Dimanche 09 Mai 2021
PATRICE

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Brindis d’Henry à Gaston...

Préface-dédicace des « Bestiaires. Henry de Montherlant à Gaston Doumergue, Président de la République :  

« Président,

C'est à vous que nous devons les courses de taureaux, avec mise à mort, dans le Midi de la France. Bien qu'elles fussent entrées depuis un demi-siècle dans les traditions du peuple méridional - depuis l'origine elles lui appartenaient par les profondeurs -  une commission parlementaire avait été nommée, en 1900, pour statuer sur elles.

Seul contre la commission entière, vous êtes parvenu à faire triompher la foi.

Je me plais dans cette parole que vous dîtes à vos adversaires et qui a l'accent triste de Sénèque : « On comprend que les hommes aient peu d'amis quand les animaux en ont tant. »

Peut-être vous souveniez-vous encore d'une autre phrase :

« Les combats de taureaux n'ont pas peu contribué à maintenir la vigueur chez la nation espagnole. » Mais sans doute Jean-Jacques Rousseau, qui en est l'auteur (dans « Le gouvernement de la Pologne »), est-il lui aussi une brute inhumaine et un suppôt de la régression.

Vous êtes né et vous avez été nourri dans la religion du taureau.

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A Nîmes la violente, cette Rome des Gaules, la cathédrale, l'arc d'Auguste, le cirque où on luttait contre les cornus du temps de Suétone, portent sculptée dans leur pierre la bête magique. J'ai vu vingt mille hommes, aux arènes, acclamer le soleil se dévêtant d'une nuée. Leurs entrailles, sinon leur esprit, savaient que depuis trente siècles elles adoraient le soleil et le taureau qui est un signe solaire.

« Dans le Midi taurin, la passion des taureaux a des racines plus profondes qu'en Espagne même. »

Pour avoir dit cela, Président, qui est si juste, bien que si surprenant aux yeux des profanes, il faut avoir mesuré en soi cet amour.

Dans votre bureau de l'Élysée, entre une bibliothèque et un jardin, qu'il serait charmant de causer taureaux (et rien que cela, grands dieux !).

C'est vous qui me le raconteriez tout petit garçon, quand votre père vous emmenait à la course du village, il avait la coquetterie de passer, la course déjà en train, par le plan où le taureau était lâché. Il vous tenait fortement le poignet; n'importe, vous étiez bien content que la bête fût de l'autre côté.

Quelques années plus tard, au cours d'une de ces chevauchées où les gardians de Camargue arrivent au galop dans le village, entourant le troupeau qui va donner la course, un jour, vous avez été renversé par un des taureaux, et puis, à peine relevé, vous vous êtes mis à sa poursuite avec vos petits camarades.

Deux députés français, de passage à Cordoue au moment de l'enterrement du grand Lagartijo, envoyèrent une magnifique couronne ; elle portait votre nom et celui de M. Pams, un catalan. Et vous étiez ministre quand, à Aigues-Vives, pendant une course libre, vous êtes descendu dans la piste. Même vous avez été, un instant, chargé par le fauve.

Dans la façade de l'église de Caveirac, un autel taurobolique rappelle un taurobole donné à Nîmes, au IIIe siècle, en l'honneur de l'Empereur. En votre honneur, Président, combien je voudrais!

Mais non, ces pages ne vous seront pas dédiées.

Elles vous gêneraient. Pire, peut-être. De nombreux humanitaires se vantent d'avoir tiré des coups de revolver sur les toreros venus donner une petite course aux environs de Paris, il y a quelque trente ans. La bonté est comme beaucoup de produits : La vraie guérit, les contrefaçons peuvent tuer !

Je frémis à l'idée de déchaîner sur vous une terreur rose.

Laissez-moi donc vous offrir, ce livre, au peuple méridional, à ceux surtout du Languedoc et de Provence, qui honorent leur dieu et leur fleuve avec le même nom. C'est un de mes « frères catalans », célébrés par Mistral, qui élève pour eux la libation dans une nouvelle coupe un rhyton de sang noir, en forme de tête de taureau. »  

-   « Les Bestiaires »,  roman d'Henry de Montherlant, paru en 1926.  

-  Henry Millon de Montherlant, né le 20 avril 1895 à Paris et mort dans la même ville le 21 septembre 1972. Misogyne, entretenant des relations controversées avec les garçons, on ne peut pas dire qu’il écrivait de la main gauche…

A son domicile du 25 quai Voltaire à Paris, il avale une capsule de cyanure et, simultanément, se tire une balle dans la bouche, de crainte que le cyanure ne soit éventé, mettant ainsi en pratique jusqu'au bout l'équivalence des contraires de sa philosophie morale.  

-  Gaston Doumergue, né le 1ᵉʳ août 1863 à Aigues-Vives et mort le 18 juin 1937 dans la même ville. Homme d'État français. Il est président de la République française du 13 juin 1924 au 13 juin 1931.  

Otros datos 1926 :

- 2 février : Naissance de Valéry Giscard d'Estaing.

- 18 février : Mort de  Manuel Báez Gómez « Litri II », matador de toros, (né à Huelva le 13 août 1905) des suites d’une blessure à Málaga.

- 18 mars : Naissance d’Ángel Peralta Pineda à La Puebla del Río.

- 24 avril : Décès de Luis Mazzantini y Eguía, matador de toros, (né à Elgoibar le 10 octobre 1856).

-  Début d’été : La revue «Biòu y Toros», future revue « Toros », a un an.  

-  24 juin : Le complot militaire de la Sanjuanada échoue à chasser Primo de Rivera du pouvoir.

- 19-21 juillet : Édouard Herriot, président du Conseil, d’un « gouvernement d'union nationale ».

- 20 juillet : Cinq mille personnes manifestent devant le palais Bourbon contre Herriot.

- 21 juillet : Crise des changes ; le soir même, Herriot est renversé par les radicaux qui basculent à droite.

- 23 juillet : Rappel de Raymond Poincaré à la présidence du Conseil.  

-  5 décembre : Mort de Claude Monet à  Giverny,

-  Louis Aragon écrit Le Paysan de Paris ;

-  Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan ;

-  Blaise Cendrars, Moravagine ;

- André Malraux, La Tentation de l'Occident ;

- Charles-Ferdinand Ramuz, La Grande peur dans la montagne ;

- Antoine de Saint-Exupéry, L'Aviateur ;

- Publication de Fiesta d’Ernest Hemingway.

Patrice

 

Paul Hermé

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Affiches / Cartels

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