Dimanche 09 Mai 2021
PATRICE

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Alain... (1)

La semaine dernière a été livré le numéro 83 de «Terres Taurines».

Il est en très grande partie consacré aux débuts nîmois du mouvement des toreros français.

Vus de l’intérieur, par ceux qui y ont participé.

Dont Alain Montcouquiol.

On reprendra ci-dessous quelques éléments de la discussion tenue avec Christian Chalvet le vendredi de Pâques 2021 et de notre entretien téléphonique du 17/04/2021.

Alain est né à Ambert en 1945, où son père, militaire de carrière,  était affecté.

Quand Christian naît à Spire en 1954, Alain a neuf ans. Il va à l’école et parle couramment allemand, comme les frères Cubero parlaient français à Bordeaux au début des années 70.

Dix-huit mois après la naissance de Christian, leur père est muté dans le Gard. Ils vivent au camp de Laudun-L’ardoise.

Un accident de la route emportera leur père non loin de Villeneuve-Lès-Avignon.

Une amie nîmoise de leur mère lui propose de venir à Nîmes où il lui sera plus facile de trouver du travail. Elle accepte.

Et voici donc Alain, douze ans, Christian, dix-huit mois et leur sœur, nouveaux nîmois.

Étant l’aîné, il fallait qu’il soit fort. Mais c’était encore un enfant. Il est alors captivé par ce monde de la tauromachie qui répondait en partie à la question fondamentale qu’il se posait sur la vie et la mort. C’est à ce moment-là qu’il rencontre Simon Casas et que germe en eux cette idée folle de toréer.

Ils n’ont pas vingt ans et sont donc mineurs dans cette France du général de Gaulle. Ça ne les empêche pas de vivre leur vie.

Une vie d’hommes où il faut tout ou presque  inventer.

A la question: « Qui vous a mis des bâtons dans les roues ? Ferdinand Aymé, Rafael Garcia dans le sud-ouest ? », Alain répond : « Je n’ai jamais eu de problème avec Ferdinand Aymé. Ni comme torero, ni comme apoderado de mon frère. La critique taurine en général nous soutenait.

Popelin, Tolosa, qui comptaient à l’époque, Luis de la Cruz, Mme Vargas, Francis Cantier, le patron de « Toros », bien entendu aussi, étaient avec nous.

Jusqu’à Jean Lacouture qui trouvait absurde que le courage ne puisse pas être français.

Pour en revenir aux organisateurs, l’étant alors moi-même en parallèle pour mon frère et Chinito qui étaient aussi mineurs, je comprenais leur problème de responsabilité pour mettre des jeunes sans grand bagage devant des animaux comme le sont les toros.

Mais il faut bien reconnaître deux choses.

D’une part, pour Nîmes, Ferdinand Aymé n’a jamais mis d’obstacle pour que l’on ait les arènes afin que l’on puisse s’y produire pour des courses d’apprentissage. C’était un homme pragmatique. Il suivait ceci de près et voyait celui ou ceux qui plaisaient au public.

Et il les mettait.

Au mérite.

Quand une vingtaine de clubs taurins ont soutenu l’idée de l’alternative de Simon, il n’a pas hésité une seconde. Et comme il savait que Christian progressait, il lui a donné sa chance le même jour.

D’autre part, si c’était un peu plus compliqué dans le sud-ouest, Rafael Garcia ne nous a pas plus compliqué les choses que cela. Il était le représentant d’une grande maison. Mais il était aussi le mari d’une femme torera. Juanita Cruz.

Il savait donc ce qu’étaient les obstacles pour toréer.

En fait, la « victimisation » du torero français était aussi un peu une de nos armes politiques, construite pour avancer.

Je ne veux pas dire que le chemin ne fut pas difficile, semé d’embûches. Ou qu’il ne fallut pas « mettre la jambe ». Mais il était surtout celui que nous avions choisi de tracer. Il fallait l’assumer.

On l’a fait.

J’ai été le premier à partir en Espagne. Simon m’a suivi.

Puis Jaquito.

C’est là, là-bas, que nous avons trouvé le plus d’obstacles. D’obstacles administratifs qui nous empêchaient la pratique de notre vocation. Notre chemin ne pouvait aussi que passer par l’Espagne. Parce que c’est la patrie du toreo.

Il faut remettre les choses dans leur contexte.

C’est alors l’Espagne franquiste. On était deux, puis trois. Et il fallait en passer par un syndicat.

Le syndicat était tenu par les frères Corpas.

Eux, on peut le dire, nous ont mis des bâtons dans les roues. Nous, nous allions chez eux, en Espagne, pour nous former. Pour toréer des « sans picador ». Ils nous brandissaient la législation du régime qui stipulait que l’apprentissage des toreros étrangers devait se faire dans leur propre pays.

Il n’y avait alors guère matière à le faire chez nous.

On tournait en rond.

Nous leur avons rappelé l’époque, quand ils n’étaient pas en âge de toréer chez eux en Espagne et où ils furent accueillis par la France.

On ne demandait ni plus ni moins que de la réciprocité.

Mais ils ne voulaient rien entendre. Nous allions au syndicat toutes les semaines. Et toutes les semaines, nous recevions une fin de non-recevoir. »

Comment la situation s’est-elle débloquée ?

« C’est simple. Ántonio Bienvenida, qui était la grande figura que l’on sait, passait de temps en temps au syndicat prendre le café. Un jour où il passait en coup de vent, car ses affaires l’appelaient à Séville, nous y étions.

Il but son café  et demanda quel était l’ordre du jour.

On le lui indiqua en lui précisant que, pour la énième fois, se posait la question des deux « franchutes ».

Il nous regarda et décida finalement de rester à la réunion. Quand il en sortit, le problème était réglé. Il l’avait réglé.

Car il s’était souvenu que du temps du « Papa Negro », son père, quand avec ses frères ils n’avaient pas l’âge de toréer en Espagne, la France sut les accueillir. »

C’est ainsi que sous des noms d’emprunt, Domingo Fulano, Antonio Mengano, Alain put toréer neuf « sans picador » avant sa présentation en « piquée » de Zaragoza.

Fuente : Christian Chalvet.   Patrice Quiot

(A suivre…)

 

Paul Hermé

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