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Jeudi, 21 Septembre 2023
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Quite au Sud-ouest : Le Boléro...
 
« A Mouscardès, petite commune des Landes, Albertine Lafitte est l'une des rares couturières à réaliser encore la veste dont se parent tous ceux qui entrent dans une arène pour affronter ces vaches de race « marine », dont le poids dépasse parfois les 400 kilos.
 
Dans des temps immémoriaux, les jeunes gens qui se mesuraient aux vaches sauvages et aux taureaux portaient les vêtements habituels à l'époque, veston de velours, pantalon et ceinture drapée.
 
Avec les premiers spectacles hispano-landais, au XVIIIe siècle, pour ne pas paraître dans une tenue trop pauvre comparée aux costumes portés par les toréadors espagnols (qui s'inspirent toujours des vêtements de la cour de Versailles), les vestons de velours s'ornementent peu à peu.
 
« Aujourd'hui, le costume de l'écarteur landais est sensiblement le même depuis des décennies, écrit, dans la revue "Gascogne la talanquère", Jacqueline Nalis, qui prépare une thèse sur ce sujet. Il pourrait être le plus beau des costumes régionaux, mais il n'appartient pas au folklore puisqu'il est bien vivant et porté en situation. »
 
La petite veste courte des écarteurs doit être solide et protéger des coups, un peu à la manière d'une armure. Elle doit aussi participer du spectacle et de la fête, se voir de loin, briller, mettre celui qui la porte (l'écarteur) en valeur.
 
 « Tous les écarteurs viennent aux courses avec deux boléros, raconte Albertine Lafitte. Celui de parade, utilisé pour les défilés est très orné, brodé de paillettes et de perles. Le boléro de travail est plus simple, seulement soutaché et frangé ». 
 
Toutes ces fournitures s'achètent à Dax dans un magasin d'art religieux.
 
Comment s'y prend-on pour faire un boléro ?
 
Un véritable rite
 
Jacqueline Nalis estime que la première condition de ces artisans c'est de connaître et d'aimer la course landaise. Pas étonnant donc que le mari d'Albertine Lafitte fut un brillant écarteur.
 
Mme Taris, à Rion-des-Landes, est la sœur de Lalande, autrefois grand écarteur, et son mari, couturier, aussi est un ancien « sauteur ». Trop vieux, ils viennent d'arrêter leur activité.
 
Maïté, de Nogaro, dans le Gers, compte un écarteur dans sa famille. « Vous savez, ce travail est tout à fait artisanal, raconte Albertine Lafitte. Moi, j'étais garde-barrière, et le soir je confectionnais les boléros de mon mari ou pour d'autres écarteurs. Impossible de dire le temps passé. Il n'y a aucune entreprise qui fasse cela. Le plus souvent, c'est la femme du torero qui confectionne l'habit. C'est du moins ce qui se dit par chez nous. »
 
Le monde de la course landaise a ses rites et ses mystères.
 
Difficile d'y entrer. Albertine Lafitte, aujourd'hui retraitée, dit confectionner encore une dizaine de boléros chaque année. Elle aurait bien voulu que son fils revête l'habit de lumière. « Mais il ne s'intéresse pas aux courses, dit-elle avec regret. Par contre, ma fille, elle, a écarté. » 
 
Dangereux, pourtant ! C'est pourquoi le boléro doit être épais, pour amortir les chocs, les coups de corne de la vache. Il faut aussi qu'il soit souple pour se prêter à tous les mouvements nécessaires. Un grand soin est donc apporté au matelassage. C'est la première chose que l'on fait : assembler du tissu de coton très serré, un nappage d'ouate, un autre tissu de coton serré, puis piquer le tout solidement en diagonales formant de petits carrés de 1 centimètre de côté. Ensuite on superpose le velours solidement fixé avec du biais. Ce travail est fait généralement par des couturiers traditionnels.
 
« Moi je fais l'ornementation, je pose les paillettes, puis les perles », précise Albertine Lafitte. Les motifs traditionnels géométriques, floraux, végétaux dominent. Parfois, apparaît une armoirie, une tête de vache... « Chaque écarteur choisit son motif et la couleur », ajoute-t-elle.
 
A chacun son style aussi.
 
Jacqueline Nalis compare la couture de Mme Lafitte à celle de la maison Saint Laurent, alors que le couple Taris se rapprochait de Christian Lacroix.
 
Mais le métier se perd.
 
 « Depuis quelques années, les écarteurs se fournissent en Espagne, indique Albertine Lafitte. 
 
C'est moins cher, mais ce n'est pas pareil, c'est fait à la machine. Moi, je fais tout à la main. C'est pourquoi on ne peut pas vivre en faisant des boléros. » 
 
Un boléro neuf vaut, selon les spécialistes, de 5.000 à 7.000 francs. Avec le gilet, le béret noir, le pantalon de coton et la chemise blanche, la cravate rouge ou jaune, la ceinture rouge (4,50 mètres de long pour 22 centimètres de large) et les bottines en cuir cousues main, l'addition se corse.
 
Mais parader dans une arène, n'a pas de prix. »
 
Sources : ALAIN ECHEGUT/ « Les Echos » août 2009
 
Patrice Quiot