Samedi 08 Mai 2021
SERRANO
Vendredi, 16 Avril 2021

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Rencontre avec Marc Serrano pour évoquer son actualité et la situation actuelle de la tauromachie...

Compte tenu du nombre d’engagements des uns et des autres, qu’ils soient ganaderos ou toreros, la période n’est guère propice aux grands développements, tous ayant à peu près le même discours quant aux difficultés rencontrées et leur stratégie pour s’en sortir au mieux...

Mais Marc Serrano a une particularité. En effet, s’il est Nîmois, il vit en temps normal essentiellement à Madrid, ce qui ne l’empêche pas de faire d’assez fréquentes escapades jusque dans sa ville, pour des raisons familiales, taurines, ainsi que pour son activité de courtier en assurances... On va donc dire que son jugement balaie les deux côtés des Pyrénées et qu’il a une vision assez aigue de la situation actuelle, même si elle a un peu tendance à fluctuer assez souvent...

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« L’activité taurine actuelle est un peu celle de la majorité des toreros qui fait que vu la situation, il y a très peu de spectacles. Pour le moment, il n’y en a pas chez nous et en Espagne quelques-uns, mais c’est très ponctuel. En ce qui me concerne, j’ai la chance de pouvoir me préparer pas mal au campo, autant en France qu’en Espagne, ce qui me permet de ne pas perdre le fil et de continuer à être dans le coup. Maintenant, il est vrai que pour ce qui est de la projection pour cette saison, ça reste tout de même un gros point d’interrogation.

En Espagne, il y a quelques spectacles qui se montent au dernier moment car les lois basculent rapidement d’un côté ou de l’autre et les organisateurs ont bien du mal à s’y retrouver et se projeter. La plupart des courses se déroulent dans la province de Castilla-La Mancha parce que cette Communauté le permet un peu plus. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile de savoir si ça va se faire, notamment pour les grandes ferias où il est encore très difficile de prévoir l’avenir, et en France, il semblerait, selon ce qui se dit, qu’il n’y aurait pas de spectacles taurins avant le mois de juin.

On va donc espérer, comme tout le monde, qu’au mois de juin, les choses vont peu à peu s’arranger et que des spectacles vont pouvoir être programmés dans la mesure où l’on saura comment s’orienter, mais à l’heure actuelle, ça reste très compliqué. Il est clair que le fait de ne pas pouvoir se rassembler, échanger, aller les uns et les autres vers ce qui nous provoque du plaisir et d’échanger là-dessus, ce n’est facile pour personne. Ce à quoi s’ajoute un problème économique désastreux.

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On pense de suite aux éleveurs car ce sont eux qui ont la plus grosse charge dans la mesure où un toro, ça mange tous les jours. Pour eux, c’est difficile de maintenir le cap et de se projeter encore plus sans savoir ce que vont être les années suivantes, mais aussi pour les professionnels taurins car l’argent ne rentre pas, ce qui devient très sensible lorsque c’est la seule source de revenus pour une famille. C’est d’autant plus dommageable qu’actuellement, on n’en voit pas la fin...

Comme je vis à Madrid et que je fais des aller-retour avec Nîmes, j’ai une vision assez précise des conditions actuelles des deux côtés des Pyrénées. Côté espagnol, on ne peut pas dire que c’est l’Espagne qu’on a connue avant la Covid car il y a une certaine petite limitation. Chaque Communauté pond sa propre règlementation qui peut d’ailleurs évoluer au gré du temps et des circonstances, mais à Madrid, là où je vis et dont je peux parler de façon plus concrète, les responsables ont opté pour plus de liberté d’action. Après, on pourrait rentrer dans le débat politique, mais là, les choses sont plus compliquées et je ne vais pas m’y aventurer. J’en resterai donc aux constats.

Depuis quelques temps, les bars et les restaurants sont ouverts dans certaines conditions. Bien évidemment, il y a des horaires de fermeture avancés par rapport à d’habitude, on ne peut pas consommer au comptoir, le nombre pour un même groupe était limité à six et je ne sais pas si ça a évolué ces derniers jours, et dès qu’on se levait de la table, il fallait remettre le masque pour aller aux toilettes ou à l’extérieur... Mais les théâtres et les cinémas sont ouverts et dans la Communauté de Madrid, tous les spectacles ont lieu, sauf l’accès aux stades... ou aux arènes.

On sait qu’il n’y aura pas de Feria de San Isidro à Las Ventas, mais des corridas sont prévues à Carabanchel par l’empresa Matilla. Effectivement, ça parait curieux et ça fait partie des nombreux questionnements actuels, mais il faut savoir qu’à l’heure actuelle, Sanidad n’a pas donné son accord ! Dans ce cas comme dans d’autres (NDLR : ITW réalisée le 12 avril), on ne peut pas affirmer à 100% que ces courses auront lieu !

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Il en va de même pour la contrainte de la jauge où le pourcentage est fluctuant d’une Communauté à l’autre. On en revient à ce que je disais, à savoir que la règle n’est pas la même partout, chaque président de Communauté ayant toute latitude pour décider des mesures à prendre face à cette pandémie. C’est pour ça que pour le moment, on se rend compte que c’est surtout Castilla-La Mancha, Estrémadure et l’Andalousie qui ont permis d’organiser des spectacles. Cela étant, ça n’empêche pas les problèmes, comme en Andalousie où à Séville, vu qu’ils ont mis une jauge très basse, on ne sait pas encore à moins d’une semaine si les corridas pourront se donner (NDLR : Maintenant, on sait !).

