Jeudi 06 Mai 2021
PATRICE

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Diodoro et Curro...

 Autre figure, autre géographie, autre plaisir…

Parangon béatifié, presque canonisé, de l’ordre bourgeois andalou, pas une ride sur la calvitie lustrée, pas un pli au costume bleu-marine de coupe classique, pas une bougnette sur la pochette immaculée, pas un cerne sous l’œil de velours, le pied menu chaussé d’escarpins vernis, Don Diodoro Canorea, empresa de la Real Maestranza de Caballería de Séville passe sur le pont de Triana pour aller déjeuner au « Rio Grande ».

Architecture vivante du lisse et de l’arrondi, il a la pesanteur lourde du joug de bœuf et le clinquant du lustre à pampilles qui expriment haut et fort la déférence qu’il attend qu’on lui porte.

Tout à l’heure, après la mort du troisième toro, un valet de l’arène traversera le callejón pour porter sur un plateau d’argent un café au lait à sa señora.

Assemblage de pain d’épices, de sucre et de guimauve, Don Diodoro promène à l’encan cette onctuosité qui fait les grands prélats de la curie romaine ou les petits députés socialistes de Neuilly sur Seine.

Complètement décadent, il vit dans un imaginaire de pacotille qui confine les rapports sociaux à l’insignifiance ; rococo, il croque avec gourmandise des tocinos del cielo, apprécie la beauté d’une génuflexion et range ses opinions dans une bonbonnière en porcelaine.

S’il est certain que Jean-Luc Godard ne l’aurait pas aimé, il est dommage que  Federico Fellini ne lui ait pas donné un rôle de sultan en goguette.

Flash-back :

Nous sommes en 1957 et Diodoro qui a trente-cinq ans, est à Séville aux côtés de son beau-père Eduardo Pagés, taulier de la Maestranza.

Cette année-là, un novillero de vingt-quatre ans, tout juste libéré du service militaire, suscite l’intérêt passionné des aficionados sévillans.

Le nom de Curro Romero parvint ainsi aux oreilles de Diodoro.

Dans le courant du mois de mai de cette année 1957, le 26 exactement, Curro se présenta de novillero à la Maestranza en remplacement de Juan García «Mondeño».

A l’affiche : Antonio Romero, José Trincheira et Curro Romero.

Curro, vêtu de blanc, fut exceptionnel au sixième et coupa les deux oreilles de «Radiador», de Carlos Nuñez.

Et Diodoro se convertit au romerisme.

Comme St Paul sur le chemin de Damas.

Deux ans plus tard, en avril 1959, le 19 exactement, Diodoro, devenu gérant de la plaza, programma Curro - qui avait pris l’alternative le 18 mars à Valence des mains de Gregorio Sánchez et Pepe Luis Vásquez comme témoin - pour sa présentation de matador de toros à Séville.

A l’affiche : Gregorio Sánchez, un Sevillano de la calle Oriente : Juan Jiménez «El Trianero» et Curro Romero.

Il pleuvait et faisait du vent.

Curro fit le paseo montera en tête...

… Mais, vêtu de vert, il coupa  les deux oreilles de «Gallego», un toro de Peralta.

Le lendemain, Gregorio Corrochano écrivit dans «Blanco y Negro»: "Curro Romero era el estilista de mejor estilo de cuantos había visto".

De son côté, dans  le « ABC » de Madrid, Antonio Díaz Cañabate titra sa chronique de l’éloquent  "Ya vi a Curro Romero".

On raconte que ce jour-là, Diodoro aurait fait tomber 201.000 ptas à Curro.

L’histoire  entre Diodoro et Curro commençait….

Datos :

Diodoro Canorea Arquero est né à Cabezamesada (Toledo) le 22 novembre 1922.

Employé à la Banco Central à Madrid, il y connut et épousa Carmen Pagés Prieto, fille d’Eduardo Pagés, empresario de Séville depuis 1934.

Un temps associé à son beau-père, Diodoro Canorea devint  empresa de Séville en 1959.

Et le resta jusqu’en 1999.   Outre Séville, son activité l’a conduit à exploiter simultanément 23 plazas en une seule temporada.

Episodiquement associé à Pedro Balaña, il fut impresario de Madrid, Zaragoza, Córdoba, Ciudad Real, Toledo, Jaén, Cádiz, El Puerto de Santa María, Ibiza, Pozoblanco, Andújar et Écija.

Une année, à un journaliste qui lui demandait les raisons pour lesquelles il avait programmé Curro Romero quatre fois pour la Feria d’Avril, il répondit : « Parce qu’il ne m’en a pas demandé cinq ! ».

Diodoro Canorea est mort d’une crise cardiaque à Séville le 28 janvier 2000.

Patrice Quiot

(Photo Curro : Daniel Chicot)

 

Paul Hermé

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