Mercredi 19 Mai 2021
PATRICE

val31ph

Mano a mano en Valladolid...

Colegio de San Gregorio de Valladolid.

Agosto 15/1550 - Mayo 6/1551.

Gran acontecimiento filosófico

Espadas : Bartolomé de las Casas (de Sevilla) y Juan Ginés de Sepúlveda « El Sepù » (de Pozoblanco).

En un sensacional mano a mano.

Ganadería : « Controversia ».

Palco : Roncieri, Domingo de Soto, Bartolomé de Carranza, Melchor Cano y Pedro de Lagasca.

Empresa : SA/ Carlos Quinto y el Papa Julio Tercero.

El festejo  no estará animado por una banda de música.

Reseña  du festejo (envoyé spécial):

Calor y lleno de no hay billetes.  

Le lío préalable entre le « Sepù » et Las Casas au sujet  de la publication en 1547 d’un livre du « Sepù » dont Las Casas avait demandé la mise à l’index et obtenu gain de cause ajouté au fait que, vexé, le « Sepù » en avait fait publier un autre, mais à Rome, avait donné un piment supplémentaire à ce mano a mano exceptionnel.

Au patio de caballos:

Las Casas vestido de gris con cabos blancos.

Ginés de Sepúlveda  «El Sepù», de negro azabache.

La tension est palpable et se lit sur les visages.

Les deux protagonistes se serrent la main, mais s’ignorent.

Le  double desafío du jour est simple, mais fondamental :

Un peuple qui se croit supérieur a-t-il le droit d’imposer une tutelle, même provisoire, à un peuple qu’il juge inférieur et, par voie de conséquence, qui doit décider de la supériorité ou de l’infériorité d’un peuple ?

La réponse déterminera de façon définitive la façon d’envisager la campagne sud-américaine.

Las Casas, sevillano de pura cepa, ex-évêque de Chiapas au Mexique, est un dominicain.

Pour Las Casas, la victoire ou la défaite des peuples ne sont pas des signes d’élection ou de condamnation divine. Il ne nie pas les données, tout son plaidoyer porte précisément sur les malheurs des Indiens, mais il reformule entièrement le problème. Comment expliquer la défaite des Indiens ? Par des causes humaines trop humaines : traîtrise, supériorité des armes et barbarie !

C’est l’avocat des Indiens.

Ginés de Sepúlveda  « El Sepù », andalou de Pozoblanco, grand théologien, chroniqueur et confesseur de l’empereur, disciple  d’Aristote « El Metafísico”, est un jésuite.

Sepúlveda reprend deux arguments traditionnels. Celui de la révélation primitive d’abord : comment se fait-il que ces peuples lointains n’aient pas été instruits du christianisme, puisqu’il est dit, dans les Évangiles, que les apôtres s’en sont allés convertir toutes les nations ? Ensuite, comment ne pas voir la main de Dieu dans l’extermination des Indiens ? Si c’étaient vraiment ses enfants, permettraient-ils ces massacres ? En réalité la colonisation s’inscrit dans le dessin divin. Dieu punit les Indiens de leur idolâtrie et les Espagnols ne sont que son bras armé. Bref, Dieu est avec nous...

C’est l’accusateur des Indiens.

Empieza el festejo a las seis y media de la tarde vallositana.

«El Sepù » met tout de suite  la jambe et les cartes sur table.

Ses tandas résonnent comme des coups de canon :

Trois faenas presque exclusivement droitières, souvent décousues mais con mucha entrega et à base de dénonciation d’idolâtrie, de péchés contre nature et d’infériorité de la race.

Tout le registre y passe :

Tourniquet regardant le palco, pases du « Dieu terrible qui élit son peuple », desplante populiste du « Certes des humains, mais inférieurs, des esclaves nés » et, comme on pouvait s’y attendre, redondance du « Les Indiens ont-ils une âme ? »

Facilón anda « El Sepù » qui arrive bien au public.

Changement de main pour essayer malhabilement de cuajar l’incapacité des Indiens à se gouverner par eux-même ; remates secs pour justifier leur mise sous tutelle y pase de pecho accroché pour conclure que la conversion indispensable des Indiens exige leur soumission préalable.

Trois faenas techniques, trois faenas d’arrimón con mucho oficio et beaucoup de recours.

Mais faenas sin gracia, sin garbo.

Trois faenas aristotéliciennes, trois faenas bilbainas.

Conclues par trois estoconazos assassins portés avec la foi du charbonnier.

Tranquilo y relajado va el sevillano Las Casas.  

Con gusto et sobriété.   Sur la main droite, pases du « Tous les hommes sont égaux » et detalles de lujo : « Les corps des Indiens sont semblables aux nôtres et leurs femmes peuvent être fécondées par des Espagnols. »

Sur la main gauche, naturelles du « Pour vous, tout ce qui n’est pas européen est inhumain » qui dialectise l’idée de similitude.

Run run taurino.

Le Sevillano enchaine.

Un magnifique « Les Indiens, malgré tout ce qui nous sépare d’eux, sont nos semblables », suivi d’un « Ils sont doux » long comme un train de phosphate et un extraordinaire « Ils sont comme nous » donné dans une génuflexion au centre.

On entrapercevait la Porte du Prince.

Mais Las Casas en fit trop, un peu trop.

Trop marqué de christianisme, son toreo ne renvoya soudain plus à une nature qui serait la même chez tous les hommes, mais au fait que tous les hommes sont frères car tous également fils de Dieu.

Les muletazos devinrent lourds par excès d’œcuménisme et la faena perdit  son sens.

Le trasteo de Bartolomé se transforma en une catéchèse et ses trois estocades pas à la hauteur furent données avec un goupillon.

On attendait un torero con cojones ; nous eûmes droit à un gentil prélat mitré.

Dommage, mais à revoir.

Aucun cartilage coupé.

On resta sur notre faim, le public sortit déçu et aucune suite ne fut donnée à l’enjeu du festejo.

L’empresa  SA/Carlos Quinto  y el Papa Julio Tercero qui a fait une grosse entrée a probablement d’autres Indiens et d’autres chats à fouetter.

«Corrida de expectación, corrida de decepción...»

32 au mercure, Etiennette Martin y hijo, du restaurant « Chez Nicolas » à Nîmes, le professeur Raoult et Renaud Ripart en barrera.

Au menu du soir : Sopa de chícharos ; morcilla de Valladolid et conejo a la cazadora. »

Datos :  

-         Bartolomé de las Casas (1484 /Séville - 1566/ Madrid). Prêtre dominicain, missionnaire, écrivain et historien espagnol, célèbre pour avoir dénoncé les pratiques des colons espagnols et avoir défendu les droits des Amérindiens. Le 2 octobre 2002, son procès en béatification a été ouvert par l'Église catholique.  

-      Juan Ginés de Sepúlveda (11/06/1494 à Pozoblanco - 17/11/1573 à Pozoblanco). Homme d'Église espagnol du XVIᵉ siècle. Il est avant tout connu pour avoir été au cœur de la Controverse de Valladolid, opposé à Bartolomé de Las Casas.

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

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