Samedi 26 Novembre 2022
PATRICE
Jeudi, 17 Novembre 2022
pq17ph
 
Deo juvante… A la façon de Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de Sévigné (apodo « La Rabú»), une réflexion sur ce que pourrait être mon troisième tiers…
 
Mes bons,
 
Je me trouve dans un engagement qui m’embarrasse : Je suis embarqué dans la vie voilà soixante-treize ans et dans celle des toros, en voilà près de soixante.
 
Il faudra un jour que j’en sorte.
 
Que je sorte de la vie.
 
Cela m’assomme.
 
Comment en sortirai-je ?
 
Par où ?
 
Par quelle porte entrebâillée ?
 
Côté «Cheval Blanc» ? Côté « Trois Maures» ? Ou côté «Lisita» ? 
 
Par quel fenestrou entrouvert ? 
 
Par quelle porte-fenêtre mal fermée par où passe le chat ?
 
Quand sera-ce ? 
 
Verrai-je l’alternative de Solal, celle de Lalo ou du Nino Julian ?
 
En quelle disposition ? 
 
Aboulique comme Manolete padre ? 
 
Hystérique comme Aparicio Jr ?
 
Obsessionnel comme Ortega Cano ?
 
Ou antispéciste comme Caron ?
 
En quel lieu ?
 
Dans une suite du «Wellington» ? 
 
Dans une mansarde du «Zahira» ? 
 
A Caremeau ou à l’EPAHD de Bouillargues ?
 
Souffrirai-je mille douleurs qui me feront rendre l’âme, désespéré devant un texte pas encore rédigé ou une anchoïade pas terminée ? 
 
Aurai-je un transport au cerveau qui me rendra encore plus inconstant ? 
 
Mourrai-je d’un accident de ma «C1» de 2015 ou d’un excès d’abus de pétun ? 
 
Comment serai-je avec Dieu, avec Simon, avec la Divina Pastora et avec mes collègues de 5ème A2 du lycée Alphonse Daudet ?
 
Qu’aurai-je à leur présenter ?
 
La crainte, la nécessité me feront-elles revenir vers lui et à m’éloigner d’eux ? 
 
Que puis-je espérer ? 
 
Une vuelta al ruedo si Jean-Pierre Crudo est au palco ?
 
Suis-je digne du paradis ? 
 
Suis-je digne de l’enfer ? 
 
Suis-je digne de l’affection que certains me portent ? 
 
Suis-je digne de manger la gardianne ou la rouille ?
 
Quelle alternative ! 
 
Quel embarras ! 
 
Quel bordel !
 
Rien n’est si fou que de mettre son salut dans l’incertitude, mais rien n’est si naturel. 
 
Je m’abîme dans ces pensées et je trouve la chose si idiote et tellement ordinaire que je considère la vie plus pour ce qu’elle m’y mène que pour les roses ou les épines qui s’y rencontrent. 
 
Vous me direz, mes bons, que je veux vivre éternellement. 
 
Point du tout ; mais si on m’avait demandé mon avis, j’aurais bien aimé à trépasser entre les bras de Monsieur Molière, de Mme Rita Hayworth ou de Monsieur Morante, dans une vigne, un bistrot espagnol ou sous la corne d’une bête irraisonnable et pas un triste après-midi de novembre, assis à mon bureau en train de rédiger des billevesées et autres tonterías.
 
Cela m’aurait ôté bien des ennuis et m’aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément.
 
Mais parlons d’autre chose.
 
Je relis M. Racine avec un plaisir qui m'enlève.
 
Ce qui s'appelle chercher dans le fond du cœur avec une lanterne, c'est ce qu'il fait. 
 
Mieux que moi, lorsqu’avec une lampe dont les piles sont usées, je vais chercher une boutanche à la cave.
 
Il nous découvre ce que nous sentons tous les jours, et que nous n'avons pas l'esprit de démêler ou la sincérité d'avouer ; en un mot, j’ai vu mieux toréer mais rarement mieux écrire que ce Monsieur-là.
 
Sans la consolation de la lecture, la présence occasionnelle de ma fille, l’affection de mon frère et votre compagnie, je mourrai d'ennui. 
 
Il pleut et il commence à faire froid ; il ne vous en faut pas dire davantage pour représenter ma tristesse.
 
Pensez-vous qu’un peintre comme Claude Viallat ou Jules Milhau saurait bien représenter l’ennui de ces paysages ?
 
Je suis au désespoir que vous ayez un climat si doux et que vous viviez en une si belle contrée.
 
Ma solitude me fait la tête si creuse que je fais des affaires de tout. 
 
Les courriers et les réponses font de l'occupation, mais il y a du temps de reste et les activités ménagères, le ramassage des caracoles ou les logiques d’Internet ne le remplissent pas de félicité.
 
Mais je m’arrête là.
 
En effet, pour tout vous confesser, je suis un peu à la hâte car, sur l’heure, je vais faire quelques courses nourricières à la boulangerie-épicerie du pueblo dont le patronne ne lit pas M. Platon.
 
Voilà une activité qui, vous l’imaginez, enrichit l’esprit et me comble d’aise !
 
Mais je n’en ai cure car j’espère avant de rendre compte au Dieu Tout Puissant avoir l’occasion de faire la même chose à la panadería de le rue Fresque dont je goûte particulièrement la fougassette.
 
Un laquais virtuel de «La Poste», en voie de privatisation, vous fera parvenir cette missive.
 
Quand vous la lirez, sachez, mes bons, que je vous assure de mon respectueux cariño et de mon indéfectible affection.
 
Avec l’aide de Dieu,
 
«Deo Juvante».
 
Datos
 
Marie de Rabutin-Chantal, connue comme la marquise ou, plus simplement, Madame de Sévigné, est une épistolière française, née le 5 février 1626 à Paris, paroisse Saint-Paul, et morte le 17 avril 1696 au château de Grignan (Drôme).
 
Par bienséance, les femmes qui écrivent au XVIIe siècle ne doivent pas paraître travailler leur style mais Madame de Sévigné fait pourtant de l’écriture sa quotidienne passion et reste préoccupée de la qualité de celle-ci.
 
Elle développe ainsi pour sa fille la comtesse de Grignan, telle une maîtresse à son élève, un certain nombre de qualités que l'épistolière doit mettre en pratique dans ses lettres : La tendresse, la simplicité, la vérité, la force, l'originalité, l'agrément, la vivacité et l'harmonie de la composition.
 
Elle a par ailleurs la conviction d’être rebelle dans sa pratique épistolaire, ne puisant son inspiration que dans le naturel et la vie.
 
Elle critique de façon virulente sa plume qu'elle juge par moments « négligée », ses lettres « écrites d’un trait » et son style « ajusté », qualifiant sa correspondance de « rapsodies », « bonnes à brûler », d'« ennuyeuses prôneries » et de « monstrueuses écritures ».
 
Madame de Sévigné pousse toutefois la réflexion sur l'acte d'écrire à son paroxysme dans une lettre désarmante qu'elle adresse, incrédule face aux compliments qu'elle reçoit, à sa fille :
 
« Est-il possible, ma fille, que j’écrive bien ? »
 
Patrice Quiot
 
 

Paul Hermé

soler 2017

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