Mardi 11 Mai 2021
PATRICE

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Un pedazo de monstruo : Pancho Villa, l'idole des pauvres...

« Il n'est pas beau, sa taille est courte, son visage rond et il sent le coyote ; mais les femmes ne résistent pas au «Centaure du Nord ». Elles le trouvent irrésistiblement romanesque avec toutes ces histoires, ces légendes qu'on raconte sur sa vie.

Dans les villages, peones et bergers chantent ses aventures. À 16 ans, Pancho Villa, de son vrai nom Doroteo Arango, fils de paysans pauvres, aurait tué un «méchant» propriétaire terrien qui voulait violer sa petite sœur et c'est ainsi qu'il est devenu un hors-la-loi. Après avoir gardé le bétail ici ou là dans l'État de Chihuahua, le jeune homme trouve qu'il est plus lucratif, plus amusant aussi de le voler. À la tête d'une bande de garçons en rupture de ban, comme lui, il multiplie les coups de main, mais il lui arrive aussi de se mettre au service d'une compagnie ou d'une autre. Souvent il s'agit d'entreprises américaines. Au début du XXe siècle, elles investissent au Mexique, en plein essor économique, dans les mines, le chemin de fer, l'élevage, l'agriculture.

Révolutionnaire ? Pancho est plutôt un rebelle comme il y en a des milliers à travers le pays. Illettré, il n'a pas pu lire l'essai de Francisco Madero, un intellectuel libéral, sur la «succession présidentielle», mais lorsqu'il entend son appel au soulèvement contre le président Porfirio Diaz, au pouvoir depuis 1877 et décidé à être reconduit en 1910, Pancho est séduit. Avec ses hommes, il va donner du fil à retordre aux forces fédérales mexicaines, les harceler et se rémunérer en attaquant des garnisons.

Armes, munitions, argent, tout est bon à prendre. Pancho, qui est aussi violent que généreux, aussi sauvage que compatissant à la misère des malheureux, distribue des vivres et des pesos. Il aime donner. Il n'est pas assez naïf pour ne pas comprendre qu'il bénéficie, par la même occasion, de la reconnaissance des gueux. Et ils sont légion.

Dans son combat contre Porfirio Diaz, Francisco Madero va s'allier avec des hommes comme Pancho Villa et Emiliano Zapata, un paysan du Sud qui milite pour la restitution des anciennes terres communales annexées par les grandes haciendas. Bientôt le président Diaz est contraint de démissionner et il quitte le Mexique tandis que Francisco Madero est élu comme le nouveau chef d'État. Ayant reçu un bon pécule, Pancho ne retourne pas au brigandage, mais ouvre une boucherie à Chihuahua, se marie et semble se désintéresser des affaires de Mexico. Elles s'enveniment entre factions révolutionnaires rivales. Des émeutes éclatent au Sud, où les zapatistes se révoltent parce que la réforme agraire n'a pas été engagée, et dans le Nord où un ancien compagnon de Villa estime que la révolution a été trahie. Pancho, lui, reste fidèle à Francisco Madero et rejoint ses troupes. Il s'y heurtera au général Huerta, qui exige de la discipline dans l'armée régulière. Arrêté pour «insubordination», il échappe au peloton, mais sera incarcéré pendant des mois avant de parvenir à prendre la fuite. C'est à El Paso, au Texas, que Pancho apprend que le général Huerta a pris le pouvoir et fait fusiller Francisco Madero. Aussitôt, il traverse le Río Grande, revient à Chihuahua et rejoint le camp du nouveau leader de la révolution, le gouverneur de l'État de Coahuila, Venustiano Carranza. Pancho est nommé général de son armée constitutionnelle. En réalité, Villa, n'écoutant que son instinct, forme lui-même ses troupes après avoir pris d'assaut un train et échangé le butin qu'il transportait, des lingots d'argent, contre monnaie sonnante et trébuchante.

La Division del Norte, en uniforme kaki foncé, chapeau texan et foulard rouge, a fière allure. La poitrine bardée de cartouchières en croix, les hommes de Pancho vont de victoire en victoire surtout depuis qu'ils contrôlent tous les chemins de fer. Leur mobilité, leur audace, leur courage attirent de plus en plus les jeunes Mexicains. Quand ils voient passer le train de la révolution avec ses oriflammes et tous les militaires criant « Viva Pancho ! Vamos con Pancho ! Viva la revolución ! » ils ne pensent qu'à sauter dans les wagons.

