Lundi 22 Avril 2019
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Dimanche, 11 Janvier 2015

Le message de la discorde…

Les événements de la semaine sont terribles. D’abord, pour les victimes et leurs proches, évidemment, pour la Liberté d’Expression, bien sûr, mais aussi pour les dommages collatéraux qu’ils n’ont pas manqué de provoquer. Et on n’en est encore probablement qu’aux débuts...

Premier dilemme lié à la riposte d’actes aussi horribles qu’indéfendables, faut-il aller marcher ? Faut-il aller marcher derrière des gens qui pour certains, de par leurs courants de pensée, étaient de ceux qui ont été favorables dans les années 70 à l’interdiction d’Hara Kiri à cause du fameux bal tragique à Colombey ? Faut-il marcher derrière certains qui soutiennent actuellement des régimes où justement la Liberté d’Expression n’est pas la préoccupation première ? Faut-il encore marcher aux côtés de gens qui se sont combattus la veille et qui vont continuer à se chipoter demain  Chacun a fait selon sa conscience ou ses convictions, et c’est très bien ainsi. Mais on peut aussi considérer que l’on peut être Charlie et se dispenser d'aller battre la semelle… D'ailleurs, parmi les "rescapés" de Charlie, ces mouvements de compassion tous azimuts ont été loin de faire l'unanimité, c'est le moins qu'on puisse dire...

Sans épiloguer davantage, disons simplement qu’au delà d’une condamnation massive exprimée d’une façon ou d’une autre et sans aucun amalgame, la période a été aussi troublée par un fait qui nous concerne plus directement… à partir d’un Tweet d’André Viard.

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Le Tweet, c’est ce truc qui permet à n’importe quel quidam de traduire sa pensée en quelques mots. Trop peu de mots. Car une prise de position, quelle qu’elle soit, nécessite un argumentaire qui ne peut se résumer en trois lignes. Je sais, on est dans la société de l’immédiat, du message instantané, mais ça a ses limites. Et en l’occurrence, ça provoque quelquefois des ondes de choc dont on se passerait bien...

Concrètement, suite aux événements de ces derniers jours, André Viard a lancé un Tweet, par le biais de Terres Taurines Espagne (Tierras Taurinas) stipulant qu’il n’était pas Charlie. Qu’il le soit ou pas, franchement, ça ne regarde que lui, sauf que compte tenu de ses fonctions, ne serait-ce qu’au sein de l’ONCT, l’affaire a fait grand bruit, reprise par une partie de la presse et bien sûr, par les anti-taurins. Je leur signale au passage qu’il y avait ce dimanche autant d’aficionados que d’anti-taurins dans les processions, ces derniers n'ayant pas l'apanage de la sensibilité, et encore moins de la notion de Liberté !

Une des premières réactions est venue de Stéphane Guin, journaliste au Midi Libre, dans son blog "Corrida y Campo", dont vous trouvez la teneur en cliquant ICI

Sur le Net, d’autres se sont fait entendre, le plus souvent en des termes peu favorables à André Viard. L’affaire prenant de l’importance, l’Observatoire National des Cultures Taurines s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué, reproduit ci-dessous, pour relativiser les choses…

Nous sommes tous Charlie !

« Afin de ne laisser planer aucun doute sur sa position, l’Observatoire national des cultures taurines tient à affirmer hautement et unanimement que, quelles que soient les positions critiques de certains membres de la rédaction de Charlie Hebdo à l’égard de la corrida, la liberté d’opinion et d’expression est un fondement majeur de notre société et de notre République, dont la valeur doit être proclamée et rappelée dans les circonstances dramatiques qui viennent d’être traversées. En hommage aux victimes de ces assassinats odieux, l’heure est à l’unité de tous les démocrates de France et du monde. Ici et maintenant, nous sommes tous Charlie ! »

Et ce dimanche, en milieu de journée, André Viard m’a fait parvenir le communiqué suivant :

CHARLIE ET LES AUTRES 

« La France est en deuil sans avoir pour autant pris toute la mesure du malheur qui la frappe. Car au-delà de la liberté d’expression, unanimement défendue par tout le pays, c’est l’idéal d’un vivre ensemble apaisé que viennent peut-être de mettre à mort des assassins aveuglés par la haine. Le but de ceux qui les commanditent n’est autre que d’accentuer le fossé existant entre des communautés fragilisées par le sentiment d’abandon qu’elles éprouvent, pour fomenter le chaos et plonger la civilisation occidentale dans une crise sans précédent. Réduire cet épouvantable drame national à un slogan qui oubliait en route la moitié des victimes, m’est donc apparu tout aussi maladroit que le fut ma réaction, qui n’avait pour autre objet que de dire : nous sommes Charlie, mais nous sommes aussi ces juifs et musulmans de France sacrifiés sur l’autel de la haine raciale, ainsi que ces policiers abattus froidement dans l’exercice de leurs fonctions.  

La liberté d’expression, dont tant de peuples sont privés, est un droit fondamental qui impose à ceux qui en jouissent des responsabilités proportionnelles à la gravité des sujets abordés. Dans de nombreux pays, sa limite, pour garantir un monde respectueux des autres, a été posée en amont des humiliations que l’on peut causer à ceux que leur situation, leur culture ou leurs croyances, rendent hermétiques à l’humour dont ils sont la cible.  Il n’en va pas de même en France où la liberté de dire et d’écrire est à peu prés totale, à condition toutefois de ne pas s’aventurer hors des sentiers balisés du politiquement correct. C’est pourtant sur ces chemins-là que sont nées les valeurs fondatrices de la République : liberté, égalité, fraternité. Puis laïcité. Au nom de ces idées, il eut été plus judicieux, à mon sens, d’associer au nom de Charlie celui de toutes les autres victimes afin que leurs proches n’aient pas le sentiment qu’on les sacrifiait deux fois. Ayant moi-même été victime d’un attentat qui visait toute ma famille, je sais ce que l’horreur d’une telle situation représente, quand, au traumatisme de l’agression, s’ajoute celui de l’indifférence, voire de l’ironie. La formulation de ma réaction trop lapidaire ne permettait malheureusement pas, comme souvent sur les réseaux sociaux, de comprendre le sens de ma pensée. Je m’en excuse auprès de ceux qui ont pu être choqués. J’ai toujours dénoncé tous les fanatismes et je continuerai en prenant soin de mieux expliciter mes propos, afin de ne donner prise ni au malentendu ni à l’amalgame. » 

André Viard

Je sais, tout ça est un peu long, et certainement complexe, à l’image des faits survenus, mais au moins, chacun pourra se faire une idée sur les uns ou les autres, ainsi que sur la pertinence de certaines prises de positions. Qu’il y ait eu une mouvance anti-taurine au sein de Charlie Hebdo est une évidence, comme on en rencontre parfois dans la vie quotidienne, mais ça n’excuse pas la lâcheté et l’horreur des tueries de la semaine dernière, quelles que soient les victimes. En cela, pour leur rendre hommage, je suis Charlie. Et si Charlie devient source de division, nous aurons perdu beaucoup. Alors qu’on est en période de vœux, peut-on encore souhaiter que notre diversité ne devienne pas trop sujet à polémique, et surtout que ce ne soit pas la balle de trop qu’on se tirerait dans le pied ?

 

Paul Hermé

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