Lundi 15 Octobre 2018
Chroniques du Mardi
Mercredi, 24 Juin 2015

Vinaroz, Cordobés, Jeunes, Indulto, Télé, Carmena, Morante…

 

VINAROZ

En ces temps de remise en question de la tauromachie ici ou là, il est bien réconfortant de voir que certaines arènes qui ont été en sommeil trouvent une courageuse empresa pour la remonter. C’est le cas de Vinaroz, une cité balnéaire de la région de Castellón, où dimanche dernier, environ vingt ans après leur cessation d’activité, les arènes ont enregistré un no hay billetes !

Outre les triomphes de Juan José Padilla et Miguel Abellán, l’objectif était atteint. L’aficion locale et régionale, avec la proche Catalogne, s’était réunie et cette corrida revêtait un aspect revendicatif. Il faudra maintenant envisager de transformer l’essai, mais ce premier pas est plus que significatif.

Une nouvelle preuve que la tauromachie n’est pas autant en perte de vitesse que ce que certains veulent bien le proclamer. A partir du moment où tout le monde tire dans le même sens…

CORDOBÉS

Insolite rencontre entre Manuel Díaz « El Cordobés » et Pablo Iglesias, le leader de Podemos, au cours d’une soirée organisée pour la remise des prix Orange et Citron. Orange, pour ceux dont le comportement envers la presse est des plus avenants, et Citron pour ceux qui, au contraire, ont une attitude plus fermée. Orange pour le Cordobés et Citron pour Iglesias !

Au cours de leur brève rencontre, Manolo a apostrophé le leader de Podemos en ces termes : « Ici, nous avons tous besoin de manger. Certains tuent des moutons, d’autres des cochons, et nous des toros ! » Et alors qu’on lui remettait son prix, il a ajouté à l’adresse d’Iglesias : « Si vous me voyiez toréer, je ferais de vous un aficionado et même plus, vous deviendriez fan du Cordobés ! »…

Pour donner le change, Iglesias a dit qu’il n’aimait pas les toros, mais qu’il aimait beaucoup une chanson de Concha Piquer qui pleurait la mort d’un torero que la faim avait amené dans les ruedos…

J’ignore si cette entrevue aura eu un impact médiatique sur les gens, mais il est clair que par son  sens de la répartie, El Cordobés ne pouvait pas mieux défendre la cause taurine. Dos orejas y rabo !!!

JEUNES

Suite au communiqué des Jeunes Aficionados Nîmois qui fait référence à une enquête de la CCI de Nîmes sur les retombées de la dernière Feria de Pentecôte qui a vu sa configuration réduite, je suis un peu étonné par sa conclusion.

En effet, si ce communiqué est accompagné d’un slogan qui proclame « Pas de Ferias sans Corridas ! » sur lequel je suis totalement d’accord, ainsi que pour le retour d’une corrida dès le jeudi, car la bonne taille de la Feria de Nîmes est effectivement cinq jours, je comprends moins leur demande d’introduire une course camarguaise le dimanche matin !

Entendons-nous bien, je n’ai absolument rien contre les courses camarguaises et je suis à fond pour la défense de la tauromachie sous toutes ses formes. Mais il ne faut pas pour autant tout mélanger, n’importe quand et n’importe où. La course camarguaise a ses places fortes où elle enregistre encore de bonnes entrées et même si à l’occasion, Nîmes fait déplacer du monde, comme pour la Finale du Trophée des As, sans faire le plein toutefois, cette arène a plus de mal le reste du temps. C’est pourquoi ce mélange des genres n’est pas une assurance de succès, d’autant plus que je connais pas mal de personnes qui se déplacent à grands frais à Nîmes, au moins le week-end, pour voir uniquement des corridas.

Ce dernier dimanche de Pentecôte au matin, l’arène était pleine pour la corrida mixte avec Mendoza et Ponce… Alors, s’il faut trouver des lacunes dans les retombées économiques de cette feria, ce n’est sûrement pas dans ce créneau-là, raison pour laquelle selon moi, l’argument ne tient pas.

