Samedi 08 Mai 2021
PATRICE
Jeudi, 15 Avril 2021

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Girls y toros...

Brindis aux toreras françaises : Marthe Sabatier, Palmyre Camacho, Clarita Montes, Pierrette Le Bourdiec, Elvire de Bordi, Marie Gentis, Emma Calais, Anita Martinez, Evelyne Fabregas, Mireille Ayma, Nicole Lutchmaya, Marie-Neige Perez, Marie Barcelo, Marie Bourseiller, Julie Clavière, Patricia Pelen, Nathalie Gonfond, Léa Vicens….

Et à toutes les jeunes des écoles et centres français de tauromachie.

« C'était un mauvais film, mais Dieu qu'Ava Gardner était belle aux côtés de Tyrone Power. Adapté maladroitement du roman d'Ernest Hemingway par Henry King en 1957, « Le soleil se lève aussi » racontait l'impossible amour de Brett et de Jake, d'une veuve alcoolique et d'un journaliste rendu impuissant par la guerre. Comme Io jadis, la déesse hollywoodienne s'y faisait vache devant le bœuf, puisque telle est la métaphore qu'avait choisie Hemingway pour dire ces choses-là. Dans l'arène des sentiments, Brett tombait amoureuse d'un torero. Romero avait la classe des grands. La feria de Pampelune ne jurait que par lui.

« - J'ai dit que vous vivriez longtemps, lui assurait-elle en lisant les lignes de sa main.

- Oui, je sais, répondait-il, rieur et confiant. Moi, je ne vais jamais mourir. Non, ne touchez pas du bois. Les toros sont mes amis.

- Vous tuez toujours vos amis?

- Toujours. Comme ça, ils ne me tuent pas ! »

Le cinéma des années 40 et 50 a fait une large place à la corrida, au sable et au sang. Dans les films de Budd Boetticher, de Maurice De Canonge, de Mario Mattoli, de Robert Rossen ou de Georges Rouquier, les femmes n'avaient souvent qu'un rôle d'aiguillon, banderilles plantées dans le cœur de matadors avides de danger et de gloire. Elles se prénommaient Elena, Linda, Carmela, Marilena, Dona. Bustes conquérants, chutes de reins vertigineuses, cheveux de jais. La passion fourbit aussi ses armes.

En 1947, Richard Thorpe réalisait tout de même un « Señorita Toreador » à laquelle Esther Williams prêtait sa sensualité. Dix ans plus tard et dans un tout autre style, Andréa Ferreol apparaîtrait aux côtés de Louis De Funès dans une comédie de André Hunebelle, «Taxi, roulotte et corrida». Aujourd'hui, la généreuse actrice de la «Grande Bouffe» reste plus que jamais une «aficionada».

De Goya à Picasso, de Cocteau à Bizet, tous les arts ont toréé avec la corrida. Ils l'acclament, exaltent le combat de l'homme et de la bête, agitent la muleta du romantisme. Vivacité des couleurs, griserie adrénergique, sacralisation de la mort. Ils la vomissent au contraire, dénoncent la boucherie, la cruauté, l'inégalité de la lutte.

Mise en scène macabre, voyeurisme sanglant, vanité des traditions.

Et les femmes ? Certaines apprécient. Dans ses clichés, la photographe espagnole Carmen Aboy, qui dit avoir pris dans les gradins le parti instinctif de l'homme face à l'animal, capte les éclats bigarrés d'une tragédie rituelle. Rouge muleta, noir taureau, or torero. « Du taureau mort ou de l'homme blessé jusqu'à la mort, ou le signe d'un amour tragique qui se joue à chaque fois », écrit de son œuvre un critique marocain, manifestement sous hypnose.

Choyée par les différentes formes d'art, la tauromachie peut-elle prétendre à son tour au strapontin? Art tauromachique : la juxtaposition de ces mots fait ruer dans les brancards bon nombre de celles qui se sont juré de « descabeller » le matador, de le mettre à mort. Est-ce parce qu'elles ne peuvent pas sentir la bête qui est en l'homme que Louis Féraud a lancé en 1975 son parfum « Corrida » ? Est-ce pour les affoler davantage que le couturier français Christian Lacroix a paré sa dernière collection été d'un ruban rouge censé couler sur tout le corps à la manière d'un mince filet de sang taurin? Allez savoir.

Machiste, la corrida? On peut l'imaginer sans peine, même si les choses changent. Un critique tauromachique se veut plus subtil. La question n'est pas celle de la misogynie ou du machisme qui régneraient dans ce champ, écrivait-il à propos de Cristina Sánchez.