Ce qui a pu se dérouler pour la Gira, ou d’autres courses dans des arènes de faible contenance à une jauge à 50%, comme à Almendralejo, n’est pas applicable économiquement à la Maestranza ! D’où les atermoiements de ces derniers jours car dans ces conditions, c’est carrément ingérable dans la mesure où un espacement dans tous les sens à 1,5 m, ça représente une personne sur neuf !

(NDLR : Faites la division 13.000 par 9, et vous verrez combien d’aficionados pourraient s’asseoir sur les travées. De fait, la corrida n’est pas interdite, mais elle est rendue impossible dans  ces conditions, ce qui au fond revient au même, non ?)

Il semblerait que la prochaine communauté qui devrait davantage s’ouvrir soit celle de Madrid, mais le mois de mai va être compliqué puisqu’il y va y avoir aussi les élections et tant qu’elles ne seront pas passées, pas grand-chose pourra se débloquer. Cela dit, quelque chose semble prévu pour le 2 mai à Las Ventas, mais sans en avoir reçu pour le moment l’autorisation.  Il y a aussi un projet de présenter dans les villages alentour une série de neuf novilladas non piquées pour aider les plus jeunes, tout cela montre ben que la Communauté veut commencer à réintégrer les spectacles taurins dans les projets de programmation, ce qui est bon signe. Après, il faudra voir dans quelles conditions et comment les choses vont réellement évoluer...

C’est un peu comme en France, je crois que les responsables politiques attendent de voir les résultats donnés après vaccinations, avant l’arrivée de l’été.

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Effectivement, concernant le ressenti de la tauromachie dans la société actuelle, disons qu’elle ne sera jamais de droite, ni de gauche, mais c’est la première fois qu’un parti poliqtique l’a mentionnée dans son programme électoral. Au vu du système électoral en Espagne et pour avoir une majorité, les partis sont obligés de se mettre d’accord pour pouvoir gérer une ville, une région et un état, ce qui implique la formation d’alliances qui d’ailleurs, sont parfois improbables.

A partir du moment où un parti, Podemos pour ne pas le nommer, a inscrit les toros dans le débat, ça implique pour les autres la nécessité de se déterminer et à négocier des choses avec eux. C’est comme ça que les choses ont fait malheureusement propulser la tauromachie dans les débats, alors qu’on ne prend pas position sur la culture, du moins pas de cette manière ! En outre, il faut savoir que sur le sujet, les partis sont divisés, mais en fait, la tauromachie, on peut l’aimer ou pas, mais ça n’a rien à voir avec les couleurs politiques !

Cette situation comporte forcément un risque, tout ça peut ne pas aller très loin, mais malgré tout, on peut déplorer le fait que des partis plus importants leur ont donné la possibilité de s’asseoir au pouvoir, leur permettant ainsi de prendre des décisions. En fait, si l’on creuse un peu plus, les dirigeants de Podemos n’ont rien à faire de la tauromachie, mais ils veulent éliminer tout ce qui rappelle l’Espagne dans son identité, ses racines, l’Espagne que l’on aime et que l’on connait, on va dire plutôt traditionnaliste... En fait, ils disent ce qui les arrange, comme quand ils prétendent que c’est pour éradiquer les symboles du franquisme, sauf que lorsque l’on y regarde de plus près, du temps de Franco, heureusement qu’il n’y avait pas que les franquistes ! Pour les toros comme pour le reste, il y avait des gens de tous les bords...

On a déjà connu ce problème en Catalogne qui a été pendant longtemps un bastion de la tauromachie, et comme c’est une région qui politiquerment a voulu se démarquer de l’Espagne, ils ont alors décidé que puisque dans leur esprit la tauromachie représente l’Espagne, il fallait l’abolir ! En fait, ils ont voulu se séparer du pouvoir central et créer un pseudo état catalan. Plus généralement, ce que nous racontent les dirigeants actuels sur la tauromachie ne correspond pas à la réalité. On en revient à des manipulations, chose que fait régulièrement ce parti avec d’autres informations, insistant sur l’image des toros comme représentatifs d’un certain passé. Il y a une partie de la tauromachie qui ne les arrange pas et qu’ils veulent élilminer. En outre, ils se servent d’un mouvement sociétal, à savoir l’animalisme, pour étayer leur position.

Même si les dangers sont réels, je pense qu’il faut toujours rester optimiste et continuer à se battre. Concernant les problèmes liés à la pandémie, il est clair que l’on ne va pas vivre la temporada qui se pointe comme la saison 2019, la dernière du temps d’avant, mais j’ai encore bon espoir que l’étau se déserre davantage et que l’on puisse arriver à un virage qui ouvrirait la porte à un retour vers ce que l’on a connu. C’est du moins ce que je pense et que j’espère, tout comme d'être engagé en cours de saison, ne serait-ce que pour pouvoir fêter ses vingt ans d'alternative, ce qu'il n'a pas pu faire l'an dernier à cause de la pandémie... »

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Sans grand risque d’être contredit, il me semble que nous sommes nombreux, dans les rangs des professionnels comme des aficionados, à attendre avec impatience un retour à la normale. Ce ne serait que bénéfique pour nos rapports sociaux, bien sûr, mais surtout sur un plan économique car faute de débouchés pour tous les professionnels, empresas, ganaderos, toreros, ainsi que toutes les activités annexes, je ne suis pas certain que la plupart puissent tenir le coup encore longtemps. Donc, évidemment, le plus vite sera le mieux. Mais ça, c’est une autre paire de manches, non ?

 

Paul Hermé

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