INDULTO

Celui d’Istres n’est pas le premier à susciter la polémique, chacun ayant son propre avis sur le sujet. Et il ne sera pas certainement le dernier ! Mais il est curieux de constater que comme quelques temps après une élection, où plus personne ou presque n’ose dire qu’il a voté pour le candidat en place, à la sortie des arènes, peu de gens se disaient haut et fort avoir été favorables à cet indulto. Pourtant, il avait été demandé par une large majorité, peut-être emportée par l’allégresse du moment…

Comme à la sortie pas mal de connaissances me demandaient mon avis, je redis ici ce que j’en pense, à savoir que selon moi, Zarando était surtout un toro de vuelta, si l’on considère que l’indulto doit être réservé à des toros vraiment exceptionnels et complets dans tous les tercios. De toute évidence, par sa caste révélée surtout à la muleta, c’était un excellent toro, mais il n’était pas exceptionnel, ne serait-ce que dans le sens où le premier tercio, avec son monopuyazo, ne l’avait pas été lui non plus !

Cette façon de voir les choses n’engage que moi, et de toute façon, à vrai dire, cet indulto ne me dérange pas pour autant. Ce n’est pas ce que je retiendrai de cette corrida, l’essentiel étant pour moi l’excellente confirmation d’un jeune diestro qui par son toreo sincère et alluré a emballé l’assistance. De lui, on reparlera certainement plus longtemps que de Zarando…

Alberto López Simón sera à Saint-Gilles le 23 août en mano a mano avec Sébastien Castella. Et outre la péripétie de l’indulto, à la sortie, on me demandait déjà comment se procurer des billets…

Reste qu’il y a eu cette embrouille avec La Brède où Alberto devait toréer la veille. Et par effet de vases communicants, l’alegría des uns a fortement contrasté avec la déception des autres. En clair, devant toréer la veille à La Brède puis le lendemain à Istres pour suppléer Manzanares, López Simón a fait envoyer un certificat médical pour le dispenser de corrida sur les terres natales de Montesquieu.

Relation de cause à effet, le maire de La Brède a exprimé publiquement son courroux, allant même jusqu’à demander des sanctions contre ce jeune diestro particulièrement brillant ces derniers temps s’il ne se justifiait pas. La réponse du torero ne s’est pas fait longtemps attendre, expliquant son retrait par l’opportunité qui se présentait à lui de toréer à Istres, bien que mal remis et sous traitement médical, pour réaliser le rêve d’être entouré de deux figuras, Ponce et Talavante, afin de voir sa condition s’améliorer. Il faut dire que selon lui, ses deux triomphes madrilènes n’ont pas eu pour le moment les répercussions qu’il en attendait.

Que penser de tout cela ? Qu’il y a eu certainement faute, sinon maladresse, mais pris dans un tourbillon où il n’est peut-être plus tout à fait maître de son destin, il n’a vu que l’opportunité de se sortir de l’ornière dans cette dure profession, ce qui me parait humainement compréhensible.

Comment va finir cette histoire ? Je n’en ai pas la moindre idée. J’ai lu et entendu beaucoup de choses à ce sujet, certains en profitant pour sortir ses propres aigreurs, en particulier sur une soi-disant rivalité entre le Sud-Ouest et le Sud-Est, qui est profondément ridicule et hors sujet en la circonstance. Car croyez-vous que López Simón avait la moindre idée d’où se trouvait La Brède et Istres ?

Chacun y va certainement de sa petite idée, mais plutôt que les affres d’un couperet, ne serait-il pas souhaitable de solliciter le retour de López Simón sur les lieux de son forfait, dans des conditions à définir, pour affronter sous forme de challenge toros et public, certes au début hostile, qu’il aurait alors à retourner. Avec par exemple, un énorme « quite del perdón » !!! En forme d’indulto, quoi…

TÉLÉ

Le problème des enfants et de la télé par rapport à la retransmission des corridas est récurrent et cette fois, il a été débattu au Congrès espagnol.

