Vendredi 19 Avril 2024
Pilès, Valdemorillo, Adrien, Ponce, Loto…
Samedi, 24 Janvier 2015

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Rencontre avec Robert Pilès, apoderado de Frascuelo et Eugenio de Mora…

Gravitant depuis toujours dans le monde des toros, on ne présente plus Robert Pilès. Mais avant que la temporada 2015 ne démarre, il est en train de préparer la saison de deux toreros qu’il a décidé d’apodérer, tout en gardant un œil bienveillant sur d’autres.

Dans ce premier volet de l’entrevista réalisée chez lui, à Gallician, ce dernier vendredi, Robert Pilès nous parle plus précisément de Frascuelo et Eugenio de Mora, deux toreros de génération et de style différents dans lesquels il  a placé beaucoup d’espoir…

« Je suis avant tout apoderado, mais aussi mandataire à Aire sur l’Adour et en attente de Tyrosse, une arène que j’ai gérée et pour laquelle on a postulé au dernier appel d’offres. Mais toute ma vie, je me suis occupé d’arènes, comme celles de Nîmes où je garde notamment une grande complicité avec Simon Casas. En ce qui concerne les toros, je ne suis pas réellement veedor, mais il m’arrive d’aller les voir et de donner mon avis, bien sûr. Ce n’est pas quelque chose que l’on apprend, il faut le ressentir et je pense avoir pas mal de flair en ce domaine. On l’a ou on ne l’a pas et je n’en tire aucun mérite car c’est inné. C’est d’ailleurs vrai dans tous les domaines, il y en a qui sentent les choses plus que d’autres, c’est naturel, comme un don…

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FRASCUELO

Dans la tauromachie, mais c’est aussi vrai dans d’autres activités, je suis convaincu qu’il y a beaucoup d’injustice. Je suis persuadé que dans les corbeilles des maisons d’éditions, il y a des romans qui mériteraient peut-être le Prix Goncourt ! Et c’est vrai pour tout, la musique, la chanson, le cinéma, et bien sûr… dans les toros ! 

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A partir de là, j’ai des coups de cœur, et quand j’y crois, je fonce, et ça me fait plaisir, c’est un enjeu important, mais je sais aussi que ça fait plaisir à l’aficion car ça permet des découvertes, sinon on resterait dans un monopole où l’on verrait toujours les mêmes ! C’est le problème actuel car aujourd’hui, il y a beaucoup de corridas, il n’est pas question d’enlever  leurs mérites aux meilleurs, ils ne sont pas là par hasard, mais pour la plupart des courses, on sait pratiquement ce que l’on va voir et on pourrait quasiment faire la critique avant le paseo !!!

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La beauté de la corrida, c’est justement l’inconnu, la surprise, et il faut donc toujours lorgner aussi vers des toreros différents, pour davantage ouvrir les cartels. Et dans ce domaine, je me retrouve pour essayer de donner un maximum d’improvisation et un air nouveau avec des toreros qui ont un bagage technique, une souffrance, un investissement et une aficion démesurés pour les ramener à leur juste valeur. On ne va pas changer la tauromachie, mais on peut leur apporter le respect et la dignité qu’ils méritent.

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J’ai beaucoup de respect pour Frascuelo. On s’est entrainé ensemble dans les années 70 à Vista Alegre, on a aussi toréé ensemble, je le connais donc depuis très longtemps. Frascuelo, c’est comme un curé, il a consacré sa vie à la tauromachie, il n’en a jamais dévié, tous les matins il se lève, il va faire son footing, ses exercices de musculation, il mange léger à midi puis fait sa petite sieste, et il va ensuite toréer trois heures de salon, quel que soit le temps, qu’il torée deux corridas par an ou la moitié d’une, deux festivals ou des tentaderos ! Toujours le même ! Il a tout sacrifié, et il fait toujours tout avec respect, classe et dignité. Il a connu des traversées du désert, il a mangé des pâtes, un peu comme moi, il a bu de l’eau, mais il y a une chose qu’il n’a jamais faite : vendre son âme au Diable !!!

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Frascuelo a adopté une ligne de conduite et il n’en a jamais dérogé. Pour lui, c’est super important d’avoir obtenu ce contrat d’Arles et quand je l’ai appelé au téléphone  pour lui dire qu’un ganadero allait lui organiser un tentadero, à 66 ans, il était content comme un débutant car il a probablement plus d’aficion qu’un jeune qui démarre en non piquée !!! Il te dit dix fois merci, muchas gracias, que ça va lui permettre de progresser (sic)! Et ça, c’est grand respect…

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Ce qui est en train de se passer, c’est qu’avec tout cet investissement et cette dignité, c’est le torero qui paradoxalement, va amener cette saison une touche de fraîcheur dans la tauromachie !!! Et c’est ce qui est beau dans le toreo, le contrepied et l’inconnu, et Frascuelo participe de ça…

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Notre amitié a beaucoup compté, mais le facteur déclenchant, ça a été évidemment Céret l’an dernier. A partir de là, il m’a dit qu’avec son ami intime Pascual Banegas, il serait très heureux que je les rejoigne dans l’aventure. On a les mêmes concepts et ça a donc été fait de suite. C’est avant tout une affaire de respect, dans la même optique, et surtout de confiance…

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EUGENIO DE MORA

Il ne faut pas oublier qu’il est déjà sorti deux ou trois fois par la grande porte de Madrid quand il était apodéré par les Lozano, avant de tomber dans l’oubli. Mais c’est aussi un torero qui n’a pas lâché, tournant dans sa province de Tolède, de Castilla la Mancha, faisant ses festivals, ses tentaderos, et l’an dernier, lors d’une corrida au mois d’août de Guardiola Fantoni avec un sobrero du Conde de la Maza à Las Ventas, il a donné une dimension extraordinaire. Il a coupé une oreille à son premier et s’est fait voler à l’autre par un président qui de l’avis général l’a privé de la grande porte. Pendant la San Isidro, il aurait pu couper trois oreilles !

