Mardi 05 Mars 2024
PATRICE
Samedi, 10 Février 2024
 pq10sev
 
Entre toros y tiros…
 
La guerre civile espagnole marqua très tôt la vie des toreros, des éleveurs et des impresarios taurins. Les festivals, becerradas et corridas au service des causes respectives se multiplièrent. La différence étant que dans certains cosos, le paseo s’effectuait le poing fermé et dans d'autres le bras levé.
 
C’est ainsi que dans les plazas républicaines on put voir :“Chicuelo”, “Cagancho”, “El Gallo”, "Niño de la Palma", “El Estudiante”, “Maravilla”, “Guerrita Chico”, Enrique Torres, Manolo Martínez, Vicente Barrera, Jaime Noaín. Et Juan Luis de la Rosa «El Llorón», qui après avoir toréé à la Monumental de Barcelone au profit des hôpitaux le 16 août, fut assassiné par des miliciens le 28 septembre.
 
Certains matadores surpris par le début de la guerre en territoire républicain se réfugièrent en zone franquiste : Ainsi firent Marcial Lalanda, Domingo Ortega ou les frères Bienvenida qui combattirent ensuite « por la causa nacional » ; de même “Manolete”, " Machaquito », « Platerito », « Venturita », Juan Belmonte et son fils Juanito, Victoriano de la Serna ou Antonio Márquez.
 
Entre août et décembre 1936, on comptabilisa vingt corridas dans la zone rouge contre aucune dans la zone nationale, ainsi que dix-sept festivales contre onze.
 
Les célébrations taurines dans la zone nationale se multiplièrent au fur et à mesure que la guerre avançait. Par ce biais, on célébrait les villes conquises à l'ennemi ; on y collectait des fonds pour l' «Auxilio Social» ou l'organisation «Frentes y Hospitales». Les corridas en zone républicaine diminuèrent quand les élevages furent détruits en raison de l’hostilité révolutionnaire contre les propriétaires terriens. Et ce malgré les dispositions émises par le gouvernement républicain « para que no se sacrificaran las hembras del ganado bravo ».
 
Luis Uriarte estime qu'avant la guerre, les éleveurs de l'Union des éleveurs de taureaux de lidia possédaient dans la zone centrale 5 083 bovins. En mai 1937, il ne restait plus que 166 vaches, 8 toros, 22 becerros et 127 añojos. Selon Julio de Urrutia, le matador Marcial Lalanda, également éleveur, lui aurait raconté qu'il avait perdu plus de 600 têtes pendant la guerre.
 
Les ganaderos furent la cible de la répression en zone républicaine. Gutiérrez Alarcón cite les meurtres dans sa ferme d'El Arahal (Séville), de la veuve de Romualdo de Arias, de Teresa Zayas, de son frère Javier, de deux de ses enfants et de deux de ses neveux.  Julio de Urrutia rappelle également le cas des assassinats du ganadero Juan Manuel Puente qui était devenu maire de Colmenar Viejo, de Christophe Colomb Aguilera, duc de Veragua, de Tomás Murube ou d’Argimiro Pérez Tabernero et de ses fils Fernando, Juan et Eloy.
 
La répression a également visé les toreros. Un cas singulier est celui du matador Roger Serrano, “Valencia II”, assassiné à Madrid le 18 décembre 1936 par la “Brigada del Amanecer”, à l'âge de 38 ans. La haine fratricide a réalisé « lo que no habían conseguido las catorce cornadas que este torero llevaba cicatrizadas en su cuerpo. ».
 
Dramatique également fut le sort des neuf proches de Marcial Lalanda assassinés en zone républicaine en août 1936.
 
Parmi les taurinos républicains morts, on retiendra les banderilleros de Grenade Francisco Galadí Melgar et Joaquín Arcollas Cabezas. Leur exécution à Víznar aux côtés d'un vieux professeur boiteux, Dióscoro Galindo González et surtout de Federico García Lorca, en a fait un symbole.
 
Comme la majorité des Espagnols en âge d'être mobilisés, les taurins durent prendre les armes. Marcial Lalanda et les frères Manolo et Pepe Bienvenida combattirent dans les rangs franquistes, incorporés dans la colonne du colonel Sáenz de Buruaga, ainsi que Manolete, artilleur sur le front de Cordoue comme Domingo Dominguín qui y fut blessé. De même Pepe García Carranza, "El Algabeño", le banderillero Fernando Gracia et le torero Félix García tombèrent au combat. 
 
Du côté de la République, les toreros Cayetano de la Torre, "Morateño" et Ramón Torres, en tant que pilote, moururent également au combat, de même que les banderilleros Pedro Gómez, « Quirín », Francisco Ardura, « Paquillo », José Duarte Acuña et le picador Julio Grases, “Jirula”, entre autres. 
 
Un cas particulièrement dramatique et encore entouré de mystère est celui de Saturio Torón, torero de Tafalla (Navarre) ; surnommé « El León Navarro» et blessé à Somosierra en août 1936, Torón revint au front ; promu capitaine. Il mourra fin décembre 1936, à l'âge de 35 ans. Certaines versions suggèrent que «El León Navarro » aurait été assassiné dans ses propres rangs en raison de ses origines phalangistes ou pour avoir tenté de rejoindre les tranchées nationales.
 
Torón appartenait à l’unité de milice de Luis Prados Fernández, “Litri II” qui finira par commander la 96e Brigade Mixte, connue sous le nom de “Brigade de toreros”.
 
Sources : La Razon/31/03/2019.
 
Datos 
 
La guerre d'Espagne, opposa du 17 juillet 1936 au 1er avril 1939 d'une part le camp des républicains, orienté à gauche et à l'extrême gauche, composé de loyalistes à l'égard du gouvernement légalement établi de la IIe République, de communistes, de marxistes et de révolutionnaires anarchistes et d'autre part les nationalistes, les rebelles putschistes orientés à droite et à l'extrême droite et menés par le général Franco.
 
La guerre d'Espagne fit plus d'un million de victimes : 145 000 morts, 134 000 fusillés, des représailles inexpiables des deux côtés, 630 000 morts de maladie. Plus de 400 000 Espagnols s'exilèrent et le régime franquiste s'installa dans un pays ruiné.
 
Patrice Quiot