Mardi 04 Octobre 2022
PATRICE
Mardi, 09 Août 2022
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Calderón, le picador…
 
« … Calderón le picador était à son poste réglementaire, c’est-à-dire à huit ou neuf pas à gauche de la porte et à deux pas de la barrière ; déjà il avait assuré sur l’œil de son cheval le foulard rouge destiné à l’empêcher de voir venir le taureau, et avait solidement fixé à son pouce le droitier de peau qui empêche la lance de glisser.
 
La bête farouche, qui sortait de l’obscurité, hésita quelques secondes, éblouie par le soleil et par la foule, puis fondit tête baissée sur Calderón. La pique, passée sous le bras nerveux du picador et retenue par un poignet d’acier, arrêta un instant le taureau en le frappant à l’épaule, et un long filet rougeâtre se dessina sur son flanc d’ébène ; mais le fer auquel un bourrelet d’étoupe ne laisse que quelques centimètres de saillie, n’avait fait qu’entamer la peau. L’animal ayant fait un mouvement de côté, la pointe glissa en ne lui faisant qu’une légère blessure, et on vit une de ses cornes s’enfoncer presque entière dans le poitrail du cheval, d’où le sang jaillit à flots.
 
Le pauvre animal se cabra, puis bientôt commença à chanceler ; le picador lui laboura les flancs de ses éperons pour s’assurer s’il lui restait encore quelques minutes à vivre ; mais le cheval s’affaissa après avoir fait trois ou quatre pas en boitant, et le cavalier, sans faire la moindre attention à cet incident, cria aux muchachos de lui amener un autre cheval. Embarrassé par ses jambarts, il se dirigea d’un pas lourd vers sa nouvelle monture, tandis que l’autre, gisant à terre au milieu d’une mare de sang, ne donnait plus signe de vie qu’en agitant par quelques saccades convulsives la queue et les jambes.
 
Pendant ce temps, le taureau avait repris sa course vers l’autre extrémité de l’arène, et se ruait sur Pinto, surnommé el bravo, le second picador, qui le recevait avec un bon coup de pique dans l’épaule. Le bois plia un instant sous le choc, mais il avait été si impétueux que le cavalier désarçonné alla rouler à terre, et que le cheval retomba lourdement sur lui.
 
On dit que la vue du sang excite les taureaux : c’est un fait que nous avons remarqué ; mais ce qui est singulier, c’est que l’animal furieux, ne sachant pas distinguer son véritable ennemi, exhale presque toujours sa rage sur les malheureux chevaux, au lieu de s’attaquer aux picadores démontés.
 
Pendant que deux chulos soulevant Pinto par les épaules essayaient de le dégager et de le remettre sur ses jambes, d’autres faisaient flotter leurs capas devant le taureau pour détourner son attention du cheval mourant, dont il labourait le flanc de ses deux cornes. Il abandonna enfin sa victime et se mit à poursuivre un des chulos, qui prit sa course en faisant des crochets et en laissant traîner derrière lui sa capa ; mais, se sentant serré de très-près, il ne tarda pas à l’abandonner et disparut en sautant d’un seul bond par-dessus le tablero ; le taureau s’arrêta comme surpris de voir son ennemi lui échapper, et tournant sa fureur contre la barrière de planches, il l’ébranla en y laissant l’empreinte de ses cornes.
 
Les exploits du Morito, c’était le nom du premier taureau, avaient provoqué des salves d’applaudissements ; en moins d’une minute, il avait désarçonné deux picadores et tué deux chevaux ; les cris : Bravo, toro ! bravo, toro ! étaient répétés par des milliers de voix ; on applaudit ou on siffle un taureau, exactement comme on ferait pour un acteur ; les picadores eurent aussi leur part de bravos, car ils avaient vaillamment fait leur devoir, et les suertes de picar n’avaient pas été moins brillantes que les cogidas ; on entend par suerte, tout acte offensif ou défensif de torero, et par cogida, toute attaque du taureau ; lorsqu’un torero est atteint d’un coup de corne, on dit qu’il est enganchado.
 
Le Morito était un taureau courageux, boyante et duro, c’est-à-dire franc et n’hésitant pas à attaquer ; dès le matin, lors de l’apartado, nous l’avions remarqué à cause de ses proportions parfaites ; des chulos qui se trouvaient-là nous l’avaient signalé comme corniabierto, aux cornes écartées, et nous avaient assuré qu’il ne craindrait pas le castigo, le châtiment, ainsi que disent les gens du métier.
 
Calderón, qui avait une chute à venger, voulut montrer à ses nombreux admirateurs qu’il ne craignait pas ce terrible adversaire.
 
Donc, enfonçant ses éperons dans les flancs de son rocín, il arriva en quelques temps de galop à peu de distance de l’animal farouche, qui s’était arrêté au milieu du cirque, faisant voler le sable sous ses pieds et poussant des beuglements effroyables.
 
C’était d’une extrême témérité. Lorsqu’un picador attaque le taureau, il s’arrange autant que possible pour tomber entre le corps de son cheval, qui lui sert de bouclier, et la cloison de bois, qui le garantit du côté opposé ; or, lorsqu’il tombe désarçonné au milieu de l’arène, il se trouve exposé de toutes parts aux coups de corne.
 
Le courage de Calderón souleva dans tous les coins du cirque les applaudissements les plus frénétiques. Surexcité par cette ovation, il cita le taureau, c’est-à-dire il l’appela, le provoqua en brandissant sa pique en l’air. L’animal restait immobile.
 
