Mercredi 17 Juillet 2024
Emilio de Justo, Istres, Grana y Oro…
Mercredi, 09 Novembre 2016

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Pour deux coups d’essai, ce furent deux coups de maître !!!

Le toreo nous réserve parfois de bien belles surprises, sous la forme d’une réussite aussi paradoxale qu’inattendue, à l’image de ce qui s’est produit chez nous avec le matador de toros extremeño Emilio de Justo.

En effet, alors qu’il ne connaissait de la France que la plaza de Garlin, où il était venu toréer à son époque de novillero, Emilio s’est imposé dans le Sud-Ouest à deux reprises en cette fin de temporada, à Orthez puis Mont-de-Marsan, qui plus est sur du bétail conséquent, respectivement de Hoyo de la Gitana et Victorino Martín ! Un double triomphe qui a eu quelque répercussion et sur lequel son apoderado Luisito compte bien s’appuyer pour lui concocter une saison 2017 encore plus fournie…

Rencontrés lors de la journée taurine de la ganadería Casanueva, comme évoquée hier sur le site, je suis revenu avec eux sur ces deux succès, ainsi que les perspectives pour la prochaine temporada…

Auparavant, le point de vue de Guillaume Bats qui n’a pas été pour rien dans sa venue en France…

« Je l’ai rencontré plusieurs fois chez César Rincón, la première fois remontant à quatre ans, quand j’ai acheté les premières vaches de la rame El Torreón. C’était lui qui officiait pour le tentadero et Rafael Cañada qui m’accompagnait et qui le connaissait très bien parce qu’ils sont originaires du même pueblo, m’en avait dit beaucoup de bien. Effectivement, il m’avait fait forte impression, et je me disais qu’il fallait qu’il vienne en France. Au fur et en mesure, je le voyais de mieux en mieux, puis par le biais d’amis, il a réussi à avoir un contrat à Orthez, avec maintenant Luisito qui s’occupe de lui… Il a triomphé et du coup, il a été engagé pour la corrida de Victorino à Mont-de-Marsan où il s’est encore imposé. Deux triomphes qui ont confirmé ma première impression… »

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EMILIO DE JUSTO

« Je suis né en 1983 à Cáceres où j’ai pris l’alternative en 2007. J’ai confirmé l’année suivante à Madrid avec une corrida de Juan Luis Fraile. Chez vous, je n’avais toréé qu’une novillada du Retamar à Garlin en 2006, avec Joselito Adame et Mehdi Savalli. Ma présentation en France en tant que matador de toros a eu lieu cet été à Orthez…

Je n’avais que ce contrat, et j’ai réussi à couper deux oreilles à des toros plutôt difficiles de Hoyo de la Gitana, ce qui m’a ouvert la porte pour entrer à Mont-de-Marsan début octobre pour la corrida de Victorino… J’ai triomphé aussi lors de cette corrida et pour moi, c’était un nouveau rêve qui se réalisait !

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Ces triomphes ont eu effectivement pas mal de répercussion au niveau des médias nationaux qui  m’ont appelé, et je crois que mon apoderado pourra m’annoncer de bonnes nouvelles en ce qui concerne les contrats en France !

Si je dois qualifier ma façon de toréer, disons que je me considère plus comme un artiste que comme un valiente, mon concept étant plutôt classique. Mais il est évident que pour les corridas que j’ai toréées comme aussi pour les futures, je pense être capable de m’en sortir à mon avantage, avec suffisamment de courage et de recours techniques, comme je l’ai prouvé récemment ! Mais il est clair que je préfère exécuter le bon toreo, de qualité, c’est ce qui me plait vraiment, bien qu’il faille toujours s’adapter par rapport à ce que l’on a en face.

Je vis à dix kilomètres des Victorino Martín, et quand j’ai commencé en tant que becerrista, j’allais dans leur finca de « Las Tiesas », pour faire la « tapia » pour tenter de faire quelques passes après les maestros ! Voilà comment j’ai débuté et c’est comme ça qu’a commencé mon histoire !

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En 2013 et 2014, j’ai remporté quelques succès importants sur mes terres extremeñas, surtout avec l’autre fer des Victorino, celui de Monteviejo, mais ce toro de Mont-de-Marsan a marqué le sommet de notre belle relation, avec ce triomphe dans une plaza de catégorie.

Le fils Victorino s’est toujours très bien comporté avec moi, je suis souvent à la finca pour les tentaderos ou des toros en privé. J’ai aussi toréé un de ses toros à Hervás, qui faisait partie d’une encerrona de toros de différentes ganaderías à l’issue de laquelle j’avais coupé six oreilles, dont deux au Victorino qui avait été crédité de la vuelta posthume !