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C’est vrai qu’il a physiquement plus de forces et de capacités par rapport à l’âge, mais aujourd’hui, Eugenio fait partie pour moi des toreros indispensables car pour qu’elle reste intéressante, la tauromachie doit ouvrir énormément de portes, pour une variété de toreros. Si on enlève trois ou quatre vedettes et deux ou trois ganaderías, c’est comme si la tauromachie s’arrêtait !!! C’est pourquoi il faut de la nouveauté et aussi créer des surprises et donner leur chance à ceux qui le méritent et qui ont des capacités.

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L’avantage que j’ai avec les toreros, c’est que je les suis sans arrêt. Ça veut dire que je m’y intéresse et au lieu de rester dans un endroit entre deux corridas, je vais en voir d’autres, ou des novilladas, piquées ou pas, et je me rends aussi au campo voir des tentaderos. C’est là où on se tient au courant, qu’on fait des rencontres et que l’on tient compte de tout cela pour ensuite orienter ses activités, ainsi que la confection des cartels, pour faire entrer tels novilleros, matadors ou ganaderías qui sont dans un bon moment…

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C’est une vie consacrée à ça et en ce qui concerne Eugenio, je l’ai vu trois ou quatre fois l’an denier à Añover del Tajo, Illescas, La Roza où il a pris une cornada… Je l’ai observé, puis on boit un café, on parle deux minutes, et ce qui m’intéresse, c’est quel concept il a, comment il voit les choses, car ce que je ne supporte pas dans le milieu artistique, ce sont les gens aigris, ceux qui se cherchent toujours des excuses. Ça, je le rejette systématiquement. J’aime les gens qui ont des qualités, qui continuent à se battre, qui s’investissent totalement dans ce qu’ils font, qui ont surmonté leur traversée du désert avec dignité et qui font tout pour sortir de l’ornière. 

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Un jour, au mois d’août, avant une corrida de Monteviejo à Madrid, alors que la Castille était sèche, il n’y avait que des pierres, on avait passé la journée ensemble chez son beau-père (NDLR : José Escolar Gil), et j’ai alors dit au Fundi de ne surtout pas changer de concept car s’il devait réussir, ce serait avec le sien, à sa façon. Quelle est la meilleure arme dans la tauromachie ? C’est d’essayer de faire le toreo le plus pur ! Avec la pureté, on ne se trompe jamais. Les artifices sont secondaires. Et face à ce champ desséché, je lui alors dit que si on enlevait les pierres de ce champ et qu’on le labourait puis semait, si on avait aussi un peu de chance que la pluie se mette à tomber, il y aurait une récolte. Et si on fait les choses bien, il y aura toujours une récolte !  Le lendemain, à Madrid, c’est le jour où le Fundi a éclaté !!!

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C’est donc une façon d’être proche avec eux, de ne pas leur dire n’importe quoi, on  est les plus forts, les plus beaux, on va commander dans le toreo, non ! On s’en fout, on a des œillères, on a un concept, et on avance… Et si on garde de concept, ça viendra ! Mais si on commence à déroger, c’est fini, et par exemple, c’est comme en politique !!! Celui qui s’en tient à ses idées, à sa ligne de conduite, sera respecté, même s’il  n’a pas tout le temps raison, mais celui qui commencera à faire des zigzags, qui change sa veste au gré de l’air du temps, c’est tout autre chose et en général, il risque de ne pas aller très loin… Au fond, c’est exactement pareil.

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Pour revenir à Eugenio de Mora, il est clair que si j’ai décidé de l’apodérer, c’est parce que justement j’ai entière confiance en son toreo et son potentiel. En ce sens, cette temporada va être déterminante… »

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Dans le courant de la semaine sera publié le second volet de cette entrevista avec notamment l’évocation du Pana et d’un jeune diestro qu’il suit de très près, Gómez del Pilar, ainsi que de son implication dans certaines arènes et son point de vue sur l’état actuel de la tauromachie…

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 ADRIEN

Depuis Madrid, où il est toujours pensionnaire de la Fundación El Juli, Adrien Salenc a fait une incursion dans son pays à l’invitation de la Peña Angelina qui l’a reçu en son siège de Saint-Jean-d’Angély (17).

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Adrien a retracé son étonnant parcours, il a évoqué sa vie à la Fundación, développé ses motivations et ses projets pour 2015 pour lesquels la France ne devrait pas être oubliée, avec ses débuts à Magescq le 15 février…

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 (Photos : Eric Marteau)

 PONCE

Après celui de la Monumental de Mexico, nouveau triomphe d’Enrique Ponce en terres aztèques, à Querétaro ce coup-ci, où le maestro de Chiva a coupé les deux oreilles de son second adversaire de San José après silence à son premier.

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Oreille et applaudissements pour Juan José Padilla, silence aux deux pour Arturo Saldívar et oreille et applaudissements pour Diego Silveti.

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