Mercredi 17 Juillet 2019
Triste époque
Mercredi, 14 Janvier 2015

Charlie or not Charlie ?

Ci-dessous, un texte de Jean Charles Roux que je reproduis in extenso avec son accord…

CHARLIE MON CUL

« J'en connais qui demain, dès potron-minet, vont sauter dans leur braille et leurs baskets, la mine encore endormie, les cheveux hirsutes et l'haleine fouettante courir chez leur dépositaire pour acquérir le CHARLIE N°1178, celui d'après. Dès leur arrivée au boulot ils pourront brandir le précieux papier en s'exclamant "je l'ai" !

Réelle volonté de soutenir la cause ou voyeurisme ? Je me pose la question. Car plusieurs des ces acheteurs occasionnels vomissaient il y a encore huit jours CHARLIE HEBDO et son esprit libre. Ce sont eux qui dénonçaient en son temps les caricatures du prophète, vomissaient la « une » avec le pape qui caressait un enfant ou encore celle de Louis II de Monaco et Jean Paul II faisant la course à cercueil ouvert pour savoir qui des deux serait le premier arrivé à la morgue (ils ont lutté contre la mort à la même époque).

Il y a de cela quelques temps, j’avais pastiché une couverture de CHARLIE lorsqu’un président de corrida nîmoise, en pleine feria, avait été congédié pour n’avoir pas attribué une oreille. J’avais osé détourner la « une » de CHARLIE qui montrait deux journalistes d’alors, otages au Moyen Orient, entourant le fameux Président avec en dessous la phrase « rendez-nous nos otages ». Blague de potache peut-être, mais dans l’esprit CHARLIE et en pleine feria où la dérision et l’amusement font loi. Alors que je distribuais quelques exemplaires photocopiés de ce pastiche dans les troquets autour des arènes, certains trouvèrent la chose déplacée et me renvoyèrent le dessin à la gueule !

Dimanche, j’ai retrouvé quelques-uns de ceux-là lors de la marche d’unité arborant le fameux « Je suis Charlie ». Je me suis alors dit que j’étais au bal des hypocrites. Eux qui n’auraient pas acheté Charlie, même pour un usage hygiénique, brandissaient le totem de toute une nation.

Ils seront sans doute les mêmes à nous dire de ne pas faire d’amalgames avec les faits qui se sont déroulés hier à Marseille à la sortie d’un lycée, ils seront sans doutes les mêmes à relativiser les perturbations dans certains collèges lors de la minute de silence, ils seront encore là pour nous rappeler que les faits qui se sont déroulés hier dans le train en gare de Montpellier n’ont rien à voir…

Ils vous donneront des cours de laïcité alors que leurs gamins fréquentent un lycée privé, vous expliqueront que leurs enfants ne jouent plus au foot car ils ont peur de certaines équipes, ils préfèreront la sécurité d’une bodega privée pour faire la fête entre amis et en toute sérénité, ils vous parleront d’intégration, de tolérance, d’humanisme…  Certes, il ne faut pas tout confondre, mais au  bal des faux-culs, les donneurs de leçons sont rois !!!

De là-haut, les Charb, Tignous, Cabu, Wolinky et autres Honoré, doivent se dire que « c’est dur d’être aimés par des cons »… »

Jean-Charles Roux

Pour rester dans le sujet et à partir de mon adhésion à ce texte, que penser, comme j’en ai été le témoin chez mon buraliste, de toutes ces personnes qui ont retenu plusieurs exemplaires du numéro de CHARLIE qui va sortir aujourd’hui et qui risquent d’être fort surpris du contenu pour n’avoir auparavant lu la moindre ligne de ce canard, ni vu le moindre dessin et qui ne savent rien de son esprit ? Et ont-ils au moins la moindre parcelle de commencement d’idée de qui étaient Cavanna, le Professeur Choron, Reiser, Siné, et tant d’autres ?

Que penser de tous ceux qui sont pour la liberté quand ça les arrange et qui veulent la pourfendre quand certaines de ces libertés ne leur conviennent pas ? 

Que penser encore de tous les connards qui se sont étendus sur les sites de vente pour proposer à des prix astronomiques des anciens albums ou numéros de cette revue ? Que penser aussi de tous ceux qui ont tenté de faire breveter la marque « Je suis Charlie » pour commercialiser divers produits ? De la récup à l’état pur, à la limite de la gerbe ! Mais là aussi, le pire est encore peut-être à venir…

Pour l’esprit, et malgré ces affligeantes dérives, je reste Charlie. Pour une certaine idée de la Nation, de la République et de la Démocratie. Tout en pensant à la déclaration du dessinateur Luz, de l’équipe rescapée de Charlie Hebdo, qui a dit notamment : « La charge symbolique actuelle est tout ce contre quoi Charlie a toujours travaillé » ! A méditer. Triste époque…

 

Paul Hermé

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