C'est un champ magnétique orienté par l'hétérosexualité classique. Le corps y joue le rôle premier. Un corps de femme n'a pas la même promesse de blessure qu'un corps d'homme. Un corps de femme peut porter la vie qui porte la mort. Jolie faena de mots, non?

D'autres femmes ont réussi à pénétrer le milieu très fermé de la tauromachie. Avant de se retirer, Marie Sara avait toréé plus de 300 corridas en France, en Espagne ou en Amérique du Sud. Charismatique, cette blonde Parisienne a ainsi fait une remarquable carrière de « rejoneadora », de matador à cheval. Il faut remonter quarante ans en arrière pour rencontrer Conchita Cintron, autre femme à avoir évolué dans cet exercice périlleux.

Bien plus loin encore, dans les années 30, la légendaire Juanita Cruz avait commencé à toréer à l'âge de 15 ans. C'était aux premiers jours de la république espagnole et Juanita eut fort à faire pour lutter contre le machisme du ministère de l'Intérieur qui voulait la bannir de l'arène. Elle obtint cependant gain de cause en invoquant l'égalité des droits reprise par la Constitution.

Après la guerre civile, le régime franquiste lui interdit définitivement la corrida.

Le costume et la muleta de Juanita Cruz sont conservés au Musée de la tauromachie de la Plaza de toros, à Madrid. Voilà sans doute pourquoi son conservateur assure qu'il n'y a pas de machisme dans le milieu de la corrida... »

Journal « Le Soir » (Belgique) le 29/06/2001.

Datos :

La première femme torera à pied dans l’histoire fut Nicolesa Escamilla «La Pajuelera», qui toréa à Madrid en 1776 et fut immortalisée par Goya.

L’avènement de Dolores Sánchez «La Fragosa»  dans la deuxième moitié du 19ème siècle, correspond à la mise au féminin de l’habit de lumières. Gustave Doré immortalisa Teresa Bolsi dans un costume beaucoup plus folklorique

En 1908, le ministre espagnol Don Juan de la Cierva interdit purement et simplement le droit aux femmes de combattre les toros.

Le retour aux ruedos se fit assez rapidement et vit d’excellentes officiantes ; en 1930, on citera María Luisa Jiménez, Enriqueta et Amalia Palmeño, Juanita Cruz dont l’alternative mexicaine ne fut pas reconnue.

Dès 1973, la commission nationale du travail féminin officialisera l’exercice du métier de Torera.

La première alternative reconnue sera conférée à la colombienne Bertha Trujillo «Morenita de Quindio», des mains de José Ramón Tirado, le témoin (et mari !) étant Marcos Gómez «El Columbiano».

La cérémonie se déroula le 12 mai 1968 à Comalcalco (état de Tabasco, Mexique), le toro «Presumido» de la ganadería Presillas laissant ses deux oreilles et son rabo.

Ses débuts en Europe se firent à San Sebastián de Los Reyes, première matadora de toros à actuer en Espagne.

Après une carrière où elle tua 2700 toros, elle créera l’école de Tauromachie de Santiago de Cali, elle restera «Emperadora del Ruedo».   En France, l’aventure des diestras suivra l’histoire taurine.

Marthe Sabatier, native de Beaucaire, première torera à pied, commencera sa carrière en 1891 à Arles, elle a 22 ans.

Elle travaillera dans les courses hispano-françaises dans les quadrilles Bayard, Racine et Étienne Boudin (Pouly I, père de la dynastie).

Après la deuxième guerre, une saint-gilloise d’origine espagnole, Palmira Camacho, reprendra le flambeau.

Après un apprentissage à la manade Thibaut à Saliers, elle tournera dans les capeas avec la troupe «El Gallo».

C’est à Lunel dans un costume (robe portefeuille) confectionné par un tailleur local, le 1er novembre 1950, qu’elle signera un de ses plus grands succès devant des toros de Tardieu. Elle inaugurera également les tours de piste à la mexicaine (sens anti horaire).

Après un succès identique dans cette même plaza (toros d’Étienne Boudin), elle se retirera.

Sa fille Corinne est l’épouse de Robert Pilés, doyen actuel des toreros français. Ces deux toreras furent les instigatrices de nombreuses vocations dans l’hexagone.

Dans la théorie des genres, le seul personnage à tirer son épingle du jeu fut María Salomé Rodríguez «  La Reverte » qui toréa en tant que femme et arrêtera sa carrière à Madrid, sous le nom d’Agustín Rodriguez en tant qu’homme.

Fuente de los datos :  « Toro Bravo » - Jacques Lanfranchi «El Kallista».

Patrice Quiot

 

Paul Hermé

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