Samedi 22 Juin 2024
PATRICE
Mercredi, 10 Mai 2023
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Roger «El Rey»…
 
Il avait les yeux d’Antonio Flor, les manières de Luis Saavedra.
 
Et «Lou Grand» était son apodo.
 
 
 
Près de sa cabane, dans la combe de l’Aurival.
 
Roger Bourges aimait tracer des sillons.
 
 
 
Droits, comme la franchise de promesse d’un grain de blé.
 
Profonds comme les racines d’une branche porteuse.
 
 
 
Des muletazos.
 
De sincérité.
 
 
 
Y.
 
De verdad.
 
 
 
Sous les piles du pont de Siorac, un flot de tendresse roule vers le bec d’Ambez.
 
Dans cette terre qui porte en elle le rythme du fleuve qui la nourrit, Roger Bourges aimait tracer des sillons.
 
 
 
Longs comme les drops de Camberabero.
 
Et humains comme les hourras de la foule un dimanche de match de rugby au vieux stade de Colombes.
 
 
 
Ce fief de la Dordogne, rare de joyaux naturels et de trésors d’humanité, que le roi Roger avait conquis comme on enlèverait une promise, lui obéissait au doigt et à l’œil.
 
 
 
Comme à un mayoral.
 
Ses vaqueros.
 
 
 
Comme à un rey.
 
Su tierra.
 
 
 
Les arbres étaient ses sujets.
 
Les tracteurs ses hommes lige.
 
 
 
Les plants de maïs ses obligés.
 
Les poissons ses vassaux et les chevreuils ses troubadours.
 
 
 
Roger Bourges était.
 
Un figurón de la vertu.
 
 
 
Qu’il portait en blason.
 
Comme un costume de lumières en coutil.
 
 
 
Le vert de sinople des coteaux de Marnac.
 
En constituait le premier quartier.
 
 
 
Le bleu d’azur de la palombe.
 
Le second.
 
 
 
Le rouge de gueules de la faucille.
 
Marquait le troisième.
 
 
 
Et l’or de la grâce.
 
Le quatrième.
 
Roger était un roi paysan dont la généalogie du lignage révélait la noblesse du four à pain, la seigneurie des tourtes de douze livres, l’élégance souveraine des planteurs de tomate, l’aristocratie des mangeurs de haricots, la grâce altière des bâtisseurs de pigeonniers, le dédain aquilin de la facilité, l’arrogance libre des choses simples et le courage conciliant que donne la générosité du cœur.
 
 
 
Un Virgile des «Géorgiques» sur les berges de la Dordogne.
 
Un Paco Ureña au pays des Croquants.
 
 
 
Il avait les yeux d’Antonio Flor, la grâce de Luis Saavedra et « Lou Grand » était son apodo.
 
Il était né cinq ans après que «Bailador» eut tué  «Joselito».
 
Il est mort le matin du jour des trois oreilles de Roca Rey à Séville.
 
Et c’était mon ami.
 
 
Patrice Quiot