Concernant encore le bétail, je n’ai pas vraiment un type préféré, même si je pense qu’actuellement, les toros de Victorino Martín font partie de ceux qui sont capables de donner de l’importance à ce que tu fais… J’aimerais continuer à lidier des toros de cet élevage, évidemment, et entrer dans des cartels avec cette devise car je sais que beaucoup de toreros importants ont fait leur renommée avec eux…

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La France m’a très bien accueilli, ça m’a pas mal surpris, les gens m’ont traité avec beaucoup de gentillesse et ça me procure beaucoup d’illusion pour l’an prochain. Je tiens à ajouter que je suis très reconnaissant envers mon apoderado, Luisito, qui a cru en mes possibilités, ce qui n’était pas évident pour un torero méconnu comme moi. Nous sommes sérieux tous les deux et une poignée de mains a suffi. Il faut voir comment il se motive et s’engage à 100% pour moi, c’est une très belle histoire, nous nous sommes fixé des objectifs et je crois que nous allons parvenir à les atteindre !

Pour 2017, mon but est évidemment de triompher dans les arènes importantes où je serai programmé, surtout en France pour laquelle j’ai beaucoup d’illusion ! Je crois que c’est votre pays, dont je salue et remercie l’aficion, qui me donnera la clé qui m’ouvrira ensuite des portes dans mon pays… »

LUISITO

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«  Avec Emilio, on avait des amis communs, et  après avoir laissé Pablo Aguado, il m’a appelé, me rappelant qu’il était dans une situation compliquée et qu’il aimerait que je lui donne un coup de mains. De façon très honnête, je lui ai laissé très peu d’espoir car sa situation était trop compliquée pour le peu de force que j’avais…

Il a insisté et on s’est rencontrés quelques jours plus tard. J’ai eu alors face à moi quelqu’un de très dévoué au toro, qui ne parlait que de ça. Il m’a alors raconté son histoire et j’ai rapidement pensé que ce torero ne méritait pas d’être là où il en était ! Par romantisme absolu, je me suis alors dit que comme ça me paraissait impossible, eh bien on allait essayer !!!

J’ai été très clair avec lui, le prévenant qu’au minimum il n’y aurait rien… Durant l’hiver, j’ai passé quelques coups de fil, notamment à des arènes françaises et à certaines relations, que je m’étais notamment faites pour avoir apodéré Pablo. Je pensais recevoir des non catégoriques, mais en fait, j’ai reçu des petits non ! On n’était pas sur des refus catégoriques, mais plutôt de circonstance, style « tu aurais dû nous appeler plus tôt, s’il y en a un qui ne vient pas on pensera à lui… », ce qui a fini par me faire croire que ce serait possible !

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J’ai alors appelé Alain Lartigue pour lui demander une corrida, sans aucune exigence, et il m’a alors promis de m’en donner une l’année d’après. D’où sa venue cet été à Orthez. Avec les deux oreilles obtenues, j’ai fait mon travail d’apoderado pour qu’Emilio puisse entrer dans le cartel de Mont-de-Marsan.

On a eu de la chance car il y a eu des concours de circonstance qui nous ont été favorables, comme la défection de certains toreros, et comme ça a bien fonctionné, je pense que les portes devraient s’ouvrir pour la prochaine temporada…

Je dois dire qu’après la séparation avec Aguado, que j’ai d’ailleurs provoquée, je n’avais plus très envie de me remettre dans cette histoire. Je n’avais pas dû faire du si mauvais travail que ça puisque dans les deux mois qui ont suivi, j’ai reçu une quinzaine de propositions de la part de matadors et de novilleros pour que je m’occupe d’eux !

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Il y en a un que j’ai apodéré… pendant 24 heures ! Dès le deuxième jour, il a commencé à mettre un coup de canif dans le contrat. Pour moi, je n’envisage pas de rentabilité avec les toros, mais si je m’engage avec quelqu’un, c’est pour vivre de belles choses, et comme je ne suis pas obligé d’y être, si j’y suis, c’est pour que l’autre suive mon chemin… Celui que j’ai apodéré pendant 24 heures, qui a toréé cette année une dizaine de corridas, dont Madrid, avait accepté mes conditions le vendredi soir et rapidement, il a commencé à ne pas faire ce que je lui avais demandé de faire ! A partir de là, je lui ai dit que ce n’était pas la peine d’annoncer notre relation professionnelle et qu’il valait mieux s’en tenir là ! Et c’est là qu’est apparu Emilio…

Quand il m’avait appelé la première fois, je ne savais pas grand-chose de lui. Comme je suis drogué au toro, je me renseigne, je visionne des vidéos, et je vois un torero incroyable, j’en reste pantois, ce qui m’a fait penser qu’il était anormal qu’il reste assis, alors qu’il a la capacité, la classe, pour toréer dix, quinze ou vingt corridas par an dans les ferias !

