Mercredi 24 Avril 2024
Serrano
Lundi, 10 Octobre 2016

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Rencontre à Madrid avec Marc Serrano, puis chez Jean-Luc Couturier pour un tentadero de machos…

 On ne sait plus trop bien si Marc Serrano est à présent madrilène ou nîmois, mais ce qui est sûr, c’est qu’entre ses activités professionnelles et taurines, son emploi du temps est bien rempli.

Pour la Feria de Otoño, j’ai eu l’occasion de le rencontrer à Madrid où nous avons fait ensemble le point sur sa temporada, et ce samedi, je l’ai retrouvé chez Jean-Luc Couturier, où il a affronté plusieurs toros du Conde de la Corte. Tout ça avant que notre torero globe-trotter ne s’envole vers le pays des Incas où trois contrats l’attendent… Car pour Marc, les toros, c’est actuellement le Pérou !!!

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« La saison 2016 a démarré un peu tard avec trois corridas au Pérou, ce qui s’est soldé positivement puisque j’ai coupé neuf oreilles. Au départ, je n’y allais que pour deux courses, mais comme les triomphateurs pouvaient tuer une troisième corrida, j’ai été désigné pour y participer. Je n’étais pas allé au Pérou depuis quelques années et ça a constitué une agréable surprise car j’ai retrouvé un pays taurin changé dans le bon ses du terme. Le problème dans ce pays était surtout de tomber sur des lots de toros disparates, alors que cette fois, ce manque de régularité n’a pas du tout été le cas. J’ai tué des corridas qui pouvaient sortir dans n’importe quelle arène ici et ce qui a été aussi positif pour l’aficion, c’est que j’ai toréé les trois fois dans des arènes de cinq mille places qui ont été quasiment pleines à chaque fois, preuve s’il en était que c’est réellement un pays émergent sur le plan taurin.

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L’autre fait positif, ça a été de pouvoir y retourner en août, à Huamachuco, dans une arène de six mille places, et en suivant, j’y retourne ce mois-ci pour trois autres corridas, dont deux à Ticapampa, les 13 et 14 octobre, puis le  24 à Viraco, à côté d’Arequipa. Pour moi, ce pays a donc été très important, puisque le Pérou m’a permis de remettre le costume de lumières.

J’ai quelqu’un là-bas qui me cherche des contrats, c’est un ami qui me représente dans ce pays. Ce sont des empresas différentes et il y a beaucoup d’endroits où ce sont des commissions taurines, ou commissions des fêtes, qui se chargent de l’organisation. Pour Huamachuco, c’est un peu particulier puisque c’est l’éleveur de la corrida que j’avais tuée à Lajas, de la ganadería de San Simón, qui a voulu que je tue cette corrida au vu des résultats, c’est donc lui qui m’a fait revenir. Pour ces trois corridas du mois d’octobre, ça vient de sources différentes.

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Pour ce qui concerne l’Europe, il n’y a eu malheureusement qu’une corrida à Cenicientos, avec un lot sérieux de Pallarés, d’origine Buendía, très décevante car  la corrida a manqué en général de race et mon lot est sorti très faible. Dans ce genre d’arène torista, si le toro est trop faible, le public n’adhère pas à ce qui se passe dans le ruedo.

Ensuite, il y aura pour finaliser ma saison, le festival de Samadet, qui prend quelque part la place de celui que l’on faisait à Vauvert au profit des enfants atteints de leucémie. Je risque d’aller aussi au Mexique cet hiver, le projet est avancé, mais rien n’est encore définitif.

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Globalement, je me sens dans le meilleur moment de ma carrière et franchement, c’est frustrant de ne pas pourvoir toréer plus dans mon pays et en Espagne. S’il n’y a pas d’opportunités pour pouvoir le montrer, cette frustration est évidente !

Pour la prochaine saison, comme je l’ai déjà dit, j’ai quelques projets qui devraient se concrétiser au Mexique et pour le reste, je crois qu’il faut parler davantage de désirs que de contrats déjà établis. J’ai donc surtout envie de plus toréer en Europe plus que je l’ai fait l’an passé. Maintenant pourquoi et comment, je n’ai pas la réponse… Il est certain que le fait de diminuer le nombre de corridas fait que ça devient plus difficile et après, il faut  qu’une empresa te donne une opportunité et que ce jour-là, un minimum de chance t’accompagne… Car par exemple, si je reviens sur ma corrida de Cenicientos, il est très difficile de se montrer à son avantage devant deux toros invalides ! Pour quelqu’un qui torée peu, c’est un sacré manque de chance…

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Actuellement, on vit un bras de fer entre les taurins et les antis. Je pense que la tauromachie est loin d’être perdue car on véhicule certaines valeurs qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Maintenant, il est certain que l’on vit peut-être le moment le plus difficile de ces cinquante dernières années, tauromachiquement parlant. En Espagne notamment, c’est quelque chose d’un peu nouveau qui leur arrive, il y a eu un petit temps mort avant que le milieu réagisse car il a fallu avant qu’il touche des doigts le problème. Aujourd’hui, tout le monde en est conscient, des mesures ont été prises et d’autres sont en train de se prendre, donc j’ose espérer que le pire est derrière nous ! Maintenant, il est certain que si l’on arrêtait de se battre, il est fort probable que le futur de la tauromachie pourrait être menacé.

