Vendredi 07 Mai 2021
PATRICE

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Modeste...

Son nom était Modeste.

Agustín García Díaz, dit « Malla ».

Son nom de torero également : « Mallita ».

Il  était né le 5 mai 1886 à Vallecas (Madrid).

Alfonso XIII naitra douze jours après lui, la IIIème République gouverne la France et Flaubert est mort depuis exactement six ans moins trois jours.

Agustín était encore ouvrier agricole quand, en septembre 1907, il fit sa présentation dans les arènes de son village natal.

A l’affiche : Agustín García Díaz « Mallita » ; Tomás Fernández et « El Alfarerito ».

Ce jour-là, il reçut un  grand coup de corne dans la bouche.

Il continua, se présenta à Madrid comme novillero le 29/08/1909 aux cotés de « Angelillo » et « Dominguín II » face à des novillos de Arribas.

Il  y connut un modeste succès.

Le 29 mars 1910, il prend une modeste alternative à Carabanchel des mains de «Lagartijillo Chico».

Le toro de la cérémonie s’appelait « Mirando » et venait de l’élevage de Manuel García Aleas.

Picasso peint « Le guitariste » et « Le portrait de Georges Braque ».

Agustín confirme modestement son statut de matador de toros le 25 mai 1911 devant un encierro de huit Miura. Parrain : Machaquito ; témoins : Vicente Pastor et Rafael Gómez « El Gallo ».

A partir de 1912, Agustín fait une modeste carrière, toréant en Espagne, un petit peu dans le sud de la France et un peu au-delà du «Charco».

Un an après sera publié le premier tome de « A la recherche du temps perdu ».

Torero de cape et banderillero de quiebro, plus à la défensive avec la muleta, mais excellent tueur, les prestations d’Agustín n’eurent aucun retentissement.

Il fut très souvent et très grièvement blessé et il  la frôla souvent.

Agustín était une bonne personne.

Affable et  aimé de ses paísanos.

En 1917, après trois ans de fiançailles, il épousa une fille de son village.

Il avait l’intention de se retirer de la chose des toros et de vivre avec elle, à Vallecas.

Longtemps.

Modestement.

Chez eux.

Nous sommes en 1920.

Le 4 juillet exactement.

Nous sommes à Lunel, au bord du Vidourle.

La guerre est terminée depuis 601 jours.

Colette publie «Chéri» et Paul-Jean Toulet «La jeune fille verte» qui sera son dernier roman.

Agustín García Díaz «Mallita» est à l’affiche de la corrida du jour avec José Gárate et Limeño.

Les toros viennent du Mas du Mazel, près de Saint-Martin-de-Crau, et appartiennent au « Papé » Joseph Lescot.

Le 16 mai de cette année 1920, à Talavera de la Reina, «Bailador» de la Veuve Ortega, avait tué « Joselito », le plus grand torero de tous les temps, en lui ouvrant le ventre.

«Joselito» avait vingt-cinq ans et mit à mort près de deux mille toros.

Milliardaire et adulé, l’Espagne lui avait fait des funérailles nationales.

C’est l’été, il fait très chaud et les arènes de Lunel sont noires de monde.

Agustín a trente-quatre ans et n’a pas d’avenir.

Alfonso XIII  a  lui  aussi trente-quatre ans et un avenir.

Est-ce qu’Agustín pense à Joselito et à Alfonso XIII ?

Nous ne le saurons jamais.

Agustín porte un modeste costume blanc.

La corrida sort infumable.

Agustín a  été ovationné à son premier toro.

Son second, avec lequel il faut absolument qu’il triomphe, est noir zain.

Le toro a pris quatre piques et tué deux chevaux.

Agustín le brinde au public et débute la faena à genoux, près des barrières.

Le toro est  manso et retors ; Agustín s’approche de lui.

Il est exactement 16h36.

Le bas en haut ; le cœur est perforé.

Quelques instants après, Agustín meurt sur un modeste lit d’une modeste infirmerie de village.

C’était il y a 36.740 jours, à Lunel, au bord du Vidourle.

Il s’appelait Agustín García Díaz «Mallita».

Aujourd’hui, à  Vallecas, une  modeste rue porte son pauvre  nom.

En 1990, à l’occasion des travaux de la ligne 1 du métro, la maison natale d’Agustín a été démolie.

Voilà.

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

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