Pancho est un homme heureux. Maître de tout l'État de Chihuahua dont il est devenu le gouverneur, il y règne en caudillo, mais n'a pas oublié les pauvres. Il leur construit des écoles et fait baisser le prix du pain. Les riches ? Il prélève de l'argent sur les propriétés, nationalise les haciendas, se sert dans les banques, taxe les commerçants et fusille joyeusement les récalcitrants. Il n'épargne que les ressortissants américains. Ce sont ses amis. Il les aime. Et les Yankees le lui rendent bien. Pancho croit à la fidélité. Mais à la moindre entorse, il voit rouge. Comme les taureaux. Et il ne pardonne jamais.

Après la victoire de Zacatecas, que Pancho remporte à la tête de 23.000 hommes, le président Huerta n'a plus d'autre issue que démissionner et prendre à son tour le chemin de l'exil. Pancho signe un pacte avec Venustiano Carranza où il le reconnaît comme Primer Jefe, mais leurs relations ne vont plus jamais cesser de se détériorer. Bientôt, une nouvelle guerre civile les oppose. Carranza a installé son gouvernement provisoire à Veracruz. Pancho soutient le président qui a été choisi par la Convention révolutionnaire, Eulalio Gutiérrez. Il a également passé un accord avec Emiliano Zapata et les deux hommes ont fait défiler dans Mexico leurs troupes sous les vivats de la population. Pancho était en uniforme bleu marine, entouré de sa garde personnelle, les dorados. Zapata, lui, portait le costume de fête du charro (cavalier), pantalon noir, veste jaune et sombrero. Villa a déjà placé tous ses fidèles dans le gouvernement de Gutiérrez. Zapata réclame la création d'un ministère des Affaires agraires. Les deux héros ne sont pas faits pour s'entendre. Emiliano est un austère. Pancho un bon vivant.

De Veracruz, Venustiano Carranza observe les événements et saura tirer profit des rapports difficiles entre le Sudiste et le Nordiste. Bientôt son général, Alvaro Obregon, va commencer à remporter des victoires militaires sur les troupes de Pancho Villa, qui s'embrouille dans la révolution. Il veut tout faire. Il en fait trop. Ou pas assez. Il finit même par lasser ses partisans. Le peuple est fatigué par six années de révolution. Carranza promet de restaurer l'ordre. C'est le moment que choisissent les États-Unis pour reconnaître, de facto, le gouvernement de Carranza.

Pancho se sent trahi. Il ne va plus songer qu'à se venger. Laver l'offense. Après avoir été battu à plusieurs reprises par Alvaro Obregon, il dissout son armée et c'est avec une poignée de «brigands», comme au temps de sa jeunesse, qu'il s'attaque à des compagnies américaines, pille et détruit des villages mormons. Il occupe une grande propriété appartenant à William Randolph Hearst et fait exécuter 17 ingénieurs américains venus entreprendre des travaux de réparation des mines. Il a de nouveau été proclamé «hors-la-loi». Il fait mine d'en être fier.

En réalité, il dévale la pente qu'il avait grimpée. Le 9 mars 1916, sans autre but qu'une razzia et le désir de prendre une revanche personnelle sur l'Amérique, il attaque une ville du Nouveau-Mexique, Columbus. L'opération se solde par 90 villistas tués et 18 morts chez les Américains. Un coup pour rien. Une histoire pourtant qui aujourd'hui encore fait dire aux Mexicains qu'ils sont les seuls à avoir envahi les États-Unis d'Amérique. Mais après ce raid, Panchone ne parvient pas à soulever la population. Tout le monde se détourne de lui. On le dit à moitié fou. On dit même que lui qui ne buvait jamais, s'enivre. Des milices populaires se constituent pour lutter contre les exactions de la bande de Pancho. Elle poursuit sa dérive vers le brigandage et ce n'est qu'à la mort de Carranza que le nouveau gouvernement proposera la paix à Pancho Villa. Il l'accepte. Il reçoit une somme importante pour prix de sa soumission et une vaste hacienda où il s'installe avec ses dorados.

Pancho a 42 ans. Son visage est empâté. Sa taille a encore épaissi. Il s'est remarié. Souvent, il descend à bord de sa Dodge Torpedo à Parral, où il avait été, jadis, mineur. On le salue, on lui crie « Viva Villa ! ». Il répond en agitant la main. Au fond, il est devenu un notable. Pansu. Repu. Satisfait.

Un jour de juillet, il se rendait à Parral visiter une de ses nouvelles conquêtes, lorsque des coups de feu ont éclaté. Pancho a été tué sur le coup. Comme sont souvent exécutés les hors-la-loi. »

Par Irina de Chikoff.

Publié le 30/07/2008 dans « Le Figaro International ».

Datos : Pancho Villa (5/06/1878 à La Coyotada/Mexique – 20/07/1923 à Parral/Mexique)

(Né 6181 jours avant José Gómez Ortega « Joselito » et mort 1160 jours après celle du torero de Gelves).

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

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