Jeudi 19 Mai 2022
VALDEMORILLO
Dimanche, 16 Janvier 2022
vald15h
 
Bienfaits ou méfaits de l’évolution ?
 
Les plus anciens, dont je commence à faire partie, se souviennent de la tauromachie des années 50/60 où malgré la révolution technique qui pointait son nez dans pas mal de domaines, on en était encore à des années lumières en comparaison avec l’époque actuelle.
 
Cependant, en évoquant ce virage, il arrive que l’on en éprouve un brin de nostalgie, même si les conditions de confort ont constitué un indéniable progrès, encore à géométrie variable toutefois. Mais sans aller chercher cinquante exemples, j’y ai repensé avec l’évocation de ce qu’est devenue la plaza de toros de la Candelaria à Valdemorrillo, une bourgade du nord de Madrid.
 
Longtemps considérée comme le coup d’envoi de la temporada avec la proche Ajalvir - qui sauf erreur de ma part a jeté l’éponge cette année -, ceux qui jadis étaient allés braver le froid de ces corridas de tout début de saison en gardent encore des souvenirs cuisants. De froid ! Mais ils en parlent toujours comme des grognards d’une armée bravant de terribles conditions en allant prendre une position adverse !  
 
Après le contenant, le contenu… Si l’on fait abstraction des conditions d’accueil quelque part améliorées avec la restructuration des arènes à présent couvertes, même si l’on ne risque pas d’y suffoquer, la programmation a elle aussi subi, avec le changement d’empresa, un sérieux lifting qui à l’évidence ne fait pas que des heureux. 
 
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En effet, la feria de Valdemorillo était réputée pour sa rigueur, bien en phase avec le lieu, et s’y donnaient alors des corridas à caractère « torista » qui ont fait longtemps le bonheur des aficionados les plus exigeants du bassin madrilène, dont les troupes étaient notamment étayées par un contingent français. En se rendant à Valdemorillo, on avait la certitude de s’y « geler les cakes » au pied des légendaires cheminées et d’assister à quelques épiques combats à charge de « segundones » qui bien souvent venaient s’y jouer la suite de leur temporada. C’était la loi du genre, l’esprit du lieu, et bien entendu, on était en outre bien loin des ferias printanières et estivales, la doudoune remplaçant ici avantageusement l’abanico !!! Bref, aux yeux des plus acharnés défenseurs de la formule, Valdemorillo, ça se méritait !
 
En tout état de cause, cette arène avait son public, mais force est de constater qu’au fil des ans, il s’était quelque peu amenuisé en termes de fréquentation. Au point que la nouvelle empresa, à tort ou à raison, a appliqué une autre stratégie pour relancer la machine. Celle que d’aucuns, les plus radicaux, taxeront de facilité, pour ne pas dire de déchéance. Exit les élevages les plus redoutables et les affrontements des plus aléatoires. A la place, des cartels aux contours plus artistiques et allègres, ce qui est peut-être plus adapté à la potentielle clientèle actuelle, du moins selon les concepts de la nouvelle organisation. Avec il faut bien le dire, la perte d’une partie de son âme pour la Candelaria.
 
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Effectivement, aurait-on pu imaginer il y a encore dix ans en arrière, et même moins, de voir sur l’affiche des Morante, Luque, Cayetano ? Ou des Zacarías Moreno et des Montalvo ? Comme chantait Bob Dylan dans les années 60, les temps ont changé… On peut le regretter, se lamenter même, mais ça semble inexorable. 
 
(A signaler tout de même la novillada piquée qui donnera une chance à six novilleros, dont Yon Lamothe qui aura là une belle opportunité de se faire connaitre tras los montes…)
 
On peut trouver d’autres exemples de cette évolution ailleurs, bien sûr, car si l’on excepte quelques citadelles qui semblent imprenables, le mouvement parait être bien enclenché. En tout cas, on peut se poser des questions car il n’est pas certain que le dossier à charge soit toujours instruit en tenant compte de tous les paramètres. Ainsi, le parangon torista est parfois contrarié par une implacable réalité : le taux de remplissage des tendidos. Ce qui pousserait à penser qu’il y a plus de beaux parleurs dans les soirées où l’on cause que de monde sur les gradins. D’où ce qui pousse peut-être certains organisateurs à modifier un tant soit peu leur façon de voir les choses avec à la clé un renversement de tendance. Simple constat. Que chacun en pense ce qu’il veut…
 
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A ce sujet, j’ai reçu sur le thème de cette fameuse évolution, un document de la part de Jean-Charles Roux (JCS Voyages) que je reproduis in extenso ci-dessous. Bonne lecture…
 
De Valde Morillo a Valde Mundillo
 
« Nous n’allons pas refaire la bataille de Verdun, mais à lire les cartels de l’édition 2022 de la feria de San Blás et de la Calendaria de Valdemorillo, on se dit que Rome n’est plus dans Rome et que la première feria de l’année s’est laissée rattraper par la civilisation. 
 
Valdemorillo dans les années 80/90 c’était trois grandes cheminées qui jouxtaient une plaza portative, des toros qui sortaient d’on ne sait où, des toreros en quête de gloire qui venaient là sans aucune projection sur leur saison et qu’un petit succès leur permettait d’espérer et de rester sous oxygène. 
 
Les grosses turbines placées sous les rangées de tribunes nous chauffaient les fesses, la reine des fêtes ouvrait le paseo dans une carriole à la Ben-Hur et lançait des bonbons que les vieux édentés du village se battaient pour attraper. Il faisait froid, très froid et même très très froid, mais cette fiesta sans fioriture, où le toro était roi réchauffait l’aficion de Madrid, Nîmes et d’ailleurs. 
 
On y a vu des désespérés se colleter à des rousigons âgés, au trapío impressionnant de la Cardenilla, Cobaleda, Alonso Moreno, Victor Aguirre, Albayda, Zaballos, Pilar Población et autres sucres d’orge du campo. 
 
O tempora O mores, cette année les figuras y débarquent avec dans leur esportones des Zacaría Moreno ou Montalvo. Digital plus sera présent, les spectateurs ne viendront plus habillés comme Saint Georges avec leur couverture, la plaza est couverte et chauffée. 
 
Adieu Berthe ! Pedro Saavedra, le feu patron du restaurant la Ponderosa, épicentre du mundillo local, doit, depuis sa barrière céleste, couper son jabugo à la tronçonneuse. 
 
Les neiges de Valdemorillo ne sont pas éternelles… »
 
 

Paul Hermé

soler 2017

Affiches / Cartels

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