J’ai réfléchi, puis il a provoqué un second rendez-vous, je lui ai parlé de son encerrona d’Hervás car quand tu vois un torero qui s’envoie six toros d’encastes différents qui pouvaient aller à Madrid et qui coupe six oreilles, tu te dis qu’avec une préparation sérieuse, c’est forcément quelqu’un qui peut fonctionner et casser la baraque…

Il a trente-deux ans, il a passé neuf années d’absolu calvaire, mais regarde Escribano, d’autres encore, et l’avantage que j’ai avec Emilio, contrairement à Pablo, c’est que je n’ai pas à lui apprendre le métier ! La preuve, ses deux dernières tardes…

Concernant la répercussion, je pense que ces deux grandes portes me serviront plus tard ! Pour l’instant, la France est en train de s’ouvrir vraiment, ces contacts ont déjà été pris avec certaines arènes, surtout dans le Sud-Ouest. Par ailleurs, pour 2017, j’ai fait un listing de toutes les arènes qui ont donné au moins une corrida l’an dernier, et entre le 15 décembre et le 15 janvier, elles vont toutes recevoir un appel de ma part, pour celles où ça n’a pas encore été fait. J’aurai des non, des oui, des peut-être, mais je vais me battre !

Que ce soit clair, je ne veux pas enfermer Emilio dans un créneau particulier. Je ne détiens pas la vérité absolue, mais je veux qu’il s’habille en ayant l’espoir que sur les six toros, il y en ait au moins deux qui potentiellement devraient servir ! Pour mettre le costume de lumières en sachant seulement que tu vas tuer des toros avec aucune chance qu’il y en ait un qui puisse mettre la tête, je ne l’enverrai pas à ce genre de corrida ! Je veux donc trier, mais sans jamais oublier où l’on en est. Très loin de moi l’idée de dire que je ne veux que du Cuvillo ou du Juan Pedro, je ne suis absolument pas dans cette démarche, mais sans les nommer, il y a des élevages que si on me les proposait, je ne donnerais pas suite…

En ce qui concerne l’Espagne, pour Emilio, elle va passer par Madrid ! Il y a déjà coupé une oreille en 2009… et l’année suivante, il a laissé un toro vivant ! Ça arrive, sauf que son apoderado de l’époque était un ami intime de l’ex-empresa de Madrid, et en le laissant, ils ne lui ont rien facilité pour revenir…

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Avec José Bats...

La préparation fait partie de mes exigences. Emilio habite à Cáceres et dans les engagements des gens dont je m’occupe, c’est qu’ils vivent à côté de moi. C’est ce qui l’attend dès début janvier. Je respecte la tradition de Sanlúcar qui veut que le premier lundi après les Rois, la saison commence ! Je lui ai trouvé un appartement, le week-end il fait ce qu’il veut, mais à partir du lundi, je veux qu’il travaille avec moi…

J’ai quelqu’un qui s’occupe du physique, le banderillero « El Pollo ». Ils se retrouvent à 9h aux arènes et moi, j’arrive vers 11h pour la partie toreo que je dirige. Plus qu’apoderado, je me considère préparateur ! Ce n’est pas de la prétention, mais je comprends la tauromachie, j’ai pris Pablo Aguado, qui ne savait pas tenir une cape et on sait jusqu’où je l’ai mené. Je sais préparer un torero et c’est la partie qui me plait le plus. Je vais donc m’investir à présent dans ce domaine avec Emilio… »

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Que peut-on souhaiter à cette récente pareja ? Qu’elle continue longtemps, évidemment, ce qui serait le meilleur signe d’une ascension qui perdure. Suerte !!!

(Photos de la corrida de Victorino : Christian Lamoulie)

ISTRES

Les cartels définitifs seront présentés par François Bernardini, maire d’Istres et Bernard Carbuccia, empresa des arènes, le vendredi 27 janvier à 19h au gymnase Donadieu (Arènes Le Palio).

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La féria d’Istres se déroulera les 23, 24 et 25 juin prochains.

(Communiqué)

GRANA Y ORO  

Avec le matador de toros Antonio Puerta comme invité, l’émission propose des sujets sur le festival de La Algaba, un tentadero avec Andrés Roca Rey à Salamanque, ainsi qu’une discussion avec le maestro de Valladolid Manolo Sánchez…

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