Vendredi 19 Avril 2024
PATRICE
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Mano a mano de capelans...  
 
Reseña du festejo (envoyé spécial) : 
 
"Le lío préalable entre Sepúlveda et Las Casas au sujet de la publication en 1547 d’un livre de Sepúlveda dont Las Casas avait demandé la mise à l’index et obtenu gain de cause ajouté au fait que, vexé, le « Sepú » en avait fait publier un autre, mais à Rome, avait donné un piment supplémentaire à ce mano a mano exceptionnel.
 
Bartolomé de Las Casas, sevillano de pura cepa, ex-évêque de Chiapas au Mexique, est un dominicain. Pour Las Casas, la victoire ou la défaite des peuples ne sont pas des signes d’élection ou de condamnation divine. Il ne nie pas les données, mais il reformule entièrement le problème. Comment expliquer la défaite des Indiens ?
 
Par des causes humaines: Traîtrise, supériorité des armes et barbarie ! Bref, Dieu est aussi avec eux ! 
 
Bartolomé est l’avocat des Indiens.
 
Juan Ginés de Sepúlveda, andalou de Pozoblanco, grand théologien, chroniqueur et confesseur de l’empereur, disciple d’Aristote "El Metafísico", est un jésuite. Sepúlveda reprend deux arguments. Celui de la révélation primitive d’abord : Comment se fait-il que ces peuples lointains n’aient pas été instruits du christianisme puisqu’il est dit dans les Évangiles que les apôtres sont allés convertir toutes les nations ? Ensuite, comment ne pas voir la main de Dieu dans l’extermination des Indiens ? Si c’étaient vraiment ses enfants, permettrait-ils ces massacres ? En réalité, la colonisation s’inscrit dans le dessin divin. Dieu punit les Indiens de leur idolâtrie et les Espagnols ne sont que son bras armé. Bref, Dieu est avec nous ! 
 
Juan Ginés est l’accusateur des Indiens.
 
Le desafío du jour est simple, mais fondamental : Un peuple qui se croit supérieur a-t-il le droit d’imposer une tutelle, même provisoire, à un peuple qu’il juge inférieur et, par voie de conséquence, qui doit décider de la supériorité ou de l’infériorité d’un peuple ? 
 
La réponse déterminera de façon définitive la façon d’envisager la temporada sud-américaine.
 
Calor y lleno de no hay billetes en el Colegio de San Gregorio de Valladolid.
 
Empieza el festejo a la seis y media de la tarde vallisoletana. 
 
Au patio de caballos: Las Casas, vestido de gris con cabos blanco, Sepúlveda  de rojo sangre de toro. La tension est palpable et se lit sur les visages. Les deux protagonistes se serrent la main, mais s’ignorent.
 
Juan Ginés met tout de suite la jambe et les cartes sur table. Ses tandas résonnent comme des coups de canon : Faena presque exclusivement droitière, souvent décousue mais con mucha entrega à base de dénonciation d’Idolâtrie, de péchés contre nature et d’infériorité de la race.
 
Tout le registre y passe : Tourniquet regardant le palco, pases du «Dieu terrible qui élit son peuple», desplante du «Certes des humains, mais inférieurs, des esclaves nés» et, comme on pouvait s’y attendre, redondance du «Les Indiens ont-ils une âme ? ».
 
Facilón anda el de Pozoblanco, qui arrive bien au public. Changement de main pour essayer malhabilement de cuajar l’incapacité des Indiens à se gouverner par eux même ; remates secs pour justifier leur mise sous tutelle y pase de pecho accrochée pour conclure que la conversion indispensable des Indiens exige leur soumission préalable.
 
Faena technique, faena d’arrimón con mucho oficio et beaucoup de recours. Mais, faena sin gracia, sin garbo. Faena aristotélicienne, faena bilbaina. Conclue par un estoconazo assassin porté avec la foi du charbonnier. 
 
On attendait un torero, on vit un bateleur.
 
Tranquilo y relajado va el sevillano Las Casas. Con gusto et sobriété. Sur la main droite, pases du « Tous les hommes sont égaux» et detalles de lujo : «Les corps des Indiens sont semblables aux nôtres et leurs femmes peuvent être fécondées par des Espagnols ».
 
Sur la main gauche, naturelles du «Pour vous, tout ce qui n’est pas européen est inhumain» qui dialectise l’idée de similitude. Run-run en los tendidos et Bartolomé enchaine. Un magnifique «Les Indiens, malgré tout ce qui nous sépare d’eux, sont nos semblables », suivi d’un «Ils sont doux» et d’un extraordinaire «Ils sont comme nous» donné dans une génuflexion au centre. 
 
On entrapercevait la Porte du Prince. 
 
Mais Bartolomé en fit trop, un peu trop. Trop marqué de christianisme, son toreo ne renvoya soudain plus à une nature qui serait la même chez tous les hommes, mais au fait que tous les hommes sont frères car tous également fils de Dieu.
 
Les muletazos devinrent lourds par excès d’œcuménisme et la faena perdit son sens. Le trasteo de Las Casas se transforma en une catéchèse et son estocade fut donnée avec un goupillon. 
 
On attendait un Vincent de Moro-Giafferri, nous eûmes droit à un prélat mitré.
 
Festejo très long (104 jours); aucun cartilage coupé ; on resta sur notre faim, le public sortit déçu et aucune suite ne fut donnée à l’enjeu. L’empresa (SA/Carlos Quinto y el Papa Julio Tercero) a probablement d’autres chats et d’autres Indiens à fouetter.
 
32 au mercure ; au menu du soir : Sopa de chícharos ; morcilla de Valladolid et conejo a la cazadora."
 
Datos 
 
Bartolomé de las Casas (1484 /Séville – 1566/ Madrid). Prêtre dominicain, missionnaire, écrivain et historien espagnol, célèbre pour avoir dénoncé les pratiques des colons espagnols et avoir défendu les droits des Amérindiens.
 
Juan Ginés de Sepúlveda (11/06/1490/Pozoblanco – 17/11/1573/Pozoblanco). Homme d'Église espagnol du XVIᵉ siècle.
 
La controverse de Valladolid, qui eut lieu en Espagne du 15 août 1550 au 4 mai 1551 fut un débat politique et religieux concernant les relations entre les colonisateurs espagnols en Amérique et les indigènes amérindiens.
 
Incidencias: Colegio de San Gregorio de Valladolid. Agosto 15/1550 – Mayo 6/1551. Espadas : Bartolomé de las Casas (de Sevilla) y Juan Ginés de Sepúlveda (de Pozoblanco) en mano a mano ./Ganadería : «Controversia» / Palco : Roncieri, Domingo de Soto, Bartolomé de Carranza, Melchor Cano y Pedro de Lagasca. El festejo no fue animado por una banda de música.
   
Patrice Quiot