Jeudi 18 Juillet 2024
DIVAGATIONS DE PATRICE
Jeudi, 29 Octobre 2020

arlequin29ph

Arlequin de una corrida soñada (1)...

Pour l’année, ce serait celle de la fin de la pandémie, celle des grandes tables d’amis au soleil retrouvé, celle du Guadalquivir, de l’Adour et du Gardon aux étoiles, celle des grillons qui chantent.

Pour le mois, ce serait un de ceux du printemps en une pizca d’avril, un zest de mai et un soupçon de juin.

Pour le jour, dans le shaker du barman noir de «L’Ambos Mundos» de La Havane d’Hemingway, ce serait un peu du lundi de farolillos sans le mardi du « Tres de Mayo » et le mercredi des Cendres, une dose du jeudi de Pégoulade, une goutte du vendredi de Daniel Defoe avec une touche de sabado de compras à « Hypercor » et un rien de dimanche au bouquet mélancolique et lourd qu’inspirent les mots.

Pour la plaza, ce serait  un peu de Nîmes parce que c’est Nîmes, un poco de Dax pour le parc et les moucharabiehs, un peu de Séville pour le fleuve et un chouia de Madrid pour le run-run.

Pour l’affiche, ce serait un abrivado de Bacon, Arroyo, Chambas, Pires, Arman, Ginhac, Gilles, Parsus, Garouste, Loren, Formica, Clément, Godebski et, sur un caballo d’espuma, un aveugle manchot de la clinique des Sophoras.

Pour l’asiento, ce seraient sans hésitation aucune, le tendido 10 de sol y sombra fila 4 de Séville et les gradins en bois des Torils Bas de Nîmes.

A midi, on aurait déjeuné de lechuga con cebollas, d’anchoïade, de boquerones fritos et de fougasse d’Aigues-Mortes accompagnés d’un blanc des Costières ou d’un autre sans lignage de la tierra de Jerez.

Cervantes présiderait le palco, la banda serait uniquement de violons, le callejon occupé par les « Mères de Mai » du Chili et l’acto débuterait à l’heure d’Oulan-Bator.

Le traje serait d’une pure tradition vénitienne mâtinée d’apports andalous : velours losangé et multicolore assemblé au cuir craquelé des cordonniers cordouans et au  brocart des processions pascales, unissant dans un  même esprit du Sud, l’Italie à l’Espagne, la tarentelle à la saeta, le David de Michel Ange au temple submergé de l’Hercule  gadéditain, le rire à la convulsion.

Clarines.

«Clarines de la plaza de toros, clarines de las lágrimas de San Pedro, de los Laudes de la Pura y Limpia, o cornetas de las procesiones del Sábado de Gloria y de los ensayos de la Centuria Macarena.»

Alors s’ouvrirait la porte du toril.

Et sortirait le taureau de Gilgamesh qui jetterait dans la bataille les treize grands vents: Le Vent du Nord, le Vent du Sud, le Vent d’Est, le Vent d’Ouest, le Vent-Souffleur, le Vent-Tourbillon, le Vent-Mauvais, le Vent-Poussières, le Vent-Gel, le Tourbillon, la Tempête, la Tornade et l’Ouragan.

«Blanquet» le parerait à une main ; du burladero de lidia, Martín Recio et Maxime observeraient et conjureraient le ciel de Joaquín Camino Sánchez, de José Manuel Calvo Bonichón «Montoliú » et celui de Ramón Soto Vargas.

Quatre véroniques de Curro Vásquez et, au centre du ruedo, la demie de  Morante.

Celle de Séville.

Puis, Antoñete pour une seconde, genoux en terre.

Celle de Madrid.

Et l’arlequin de cette corrida soñada continuerait :   Roberto Domínguez mettrait Gilgamesh en suerte et Martín Toro  lui donnerait la première pique.

Caballo levantado.

Quite abanicando de José María Dols Abellán «Manzanares» et de José Luis  Feria «Galloso».

«Badila » donnerait la seconde pique en todo lo alto suivie de  trois lances mains jointes de Salomon Vargas, le gitano de Triana pour laisser Gilgamesh au « Pimpi » qui clôturerait le tercio.  

Les trois picadores salueraient castoreño en mano, au son de l'«Allegro Maestoso » de la  «Symphonie concertante pour violon et alto» de Wolfgang Amadeus.  

Et l’arlequin de cette corrida soñada continuerait encore:  Martín Recio mettrait en suerte le fils du démon Lilū et de la vache «Io » de la race royale d'Argos pour Miguelín et une première paire al sesgo por fuera ; Maxime irait lidiando pour el sesgo por dentro de la seconde paire par Christian avant « Blanquet » pour la troisième et le quiebro de «Paquirri».  

Paganini, Isaac Stern y Yehudi Menuhin joueraient ensemble «Manolete» y « Denis Loré ».   Les gabians  voleraient autour de l’arène et dans le ciel passerait le «Concorde 001» à destination de Bahrein.

Debout, la gente.

Loca.  

Patrice Quiot

(A suivre…)