

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Comment j’en suis arrivé là ? C’est avant tout la réalisation d’une passion… avec tous les soucis qui l'accompagne ! On n’est pas dans « Peace and Love » !!! Mais il s’avère que je me retrouve dans un contexte qui me plait, qui me convient parfaitement. Mais rien n’est gagné et j’ai encore des tonnes de choses à apprendre, j’évolue dans un milieu où il est nécessaire de trier entre les affirmations des uns et des autres… car en outre, dans le domaine de l’élevage, la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain ! L'écoute est importante avant de forger son jugement et avis…

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En fait, ma passion pour les toros remonte très loin. Elle a débuté à Sète où nous vivions, quand j’étais en troisième et que je suis entré un jour à la maison en disant à mon père que je ne voulais plus retourner à l’école et que ce que je voulais faire, c’était maquignon ! Dans un premier temps, ça m’a valu quelques coups de pied au cul et je suis retourné à l’école… Plus question d’être maquignon !!!

Plus tard, mes activités professionnelles m’ont amené dans une ville qui n’a rien de taurin, Sarreguemines, mais qui avait un abattoir très important. C’est la que j’ai rencontré le directeur d’une grande société de viande qui a perdu la vie dans l’accident du Mont Ste-Odile. Quand il a vu comment j’aimais les bêtes, il m’a emmené avec lui sur de très gros marchés, notamment celui de Rouen, ce qui m’a encore permis d’appréhender pas mal de paramètres sur le bétail.

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Quand je suis revenu dans le Sud, plus précisément à Marseille, j’ai commencé à partir en Andalousie pour voir des élevages… jusqu’à ce que ma sœur, qui est à mes côtés dans la société d’activités de loisirs que nous gérons, fasse part à un de nos fournisseurs de son embarras pour me trouver un cadeau d’anniversaire. C’est lui qui a trouvé la solution en lui disant : « Il nous bassine avec ses toros, alors offre-lui des toros !!! »

Je ne suis pas un produit du milieu taurin, j’étais un spectateur habituel, lecteur d'ouvrages, assidu aux ferias, mais à partir de ce cadeau, tout a basculé assez rapidement vers ce monde professionnel dans lequel je m’implique à présent, en alternance avec mon entreprise, d’où la nécessité d’avoir sur place les bonnes personnes pour faire fonctionner la ganadería au quotidien…

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Juan Leal ? C’est le petit !!! Il y a beaucoup d’affectif, ça vient avant tout de lui, de son comportement, de son amabilité, de sa classe, de sa valeur intrinsèque, tauromachique comme humaine. Ça fait un an et demi qu’il est avec nous et depuis le temps, j’ai appris à bien le connaître. Je dirais que c’est un élément qui m’est tombé dessus, peut-être encore plus que l’élevage. Il est venu par Maurice qui m’en avait parlé, je le connaissais un peu pour l’avoir vu toréer en non piquée, face à mes produits à Vieux Boucau par exemple, j’avais remarqué sa gentillesse et bien sûr ses qualités tauromachiques. Puis je l’ai rencontré avec son professeur quand il a pris la décision de quitter l’école du Juli, et après quelques mises au point, il a fait part de sa différence, de son souhait de venir avec nous parce que ça lui semblait important, c’est ce qui s’est finalement passé et on ne peut qu’être satisfait…

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Il vit au campo et acquiert ainsi une grande connaissance du bétail ! Il partage au quotidien les tâches de la ganadería avec Andrés qui le forme et lui apporte toutes les notions concernant les bêtes, Maurice lui fournissant les éléments concernant le toreo. Chaque semaine, il apprend beaucoup au contact des figuras, Perera, Luque, Talavante, Sébastien…, qui viennent à l’élevage et qui lui prodiguent leurs conseils, et par son amabilité et sa gentillesse, ils le prennent aussi pour le petit ! Juan a un grand potentiel et ses qualités de comportement font qu’on a d’autant plus envie de le soutenir. Il est chez nous et le seul moment où l’on n’est pas avec lui, et où il ne pense pas toro c’est quand il dort !!! A moins qu'il n'en rêve!!!



jmr20lTentadero avec Juan Leal et les Prácticos de Nîmes...

