Dimanche 23 Juin 2024
PATRICE
Jeudi, 25 Avril 2024
nim25pk
 
Dentro de 21 días...
 
Chemise blanche flottant sur pantalon blanc, veste légère et pochette, entradas por la plaza, pañuelo blanc, tabaco y « parné » en la bolsa, cane por delante, souliers cirés, lunettes de soleil, eau de toilette «Habit Rouge» de Guerlain.
 
Ainsi j’irai.
 
Gente de partout, embrassades de puta madre avec les amis de toute la vie, apéro au soleil, numéros de téléphone échangés, chistes y tonterías et clés perdues.
 
La «Pégoulade» des mazets des cigalons, «Le Prolé» lleno, «Le Latino» en fête, la rue Fresque en folie, «Le Midi Libre» en édition spéciale, «Les Peillasses» déguisées sur la Place du Marché, abrivados , barrières Vauban, comptoirs en bois, distributeurs de billets en surchauffe et feuilles de micocouliers sur le sol du Victor dans l’odeur des paellas et des chichis.
 
Dans les rues, bleues, vertes ou rouges les peñas, les fanfares et les cliques ; sur le Bd Amiral Courbet, devant le musée du Vieux Nîmes, des enfants feront voler leurs ballons d’azote et mangeront de grosses pommes d’amour et foulard Ricard sur les épaules nues, les mamans tiendront tendrement les papas par la main.
 
Sur l’Esplanade, des étals et des chalands, des Incas en plumes de condor, des niños toreros donneront des passes à leurs rêves ; partout des expos sur les cimaises, de l’art et des filles en beauté dans les rues et chez Tessier des livres en signature.
 
Ainsi ce sera.
 
Arènes pleines ; no hay billetes et Rudy Nazy stylo en main pour diriger la banda rouge et blanche ; forts ou flojos, bravos o mansos, negros zainos, negros mulato, jaboneros o colorados ojo de perdiz, de los encastes buenos, de cortijo o de matadero.
 
Ainsi ils viendront.
 
De categoría o de tentadero, con o sin pellizco, con o sin garbo, con valor, gracia y entrega o sin n’a.
 
Ainsi ils se battront.
 
Bien ou mal, bons ou mauvais, peu importe dans la mesure où  à deux heures du matin, on y pensera encore.
 
Le temps passera vite.
 
Une dernière copita, une fougassette que l’on croquera debout, les gobelets en plastique al suelo et le camion des poubelles quand on rentrera.
 
Sur la place de la Couronne d’Apollinaire, assis sur un banc, un pébron chantera «A la font de Nîmes» et pour le lendemain, la blonde du poste annoncera du soleil et 31 degrés.
 
Ainsi ce sera.
 
Pour la 72 ème Feria de Nîmes.
 
Dans 21 jours.
 
Datos
 
Première feria de Pentecôte.
 
Du 30 mai au 1erjuin 1952.
 
Depuis quelques années, dans la revue «Toros» ou dans les colonnes de «Midi Libre», les chroniqueurs Paquito (Francis Cantier) et Luis Domingo (A. Astruc) appellent de leur vœu un véritable événement à organiser à la Pentecôte autour du toro et de la course camarguaise.
 
Cette année-là, le contexte est favorable quand un comité d’organisation se réunit le 5 mars à l’étage du bar Le Napoléon, sur le boulevard Victor-Hugo, pour préparer le congrès et jeter les bases de ce qui sera la première feria de l’histoire.
 
Sous la présidence de Jean Lauret, il y a là les politiques, les industriels, les élus, la population, mais aussi le Cercle Taurin Nîmois, dont il est membre, les Amis de Toros, le Club Taurin Lou Ferri de Saint-Césaire, l’Aficion Cheminote et l’Union Taurine Nîmoise. Ce sont les deux derniers qui fournissent le plus gros des troupes.
 
En cette année 1952, le dernier nommé connaît même une hausse très significative de ses adhérents. "C’est Pierre Gamel, qui était alors le président de la chambre de commerce, qui a l’idée de donner le nom de feria et de faire une fête populaire comme celles qui se pratiquaient alors et se pratiquent toujours dans le nord de l’Espagne", raconte Éric Pujante, aficionado nîmois membre de l’Union Taurine.
 
Pour cette première édition, qui permettait aussi au congrès de la Fédération des sociétés taurines de France et d'Algérie de se réunir et de bénéficier d'un bel impact, un comité d'organisation avait été créé.
 
Présidé par le docteur Jean Lauret, à la tête du Cercle Taurin Nîmois, il avait établi un programme général permettant au grand public de se retrouver en ville pour assister à un défilé folklorique et aux amateurs d'art d'aller visiter une exposition regroupant notamment des gravures de Goya et des œuvres de Picasso et de Gustave Doré.
 
Pour la partie tauromachique, c'est une capea qui ouvrit les festivités le vendredi 30 mai, avec la participation de Pedro Romero, novillero établi à Arles.
 
Après la course camarguaise, le lendemain, deux corridas mobilisèrent l'intérêt des aficionados venus, le dimanche et le lundi de Pentecôte, découvrir cette feria de l'an I et les toreros renommés qui avaient été invités à ce lancement.
 
Victimes de la fièvre aphteuse, les toros de Miura, annoncés pour cette première, durent être remplacés par un lot d'Urquijo, prévu pour le lendemain.
 
Face à ses adversaires, Rafael Ortega, magistral, surtout à l'épée, survola intégralement la journée, récoltant au total cinq oreilles et laissant Pepe Dominguín et Luis Miguel Dominguín quelque peu dans l'ombre.
 
Le lendemain, face à des pensionnaires de l'élevage portugais de Moura, débarqués en urgence, le cartel de luxe affiché, avec un trio composé de Luis Miguel Dominguín, Julio Aparicio et Antoñio Ordóñez, ne put pas, à cause de la caste discutable des toros.
 
La feria était lancée...
 
Patrice Quiot