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C’est avant tout un problème politique, comme on en a eu l’exemple il y a quelques années avec Barcelone, où le rejet de la tauromachie correspondait en fait à celui de l’Espagne, en l’occurrence représentée par les toros. Je pense que les partis qui sont aux extrêmes correspondent plus à un phénomène de mode et qu’ils auront du mal à perdurer. Maintenant, il est certain qu’il ne faut pas baisser la garde. Puis les crises, même si elles engendrent des situations difficiles, permettent aussi de rebondir et de se remettre en cause en se posant les bonnes questions ! Il y a des choses qui sont poussiéreuses et qui méritent d’être revues et reconsidérées.

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(…) L’arrivée de Simon Casas à la direction des arènes de Madrid est carrément historique car souvenons-nous, pendant très longtemps il était inconcevable qu’il y ait des toreros et des éleveurs français, et il était tout aussi inconcevable qu’un organisateur d’origine française se retrouve à la tête de la plus importante plaza du monde !  C’est donc carrément historique sur le plan symbolique. Pour l’homme, c’est la concrétisation d’un rêve et l’on peut dire que c’est une belle histoire, et ensuite, je pense qu’il représente aujourd’hui cet esprit de rénovation dont la tauromachie peut avoir besoin. Je note plusieurs points positif dans son offre, avec plus de courses, plus d’argent pour les écoles taurines, ce qui est un plus pour la promotion de la tauromachie et pour son futur, tout cela me semblant favorable… »

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Invité par le ganadero de la finca de Haute-Coste, Jean-Luc Couturier, j’ai pu assister samedi matin à la tienta de cinq machos d’origine Conde de la Corte, un exercice particulier qui se déroule avec un rameau, et non pas un capote. Pour mener la séance, Marc Serrano et Marc Alien sur le cheval, assistés de plusieurs banderilleros, Christian et Marc Antoine Romero, ainsi que  Merenciano et le jeune Tristan Espigue, de l'école taurine d'Arles, qui a pu donner quelques passes au troisième…

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Au cours de ce tentadero, les cinq toros ont manifesté pas mal de qualités, mais l’un d’entre eux a plus particulièrement retenu l’attention de l’éleveur, le troisième, qui du coup a pu être toréé de muleta par Marc, puisque pour ce toro, par les qualités étalées,  son destin de reproducteur était tout tracé…

Visiblement très affûté, le Nîmois a alterné des séries allurées avec de bonnes réponses du bicho qui auparavant s’était illustré à l’épreuve du fer. Un bon entrainement avant son départ pour le Pérou et une belle satisfaction pour le ganadero qui à l’issue de l’épreuve m’a confié ses impressions…

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« Comme tout le monde le sait, les Valverde sont d’origine purs Conde de la Corte. Il y a quatre ans, quand nous avons retienté les vaches de Valverde, nous avons éliminé 40% de l’élevage et nous avons racheté 30 vaches chez le Conde de la Corte de tous âges, qu’on a sélectionnées et qui sont arrivées pleines chez nous.

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On a eu la chance aux naissances d’avoir eu 9 mâles purs Conde de la Corte ! L’objectif que nous avons pour rafraîchir les Valverde en permanence, car on travaille pour l’avenir, c’est de conserver une lignée purement La Corte. Donc aujourd’hui, l’objectif était de tienter cinq machos pour en garder au moins un ou deux selon les résultats, et ce sont eux qui vont nous permettre d’opérer ce rafraichissement au fil du temps…

Sur les cinq, le troisième a été brave au cheval et Marc a pu ensuite le toréer car il a été assez remarquable et je pense que pour l’épreuve d’aujourd’hui, je ne vais conserver que celui-ci comme semental car ça été le plus complet.

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(…) On a sorti deux corridas cette année, dont une à Alès qui a été assez spectaculaire, et une novillada à Boujan, et pour l’an prochain, j’ai quatre corridas, deux de quatre ans et deux de cinq, deux de Valverde et deux de Concha y Sierra ! Maintenant, il n’y a plus qu’à attendre, mais nous avons été déjà sollicités par des arènes importantes, comme Vic, Céret, Orthez… »

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Suerte au torero et au ganadero, en espérant pour Marc que son futur proche soit effectivement le Pérou et que les toros de Haute Coste, toutes origines confondues, nous réservent de belles émotions au cours de la future temporada. Mais de cela, nous reparlerons en début de saison avec le principal intéressé…

(NDLR : toutes les nouvelles du week-end figureront dans la prochaine publication)