Je tiens aussi à dire que je n’ai pas de relations difficiles avec Olivier Fernay, contrairement à ce qui peut se dire. On a forcément moins de rapports que ce que l’on avait avant et je comprends très bien que quand je suis parti, il ait eu une vision plutôt négative de la chose. Il a actuellement des sementals de Virgen María.

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Je n’ai au fond aucun besoin de reconnaissance personnelle et donc de paraître, j’aborde cette activité avec humilité, en ayant conscience qu’il me reste beaucoup à apprendre, le toro étant tellement complexe dans son comportement qu’il nécessite une observation permanente. Mon projet est donc sur le long terme et il n’en est pas encore dans une phase d’aboutissement. Le plus dur va être de poursuivre l'évolution, d’entériner, de confirmer tout ça. Je crois que le jour où on prendra mes toros sans plus se poser de questions sur la qualité de l’élevage, alors là, ce sera un peu gagné !

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Aujourd’hui, et c’est assez normal, je suis encore un apprenti et je souhaite arriver à être assez rapidement un compagnon et si quand je serai compagnon on estime un jour que l’élevage a atteint une certaine valeur, je souhaiterai alors être un maître et avoir l’agrément définitif des professionnels

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Mes deux fers sont inscrits depuis le début à l’Unión, c’est ce que j’ai voulu dès que j’ai monté l’élevage et ma ligne de conduite n’a pas changé. Dès que j’ai été avec Olivier, j’ai fait part de mon intention de rejoindre l’UCTL, actuellement, pour Virgen María, je suis aspirant car il me manque une novillada en première catégorie pour passer titulaire. Mais en ce qui concerne Santa Ana, je suis déjà titulaire. L'étonnant est que Santa Ana est titulaire, mais n’a pas d’ancienneté, alors que Virgen María, qui n’est que dans les aspirants pour le moment, a une ancienneté puisque sortie à Madrid !

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Pour avoir le maximum de chances de réussir, il n’y a pas de secret, il faut s’entourer des meilleurs, tant dans le ganado que dans les hommes. Quand j’ai commencé mon élevage (Virgen María), j’ai dit à la Unión que je le basais sur les produits de ganaderos reconnus, et je pense aujourd’hui être entouré d’un mayoral reconnu, d’une personne appréciée dans le monde des médias, et maintenant, tout ce que je souhaite, c’est que mon torero soit lui aussi reconnu !!!



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Je suis forcément plus près de Séville, et si je devais encore rêver, mon cartel idéal, ce serait mes toros de Virgen María ou de Santa Ana dans la Maestranza avec Juan Leal en face !!! Mais je crois que Juan aura une reconnaissance bien avant moi, ce qui me paraît tout à fait normal, car pour un élevage, ça demande beaucoup plus de temps. Mais c’est toutefois en bonne voie… D’ailleurs, quand nous sommes sortis à Barcelone où les choses s’étaient plutôt bien passées, un ganadero important est venu me dire : « Alors si maintenant les Français viennent nous enquiquiner en Espagne… ». Il plaisantait, bien sûr, mais à moitié ! Il est évident qu’il y a pas mal de ganaderos qui me saluent. Je crois que ma démarche naturelle qui a consisté à rester légèrement en retrait, tout en affirmant ma personnalité, a permis que l’acceptation s’opère petit à petit. Au départ, ça les intriguait, mais beaucoup moins maintenant car avec les figuras qui sont passées par mon élevage, ainsi que leurs apoderados, tout ça a forcément contribué à me faire mieux connaître et respecter, avec peut-être aujourd’hui, moins de questionnement. Du moment où dans la gestion de l’élevage, et les relations, on se comporte d’une manière saine, on peut évidemment demander la réciprocité ! »

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Pour celui qui sauf erreur de ma part, sera le premier Français à élever des toros de la Unión en terres andalouses, un sincère enhorabuena pour le travail déjà accompli. Et suerte pour les courses à venir, à commencer dans un délai très proche par sa novillada dans l’amphithéâtre nîmois. Sous les yeux experts de Maurice et Andrés, et avec Juan, bien sûr, à qui l’on souhaite aussi de trouver face à des adversaires qu’il a côtoyés au quotidien dans le campo le bonheur de triompher…

 

Paul Hermé

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