De plus en plus remises en cause alors qu’il y en a très peu sur les chaînes publiques, ces retransmissions ont été momentanément sauvées par le seul PP qui est majoritaire dans cette assemblée, tous les représentants des autres partis, y compris le PSOE, qui a récemment pactisé avec l’extrême gauche, s’y montrant défavorables.

Une victoire, certes, mais jusqu’à quand ? Car avec les prochaines élections générales, cette remise en cause pourrait revenir sur le devant de la scène. Et si un jour, par caprice politico-politicien, elles venaient à être supprimées, la liberté de  choix serait entravée et actée. Il ne resterait alors plus aux aficionados et leur progéniture qu’à se taper les nombreuses séries qui elles, évidemment, ne sont pas violentes…

CARMENA

A la tête de son mouvement d’indignés « Ahora Madrid », proche de Podemos, Manuela Carmena est à présent maire de Madrid. Si pour l’instant, on en est encore au stade des passations de pouvoir et de l’installation des nouveaux venus, il n’en reste pas moins que les premières mesures, même de façade, commencent à tomber. Et en ce qui nous concerne ici, en refusant ostensiblement les invitations pour la loge municipale de Las Ventas, ainsi que celles pour le Teatro Real, Carmena a clairement marqué son aversion pour tout ce qui symbolise à ses yeux le pouvoir central.

Ça ne changera certes pas la face du monde, mais à terme, il est évident que rien ne sera facile pour la tauromachie dans son fief emblématique, même si elle est blindée par la Comunidad. Méfiance…

MORANTE

Romantique, fantasque, génie, artiste, imprévisible, flamenco, habité, atypique, pur comme impur, que n’a-t-on pas dit sur Morante ? Avec la face B, pluie de coussins, absences, broncas, renoncements, celle qu’il nous a servie à Istres dimanche dernier à son troisième toro.

Depuis, j’ai lu pas mal de choses à son sujet, reflétant un mécontentement légitime, mais comme on dit, qui aime bien châtie bien ! Car il s’agit bien de cela…

Qu’on le veuille ou non, Morante de la Puebla fait partie de ces maestros qui suscitent l’attente, et même après le « coup d’Istres », qui n’est pas vraiment la meilleure marque de respect, rien n’y changera. Dans la semaine qui suit, Morante est programmé quatre fois, à Alicante, Badajoz, Algeciras et Zamora… Ce n’est peut-être pas pour rien ! Et la caravane continuera son chemin, avec cigare, chaise, bus, lance d’arrosage… mais aussi avec dans ses bagages des gestes d’une pureté inégalée, des moments d’inspiration où le toreo devient une œuvre d’art… Ainsi va le monde des toros.

Ce qui se passe pour lui n’est pas nouveau, on l’aime ou on le déteste, mais une chose est sûre, c’est qu’il ne laisse personne indifférent. Souvenons-nous des Curro, Rafael et quelques autres de la même lignée, capables de pétards majuscules comme de tardes pour l’histoire. Pour les jours de « grande musique », ces artistes ont fait courir les foules, parfois pour êtres déçus, certes, mais surtout pour l’exécution de pièces magistrales, de celles qui parfois vous remuent les tripes les jours de duende, en des instants de grâce, et qui mettent le feu au cirque. Vous voulez de la régularité, alors cherchez ailleurs…

En sortant des arènes d’Istres dimanche, dépité autant que vous avez pu l’être par ce renoncement, c’est exactement ce à quoi je pensais. Et c’est bien en cela, quitte à faire bondir les plus réfractaires et pour ne pas brûler aujourd’hui ce que j’ai adoré avant, que je reste résolument « Morantista »…

 

Paul Hermé

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