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Mardi, 25 Juin 2024
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César Borgia, condottiere, cardinal et torero…
 
« Aut Caesar aut nihil » (« Ou César, ou rien »*) ; devise de César Borgia.
 
L’année 1492 fut une année clé pour le développement historique des puissances ibériques. En janvier, Grenade est conquise et, en octobre, Colomb atteint les côtes antillaises, ouvrant les portes de l'Europe sur le Nouveau Monde.
 
Entre ces deux événements, le 16 août Rodrigo de Borja (ou Borgia) est nommé Pontife Suprême qui, sous le nom d'Alexandre VI, publiera, en décembre 1496, la bulle qui accorda à Ferdinand II d'Aragon et à Isabelle I de Castille le titre de Rois Catholiques.
 
Pour célébrer son élection controversée au conclave du Vatican, le nouveau pape n’a pas lésiné sur le faste et la bravoure. Les rues de Rome étaient décorées de la figure du taureau et des couleurs rouge et jaune, l'emblème Borgia.
 
Quelques mois auparavant, alors que Rodrigo était encore cardinal diacre, la reconquête chrétienne de la péninsule avait déjà été célébrée avec un grand spectacle taurin auquel participait son fils César.
 
La force et la valeur du jeune César – il avait alors vingt-cinq ans – resteront liées à ces exploits. L'historien allemand Ludwig von Pastor écrira à la fin du XIXème siècle, dans le troisième volume de son « Histoire des Papes depuis la fin du Moyen Âge » « que fue un auténtico caudillo, maestro en todas las lides caballerescas y en los combates de toros, donde vencía a los espadas más valientes: de un solo tajo rebanaba la cabeza de un toro robusto ».
 
En mars 1500, César célébra sa nomination comme vicaire de la Romagne « exhibiéndose en lucha con las reses » et, en juin, il réalisa sa performance la plus remarquable à côté de la basilique Saint-Pierre en affrontant et tuant plusieurs bêtes.
 
« Le fils du pape entra dans l'enceinte monté sur un majestueux destrier blanc et, avec une lance pour seule arme, affronta les taureaux un à un. Les cinq premiers moururent bientôt, transpercés par la lance de César. Le sixième taureau était un animal puissant de couleur ébène, plus rapide et plus musclé que les cinq précédents. César échangea la lance contre une puissante épée à double tranchant et, rassemblant toutes ses forces, sépara d'un seul coup la tête cornue du corps du taureau. » 
 
L'imagination d'Alejandro Jodorowsky, alliée au talent du dessinateur Milo Manara ont actualisé cet acto dans la bande dessinée pour adultes Los Borgia, publiée entre 2004 et 2010.
 
Dans la BD, le combat se déroule dans le Colisée romain, où César apparaît à cheval, habillé en cardinal, pour affronter une bête redoutable. Alexandre VI avertit la population présente que César représente l'Église et le taureau le mal qui doit être évité et vaincu.
 
César triomphe, transperçant l'animal avec sa lance, anticipant sa mort réelle à peine trente-deux ans, après avoir été pris dans une embuscade tendue par une escouade de chevaliers en Navarre. Transpercé de piques, d'épées et de poignards, mutilé, dépouillé de ses armures et de ses vêtements, son corps, préalablement meurtri par la syphilis, ne sera retrouvé que dans la nuit du lendemain.
 
Avec Alexandre VI décédé, le duc Valentin massacré et la jeune Lucrèce ostracisée, « el toro rojizo del emblema de los Borgia había recibido la última puntilla, aunque su leyenda le muestre aún hoy bravo y embistiendo ».
 
Sources : Centro virtual Cervantès/23/02/2012.
 
Datos 
 
César Borgia (en valencien et en Catalan, César de Borja), dit « le Valentinois » (Il Valentino), est un prince italien de la Renaissance, né le 13 septembre 1475 à Rome et mort le 12 mars 1507 à Viana, en Navarre.
 
Il est pair de France, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, prince de Romagne, d'Andria et de Venafro et de Valentinois, comte de Diois, seigneur d'Issoudun, de Piombino, Camerino et Urbino, gonfalonier et capitaine général de l'Église, condottière et cardinal.
 
Il doit sa notoriété en grande partie à Machiavel qui le cite fréquemment dans le Prince. Cependant, seul l'appui de la papauté et de la royauté lui permit d'avoir une carrière fulgurante.
 
* En 1816, à quatorze ans, Victor Hugo écrivait : « Je veux être Chateaubriand ou rien »…
 
Patrice Quiot