Dimanche 25 Février 2024
PATRICE
Samedi, 18 Novembre 2023
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John O'Hara, torero joycien d’«Ulysse» (1)…
 
« Le 2 février 1922 paraît à Paris la première édition d'«Ulysse», de l'écrivain irlandais James Joyce. L'ouvrage a subi diverses vicissitudes depuis que Joyce a commencé à l'écrire en 1914. Les quatre premiers chapitres avaient été publiés en 1918 dans la revue américaine The Little Review, mais la censure avait obligé l'interruption de la publication des chapitres suivants car, en plus d'être offensant pour la religion, elle considérait l'ouvrage comme obscène et pornographique; après de nombreuses difficultés dues à la peur des éditeurs d'être confrontés à la justice, l'ouvrage complet n'a été publié qu'en 1922, bien qu'il soit resté interdit en Angleterre et aux États-Unis jusqu’en 1933…
 
Ulysse se compose de dix-huit chapitres dont l'action se déroule à Dublin le 16 juin 1904. L'intrigue est simple : Léopold Bloom, juif converti au catholicisme et rédacteur publicitaire dans un journal, erre dans la ville tandis que sa femme, Molly Bloom, née à Gibraltar et avec qui il n'a pas eu de relations sexuelles depuis des années, reste chez elle en attendant un rendez-vous avec son amant. 
 
Dans le chapitre 17, l'avant-dernier, lorsque Léopold Bloom envisageant la possibilité de quitter Dublin, liste les endroits où il aimerait aller, on note les plantations de thé de Ceylan, la mosquée d'Omar et la porte de Damas à Jérusalem, le Parthénon, la Bourse de Wall Street, les chutes du Niagara, la baie de Naples, le pays interdit du Tibet, le détroit de Gibraltar, la mer Morte et la plaza de toros de La Linea, « où O'Hara des Cameron avait tué le taureau ».
 
John O'Hara était un soldat britannique stationné à Gibraltar dans le dernier quart du XIXe siècle ; il abandonna sa carrière militaire et devint torero. 
 
Irlandais, John O'Hara  était né au milieu des années quarante du XIXe siècle. En 1873, il appartenait au corps des officiers du 95e régiment à pied, Green Jackets, en garnison à Cork. Le général Smith-Dorrien, qui le rencontra à cette époque, raconte que sa situation économique était mauvaise et que, dans l'espoir de l'améliorer, il demanda un changement de destination et fut transféré à Gibraltar. Dans la Army List, dossiers du personnel de l'armée britannique, conservés à la bibliothèque de la garnison de Gibraltar, un sous-lieutenant John O'Hara apparaît affecté au deuxième bataillon du 23e régiment, Royal Welch Fusiliers, entre octobre 1874 et début 1876 qui, sans aucun doute, il s'agit de notre torero. 
 
Joyce aurait donc commis une erreur en l'affectant au régiment écossais des Camerons.
 
Le fait est qu'au début de 1876, O'Hara abandonna sa carrière militaire pour devenir torero ; nous ne connaissons pas les conditions, peut-être a-t-il été formellement démis de ses fonctions ou a-t-il demandé la permission de s'absenter de la garnison. Le fait est qu'à la même époque, le premier bataillon de son régiment s'est rendu sur la Gold Coast pour participer à la guerre contre les Ashanti, tandis que le jeune Irlandais préférait consacrer sa vie à autre chose.
 
Il s'était sans aucun doute passionné pour la tauromachie lors des corridas dont il fut témoin à San Roque et à Algésiras, fréquentées par les habitants de Gibraltar et il se peut qu'il ait été témoin et même participé au taureau à la corde qui se déroula dans les rues de La Línea en 1875 à l'occasion du couronnement d'Alphonse XII. Dans son intention de devenir torero, il se rendit à Séville et entra dans le cercle d'Antonio Carmona « El Gordito » à qui il demanda de lui enseigner les rudiments de l'art et de lui offrir l'opportunité de faire ses débuts...»
 
A suivre…
 
Patrice Quiot