Mardi 26 Janvier 2021
DIVAGATIONS DE PATRICE
Lundi, 21 Décembre 2020

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Paco Tolosa : Autre temps, autres mœurs, autre écriture...

Reseña  de 1934 d’Auguste Lafront* «Paco Tolosa »

« L’autre dimanche, Toulouse, cité palladienne, honorait les deux spectacles qui lui sont les plus chers : le rugby et la corrida.

Sous le soleil radieux d’une magnifique journée printanière, la ville rose présentait cette animation frémissante qui n’appartient qu’aux cités méridionales. Sur le stade verdoyant, Toulon et Bayonne luttaient ardemment pour une question de suprématie sportive ; sur la piste grisâtre de la nouvelle arène toulousaine, trois matadors, parmi les meilleurs de l’heure, essayaient de retrouver les succès enivrants dans la lutte séculaire de l’homme et de la bête. Mais le Sport et la Corrida avaient fait alliance. A peine le premier taureau venait-il de succomber sous le coup d’estoc décisif de Lalanda, que l’amphithéâtre fut envahi par un bataillon de bérets.

Feintant, crochetant, enjambant les travées, les supporters basques annonçaient la victoire de l’Aviron et venaient vibrer aux exploits de La Serna, grand triomphateur de cette corrida mémorable.

Le « torero-médecin » fut d’une activité prodigieuse. Plus ardent que le taureau qui ne l’était guère, il alla le défier jusque dans ses retranchements, debout d’abord, puis complètement agenouillé. Sa muleta se mua en aimant devant cette bête rebelle. Sans cesser de maintenir son emprise, elle voleta légère et ailée. Quelques secondes plus tard, devant la bête médusée, La Serna s’asseyait à quelques pas des cornes avec cette nonchalance qui n’appartient qu’à lui. Son second taureau, combattant noble et loyal, devait lui permettre des passes d’un rare brio : « naturelles » où la corne frôlait le corps de l’homme en le contournant sans cesse, fioritures élégantes faites avec une rare impassibilité et dans un rythme enlevant. Par ailleurs, tout l’après-midi, la cape moelleuse et douce du célèbre torero fit merveille, s’enroulant et se déroulant en volutes gracieuses dans les passes en éventail.

Aux côtés de La Serna, Lalanda fut terne et peu décidé, sauf dans une suite de « véroniques » à genoux. Mais Estudiante, un instant malchanceux, trouva devant le dernier encorné d’Estrémadure, d’une admirable franchise d’attaque, l’occasion de briller dans la manière probe, loyale et classique qui est la sienne. Quatre de ses passes, virevoltant sur les cornes mêmes, resteront longtemps gravées dans la mémoire des aficionados.

Dimanche, les mêmes matadors se retrouvaient dans les arènes montoises. De tous les coins les amateurs étaient accourus.

Chacun, croyant voir La Serna, s’en retourna déçu. Le bétail, léger et faible dans l’ensemble, incita le déroutant torero à se ménager. Mais Lalanda, cette fois décidé, fit le complet étalage de sa maîtrise. Avec ces animaux, sa facilité parut dérisoire. On revit sa célèbre mariposa, ses « naturelles » aisées et toute la gamme de ses habituelles fioritures.

L’élégant Estudiante retrouva son succès du dimanche précédent, dans des conditions identiques. Comme à Toulouse, il se distingua au dernier taureau, un produit de l’élevage salmantin, tacheté de blanc et très ardent. Son jeu comporta des détails magnifiques : trois « véroniques », talons au sol, qui dressèrent la foule dans une ovation unanime, des « naturelles » pleines de chic, une virevolte risquée et des passes de poitrine d’un calme et d’une immobilité impressionnants. Il fut, soudain, accroché par la corne, jeté au sol et l’émotion fut intense. Mais Estudiante se releva sans blessure et, lorsqu’il quitta la plaza, il avait largement gagné la partie et conquis tous les cœurs. »  

Auguste Lafront, « Match », 22 mai 1934.  

*Biographie : Auguste Lafront était né à Toulouse le 23 février 1906 aux allées de Brienne, à proximité des arènes des Amidonniers. Cette naissance au cœur de l'aficion toulousain devait déterminer le sens qu'il allait donner à sa vie.

Inspecteur central des PTT, ce sont cependant les toros de combat qui vont passionner Auguste Lafront. Il assiste à sa première corrida le 14 juillet 1921. Pour marquer son identité de Toulousain, c'est sous la signature « Paco Tolosa » qu'il écrira de multiples chroniques dans les revues taurines et les quotidiens régionaux. Il multipliera en particulier les reportages sur des férias en Espagne dans « La Dépêche du Midi » (1969-1975). Il publie de nombreux ouvrages tauromachiques dont l'incontournable « Histoire de la corrida en France du second Empire à nos jours » (1977).

C'est le toro qui passionne Paco Tolosa. Pour lui, l'animal constitue le pivot central du drame antique qu'est la tauromachie. Alors que d'autres chroniqueurs ne voient que le torero, Lafront connaissait mieux que personne l'origine de chaque élevage, leurs croisements, les caractéristiques des toros présentés, leur caste et leur noblesse. Pour lui, c'est du toro que naissait l'émotion vraie.

Joueur de rugby de bon niveau (international scolaire en 1925), cinéaste, auteur et chroniqueur... Paco Tolosa a traversé le XXème siècle avec son aficion et  restera dans la mémoire taurine comme l’un des plus grands revisteros français.

Auguste Lafront est décédé à Toulouse le 15 juillet 2002.

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

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