Calderón fit avancer son cheval d’un pas, et par un mouvement rapide, jeta son large chapeau devant le taureau, qui, étonné sans doute d’une telle audace, ne bougea pas davantage : c’est ce qu’on appelle en terme du métier obligar a la fiera, obliger la bête farouche à attaquer. Calderón alla jusqu’à piquer de la pointe de sa lance les naseaux de l’animal ; ce dernier affront mit enfin le taureau en fureur, et il chargea avec tant d’impétuosité, que le cavalier et sa monture allèrent rouler ensemble sur le sable. Les chulos accoururent, leur cape à la main, le Tato à leur tête : ce courageux jeune homme n’abandonne jamais un torero en danger. Quant aux chulos, leur emploi consiste à attirer ou à détourner les taureaux au moyen de leurs capes ; leur qualité la plus essentielle est une grande agilité, comme l’indique leur nom, qui signifie également gracieux et léger.
 
Cependant le cheval s’était relevé, en lançant des ruades furieuses ; Calderón, étourdi par sa chute, n’avait pas eu le temps de se relever, et venait d’être foulé aux pieds en même temps par le cheval et par le taureau ; le Tato, après quelques brillantes suertes de capa, parvint à entraîner l’animal, qui se mit à le poursuivre à outrance ; mais l’espada, faisant un détour subit, se laissa devancer et s’arrêta court, en s’embossant dans sa cape, avec une grâce parfaite ; le taureau étant revenu sur lui, il recommença plusieurs fois ces manœuvres de cape, tout en se jouant de sa poursuite, et, de l’air le plus dégagé, laissant les cornes effleurer son vêtement sans jamais l’atteindre.
 
Pendant ce temps-là, les spectateurs s’étaient levés comme par un mouvement électrique en voyant les chulos emporter dans leurs bras Calderón évanoui. Quand ils passèrent devant nous dans la valla, nous aperçûmes avec effroi une large blessure qui s’ouvrait sur le front ensanglanté du picador : no es nada, ce n’est rien, dirent les chulos à qui on demandait si la blessure était grave, et ils se dirigèrent vers l’infirmerie.
 
Calderón venait de courir un grand danger, et il aurait pu être tué sur la place si le Tato n’était venu si à propos détourner le taureau : délivrer ainsi un torero s’appelle en langage du métier faire un quite ; heureux les picadors quand l’amo, le maître, comme on appelle le chef de la cuadrilla, vient ainsi à leur secours.
 
Un bel exemple de quite est rapporté dans une lettre d’un picador, nommé Manuel Jiménez, qu’un aficionado a conservée. « Ce soir, écrit-il, j’ai bien failli mourir d’un coup de corne, et si je suis encore vivant, c’est grâce au courage et à l’adresse de Pedro Romero ; le troisième taureau m’a mis dans une position des plus critiques ; c’était un animal de haute taille et de beaucoup de sang-froid ; aussitôt que je le citai, il me chargea, et je le piquai à l’épaule ; quand il sentit le fer, sa fureur augmenta, il fonça de nouveau sur mon cheval, me désarçonna et je tombai tout de mon long, entièrement à découvert. Romero se trouvait à quelques pas, sa cape à la main. Le taureau me fixa, mais sans me charger, et de temps en temps il fixait aussi Romero, qui agitait en vain sa cape pour l’attirer vers lui ; cette disposition de l’animal était fatale et ma vie courait un danger imminent, car ma chute avait été si violente, que je ne pouvais me retirer qu’à pas lents ; j’étais plein d’angoisses, quand j’entends Romero qui me dit : « Père Manuel, relevez-vous et ne craignez rien ; » j’obéis, et je parvins, non sans peine, à atteindre la barrière : alors il se retira lentement en marchant à reculons, et le taureau me quittant enfin pour le poursuivre, je fus sauvé. »
 
« Voyage en Espagne »/Valence/Combat de taureaux.
 
Par MM. Gustave Doré et Charles Davillier.
 
1862.
 
Datos 
 
Manuel Calderón Díaz (1840 – 1891)
 
Picador de Rafael Molina “Lagartijo”, y hermano de los también picadores Antonio, Francisco y José, que constituyen una de las más ilustres dinastías de varilargueros recordadas en la historia de la Tauromaquia, era oriundo de Alcalá de Guadaira, nació un 2 de octubre de 1840 y fue cogido en la Plaza de Toros de Aranjuez, en los festejos de San Fernando, el 30 de mayo de 1891, por un toro llamado “Lumbrero”, retinto albardao, de mucho peso, pero no muy voluntario, puesto que solamente aguantó cinco puyazos, pero de gran poder. Recargó en uno de ellos Manuel Calderón, derribando á éste de latiguillo, y echándole encima todo el peso de la cabalgadura. Conmocionado por el golpe el picador fue retirado á la enfermería, muriendo al día siguiente, reventado por dentro. (Crónica de don Juan  José Zaldívar Ortega)
 
Refiere el erudito taurino, don Juan José de Bonifaz Ybarra, de esta víctima de la fiesta, que El Califa del Toreo, Rafael Molina (Lagartijo) se encerró el 30 de mayo de 1891 en Aranjuez con seis poderosos astados de la vacada del duque de Veragua. El que abrió plaza, “Lumbrero” de nombre, derribó, en caída de latiguillo, a Manuel Calderón Díaz, produciéndole tan graves lesiones, que fallecería al día siguiente (31 de mayo de 1891).
 
En el mismo festejo fueron cogidos y heridos los banderilleros Rafael Martínez (Manene) y Andrés Infiesta, así como el entonces novillero puntero Francisco Bonar (Bonarillo), quien solicitó y obtuvo permiso del espada y de la presidencia para estoquear a la res que cerró el festejo. "
 
Patrice Quiot
 
 
 

Paul Hermé

soler 2017

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